CHAPITRE V
PROCÉDÉ DE M. NIEPCB
Dans ce que nous disions tout à l'heure des travaux de H. Niepce, on aura sans doute remarqué ces mots restrictifs : t pour la copie photographique des gravures ». C'est qu'en effet, après une multitude d'essais infructueux, M. Niepce avait, lui aussi , à peu près renoncé à reproduire les images de la chambre obscure; c'est que les préparations dont il faisait usage ne se modifiaient pas assez vite sous l'actio» lumineuse ; c'est qu'il lui fallait dix à douze heures pour engendrer un dessin; c'est que, pendant de si longs intervalles de temps, les ombres portées se déplaçaient beaucoup; c'est qu'elles passaient de la gauche à la droite des objets; c'est que ce mouvement, partout où il s'opérait, donnait naissance à des teintes plates, uniformes; c'est que, dans les produits d'une méthode aussi défectueuse, tous les effets résultant des contrastes d'ombre et de lumière étaient perdus; c'est que, outre ces immenses inconvénients,
on n'était pas même' toujours sûr de réussir; c'est que y après des précautions infinies , des causes insaisissables, fortuites, faisaient qu'on avait tantôt un résultai passable, tantôt une image incomplète ou qui laissait çà et là de larges lacunes; c'est, enfin, qu'exposés aux rayons solaires, les enduits sur lesquels les images se dessinaient , s'ils ne noircissaient pas , se divisaient , se séparaient par petites écailles.
Voici, du reste, une indication abrégée du procédé de M. Niepce.
M. Niepce faisait dissoudre du bitume sec de Judée dans de l'huile de lavande. Le résultat de cette évaporation était un vernis épais que le physicien de Chalon appliquait par tamponnement sur une lame métallique polie , par exemple sur du cuivre plaqué ou recouvert d'une lame d'argent.
La plaque , après avoir été soumise à une douce chaleur, restait couverte d'une couche adhérente et blanchâtre : c'était le bitume en poudre.
La planche ainsi recouverte était placée au foyer de la chambre noire. Au bout d'un certain temps , on apercevait sur la poudre de faibles linéaments de Timage. M. Niepce eut la pensée ingénieuse que ces traits, peu perceptibles, pourraient être renforcés. En effet, en plongeant sa plaque dans un mélange d'huile de lavande et de pétrole, il reconnut que les régions de l'enduit qui avaient été exposées à la lumière restaient presque intactes, tandis que les autres se dissolvaient rapidement et laissaient ensuite le métal à nu. Après avoir lavé la plaque avec de l'eau, on avait donc l'image formée dans la
^liambre noire , les clairs correspondaient aux clairs et .«8 ombres aux ombres. Les clairs étaient formés par la iimière diffuse provenant de la matière blanchâtre et non polie du bitume ; les ombres par les parties polies et dénudées du miroir, à la condition, bien entendu, que ces parties se mirassent dans des objets sombres ; à la condition qu'elles ne pussent pas envoyer spéculairement vers Tœil quelque lumière un peu vive. Les demi-teintes, quand elles existaient , pouvaient résulter de la partie du vernis qu'une pénétration partielle du dissolvant avait rendue moins mate que les régions restées intactes.
Le bitume de Judée, réduit en poudre impalpable , n'a pas une teinte blanche bien prononcée. On serait plus près de la vérité en disant qu'il est gris. Le contraste entre les clairs et l'ombre, dans les dessins de M. Niepce, était donc très-peu marqué. Pour ajouter à l'effet, l'auteur avait songé à noircir, après coup , les parties nues du métal, à les faire attaquer soit par le sulfure de potassium, soit par l'iode; mais il paraît n'avoir pas songé que cette dernière substance , exposée à la lumière du jour, aurait éprouvé des changements continuels. En tout cas , on voit que M. Niepce ne prétendait pas se servir d'iode comme substance sensitive; qu'il ne voulait l'appliquer qu'à titre de substance noircissante et seulement après la formation de l'image dans la chambre noire; après le renforcement ou, si on l'aime mieux, après le dégagement de cette image par l'action du dissolvant. Dans une pareille opération que seraient devenues les demiteintes?
Au nombre des principaux inconvénients de la méthode
de M. Niepce , il faut ranger cette circonstance cp'u dissolvant trop fort enlevait quelquefois le vernis places, à peu près en totalité, et qu'un dissolvant faible ne dégageait pas suffisamment Timage. La r^ n'était jamais assurée.