DE LA PLUIE ER EGYPTE
L'opinion vulgaire étant que la pluie se trouvait jadis presque inconnue au Caire et dans la Haute Egypte, et M. le duc de Raguse ayant observé au Caire 30 ou ÛO jours de pluie, il crut pouvoir en conclure en 1836 que les plantations faites dans la vallée du Nil avaient amené un changement complet dans le climat de la Haute Egypte. Mais ce raisonnement est contraire aux faits; il pleuvait, en effet, autrefois en Egypte, Les citations que je vais faire ne laissent aucun doute à cet égard.
Ainsi je trouve dans la description de l'Egypte par M. de Maillet : « Pour moi , j'y ai vu pleuvoir aux années 1692, 1693 et 1694, cinq à six soirs, depuis novembre jusqu'en avril, l'espace d'un quart d'heure ou d'une demie-heure chaque fois. »
Ainsi encore je trouve dans Niebuhr (t. r'), qu'en 1761 il y eut au Caire :
Une pluie très-forte dans la nuit du 13 au ih novembre.
Qu*en décembre 1761,
Il y eut une petite pluie à midi le 7
Une petite pluie le 21
Une pluie de 2^ le matin , une pluie de 6^
consécutives le soir. le 22
Une très-forte pluie le 27
Une pluie abondante dans la soirée le 28
Une pluie extrêmement forte, de 10 minutes
de durée le 31
Qu'en janvier 1762,
Il plut depuis le grand matin Jusqu^à 10^. . . le 1*'
Il y eut une grosse pluie le 7
Une petite pluie le 8
Et qu'en février,
nplut le i**
l\ plut le 6
Je trouve encore dans Niebuhr (t. m, p. 3 et ft) que dans les montagnes de TYemen il tombe de la pluie de la mi-juin jusqu'à la fin de septembre, mais que rarement, même pendant la saison des pluies, le ciel est couvert pendant 24 heures. « Nons avions souvent, dit l'auteur, dans le Tchâma des jours entiers où le ciel était serein, pendant qu'il pleuvait presque journellement dans les montagnes voisines. » A Mascate et dans les montagnes orientales de l'Arabie, la pluie a été observée par Niebuhr du 21 novembre au 18 février.
Les observations du colonel Coutelle me donnent pour le Caire, en 1799, 2 jours de pluie en janvier, & jours en avril, 1 jour en mai.
462 SUR LA PLUIB.
M. Pôckocke (t. ii) rapporte qu'il pleut souvent beaucoup du côté de la mer depuis le mois de novembre jusqu'à celui de mars. «Vers le Caire, dit-il, il ne pleut d'ordinaire que dans les mois de décembre, janvier el février. Ces pluies sont fort légères et ne durent tout au plus qu'un quart d'heure ou une demi-heure. »
M. Jomard a observé une très-forte pluie dans la Haute Egypte, à Girgeh. Pendant six mois de l'an vu (du 18 novembre 1798 au 20 mai 1799), il a vu au Caire dix-sept jours de pluie, et dix jours pendant quatre mois de l'an viii (du 28 octobre 1799 au 5 février 1800). De ces 27 pluies cinq ont été très-abondantes; deux ont duré toute la journée, une est tombée le matin et le soir, une autre a été abondante et prolongée; enfm, trois de ces pluies ont produit, dans les rues du Caire, une boue intolérable pour les piétons. A la fin du xviir siècle, selon M. Jomard, il pleuvait régulièrement au Caire au moins 15 à 16 jours par année, et les mois pluvieux comptés pour quatre années consécutives étaient au nombre de 8, savoir :
Nombre de jouis de pluie.
Octobre 1
Novoinl)ro 3
D(';('oml)re 1.5
Janvier 3.5
Février 1
Mars 1
Avril 5
Mai 4
Les observations de mesures de quantités faites au XIX* siècle donnent pour une moyenne de dix ans :
luill.
Hiver 16.5
Printemps • 9.7
Été 0.0
Automne 7.0
Année entière. . . 33.2
Ces nombres indiquent certainement. que le Caire est un des lieux de la terre où il pleut le moins.
Comme en météorologie il est dangereux de s'en rapporter à des on dit, et que les faits bien observés sont indispensables pour faire disparaître toutes les incertitudes, il est bien désirable que des observatoires puissent être établies au Caire ou à Alexandrie, ou que des registres météorologiques soient tenus par les chancelleries des consulats de T Egypte.