PLUIES MÊLÉES DE CORPS ÉTRANGERS
I. — Le 1& mars 1813, par un vent d'est qui soufflait depuis deux jours, les habitants de Gerace aperçurent une nuée dense qui s'avançait de la mer sur le continents A deux heures après-midi le vent se calma; mais la nuée couvrait déjà les montagnes voisines et commençait à intercepter la lumière du Soleil ; sa couleur, d'abord d'un rouge pâle, devint ensuite d'un rouge de feu. La ville fut alors plongée dans des ténèbres si épaisses que, vers les quatre heures, on fut obligé d'allumer des chandelles dans l'intérieur des maisons. Le peuple effrayé et par l'obscurité et par la couleur de la
nuée, courut en foule dans la cathédrale faire des prières publiques. L'obscurité alla toujours en augmentant et tout le ciel parut de la couleur du fer rouge : le tonnerre se mit à gronder, et la mer, quoique éloignée de 11 kilomètres de la ville, augmentait Tépouvante par ses mugissements. Alors commencèrent à tomber de grosses gouttes de pluie rougefttre que quelques-uns regardaient comme des gouttes de sang et d'autres comme des gouttes de feu. Enfin, aux approches de la nuit^ le ciel finit par s'éclaircir, la foudre cessa de gronder, le peuple rentra dans sa tranquillité ordinaire.
Sans commotion populaire et avec quelques différences en plus ou en moins, le même phénomène d'une pluie de poussière rouge eut lieu non-seulement dans les deux Calabres, mais encore à l'extrémité opposée des Abruzzes.
La poussière recueillie avait une couleur d'un jaune de cannelle, présentait une saveur terreuse peu marquée, était onctueuse au toucher, d'une grande ténuité, quoiqu'on y découvrit à la loupe de petits corps durs ressemblant au pyroxène et qui provenaient peut-être du terrain sur lequel on l'avait ramassée. Par l'action de la chaleur elle devint brune, puis noire et enfin rouge; après la calcination elle laissait apercevoir, même à l'œil nu, une multitude de petites lames brillantes de mica jaune; elle avait alors perdu un dixième de son poids, et elle ne faisait plus effervescence avec. les acides. Privée de corps durs, sa densité était de 2.07. M. Luigi Sementiiii l'a trouvée composée ainsi qu'il suit :
Silice 33.0
Alumine 15.5
Chaux 11.5
Oxyde de chrome 1.0
Oxyde de fer l/i.5
Acide carbonique 9.0
Substance résineuse jaune 15.5
Total 100.0
La substance résineuse pouvait se séparer en traitant la poussière par l alcool et en faisant ensuite évaporer la liqueur à siccité.
II. — Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1814, à Cuneto, dans la vallée d'Oneglia, le docteur Lavagna a constaté une chute de terre dont la couleur ressemblait à celle de la brique en poudre, et qui recouvrait les arbres, les gazons, les toits des maisons. Le jour suivant il tomba une pluie très -fine qui, emportant peu à peu la partie la plus soluble et la moins colorée, accumula l'autre partie dans les concavités, des feuilles des arbres, de manière à produire l'effet de taches de sang. Cette terre était argileuse, et le docteur Lavagna suppose qu'elle avait été apportée par les vents du sud qui soufflaient précisément la nuit pendant laquelle a eu lieu le phénomène. N'est-ce pas là un exemple de ces prétendues pluies de sang, de si fatal augure dans l'antiquité ?
m. — Le 2 novembre 1819, vers S*» 30" de l'aprèsmidi, le vent étant à l'ouest, le ciel couvert, le temps calme et pluvieux, il es!; tombé à Blankenberge, pendant environ un quart d'heure, une pluie abondante, d'un rouge foncé , qui , reprenant peu à peu sa couleur ordi-
XIL 30
166 SUR LA PLUIB.
naire, a continué le restant de la journée. Une partie de cette pluie, ayant été soumise à l^analysc par MM. de Meycr et de Stoop, chimistes à Bruges, ces savants y constatèrent la présence réellement extraordinaire de chlorure de cobalt.
IV. — Le 9 novembre 1819, la ville de Montréal, au Canada, se trouva tout à coup enveloppée dans la plus profonde obscurité, et il tomba en abondance une pluie noire comme de l'encre. M. Martyn-Plrflne recueillit une bouteille de cette eau de pluie, qui fut envoyée au lycée de New-York ; l'analyse chimique montra que la seule substance étrangère qu'elle contenait était de la suie ou du charbon. On s'est généralement accordé, dans le pays, à supposer que ces matières provenaient du foyer des vastes incendies qui s'étaient déclarés, pendant la sécheresse, dans les forets situées au sud de l'Ohio, et qu'elles avaient été transportées par le vent jusque dans le Bas- Canada.
V. — Durant la nuit du 16 novembre 1819, il tomba à Broughlon (Amérique du Nord) une grande quantité de poudre noire qui se répandit sur la neige dont la terre était couverte.
YI. — Une lettre de M. Laîné, consul de France à Fernambouc, datée du 1*' novembre 1820, contient ce passcigc : «Il est tombé, dans le commencement d'octobre, une pluie d'une espèce de soie dont beaucoup de personnes ont ramassé des échantillons. Cette pluie s'est étendue à 30 lieues dans les terres et à peu près autant dans les mers. Un bAtimcnt français arrivé ici en a été couvert. Ce phénomène, dont on n'avait pas encore eu
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d'exemple, excite une grande curiosité dans ce pays, t La vue des échantillons envoyés par M. Laine m'a fait naître Tidée que la substance recueillie à Fernambouc pourrait avoir quelque analogie avec ces filaments soyeux qui 9 dans les environs de Paris et à certaines époques de Tannée, sont transportés par les vents dans toutes sortes de directions.
VU. — Le !•' du mois d'octobre 1829, il avait beaucoup plu à la blanchisserie de cire de M. Germon, au sud d'Orléans. En relevant ses pains, ce fabricant aperçut qu'il y en avait un grand nombre de tachés. Les taches étaient d'une couleur uniforme, rougeâtre ou brunâtre, elles occupaient toutes le fond de petites cavités situées à la surface des pains; il est naturel de croire, d'après cela, qu'elles provenaient d'un peu d'eau colorée qui avait séjourné dans les cavités en question, et plusieurs d'entre elles, en effet, renfermaient encore de l'eau, dont la couleur ne différait pas de celle des taches.
Le 2 du même mois, de nouveaux pains furent exposés sur le pré. Dans la nuit, il plut quelques instants, vers les deux heures du matin, par un temps presque tout à fait calme. M. Germon, en se levant, trouva de nouveau ses pains extrêmement tachés. Les taches étaient plus nombreuses, plus marquées que celles de la veille, mais delà même couleur. M. Germon apprit que M. Brchamel, son voisin, que M. Baulu et M. le baron Boidron, dont les établissements étaient au nord de la ville, à plus d'une lieue du I^iret, et, ce qui paraîtra plus étonnant, que les blanchisseurs de Versailles aperçurent tous ce singulier phénomène le même jour. La matière colorante des pains
de cîre de M. Germon, séparée de ces pains à Taîde d'un simple lavage à Teau froide, a été soumise à l'analyse chimique par M. Fougeron, qui Ta trouvée composée d'oxyde de fer, de silice, d'alumine, de chaux et d'acide carbonique. C'est en vain qu'on y a cherché la présence du chrome et du nickel.
M. Fougeron s'est demandé si la matière colorante ne serait pas de la poussière des roches creuses de Vierzon, qu'un tourbillon de vent aurait transportée dans les hautes régions de l'atmosphère; mais alors, dit-il, comment le même phénomène s'est-il renouvelé deux jours de suite et à d'aussi grandes distances?
M. de Tristan a trouvé, dans son journal météorologique, que le 1" octobre il y avait, près d'Orléans, un vent de ten^ venant du nord-est, et un vent supérieur qui transportait des vapeurs épaisses du sud ou du sud-est au nord. Le 2, le vent était du sud.
VIII. — Le 16 mai 1830, à 7 heures du soir, il tomba à Sienne (Toscane) et dans la campagne environnante une pluie qui tachait en rouge tous les objets qu'elle touchait. Le môme phénomène se renouvela vers minuit. Depuis le 14, le temps était calme; mais il y avait dans l'atmosphère un brouillard dense et rougeâtre.
La matière terreuse colorée, recueillie au Jardin botanique sur les feuilles d'un grand nombre de plantes, a été soumise à l'analyse chimique par M. Giuli, professeur d'histoire naturelle. Ce savant y a constaté la présence d'une matière organique végétale, du carbonate de fer, du manganèse, du carbonate de chaux, de Talumine, de la silice.
IX. — Le 10 mai 1836, M. Hufty de La Jonquiëre a 'u dans la vallée d* Aspe ( Basses-Pyrénées) le sol couert d'une couche de poudre jaunâtre, que des gens peu claires ont prise pour du soufre et qui n'était que le K)llen des sapins en fleurs de deux forêts voisines situées [ans la direction d'où venait le vent.
X. — Le 12 avril 1839, un officier du génie, M. Ré- Qond, a recueilli à Philippeville (province de Constantine, Jgérie), sur la plaque en marbre d'un cadran solaire lorizontal, une poudre qui était tombée en même temps [u^une pluie légère sur le pays : cette pluie fut appelée par îssoldats pluie de boue ou de sable. Il régnait un vent du lord-nord-est, tandis que les jours précédents on éprouait un vent constant du désert (le vent siroco d'après 3S marins de la Méditerranée, le veut chili suivant la iénomination arabe).
XI. — Une pluie boueuse rouge est tombée les 17, 18 1 19 février 18&1, par un temps calme et de brouillard,
Gênes et dans les environs, jusqu'à Zornosco, près le ic Majeur, à l'est de Bagnone, dans la Conigniana, u pied de la chaîne de l'Apennin. Cette eau laissait déposer au bout de quelques heures une poussière rouge [ue MM. Cannobio et Colla trouvèrent composée d'un Qélange de talc, de quartz, de chaux carbonatée, de déritus de serpentine, de matières bitumineuses et de maières organiques contenant quelques débris de semences le différentes plantes. Chose remarquable, il est tombé . la môme date, le 27 février 1841, au Vernet (Pyrénées- )rientales), pendant une pluie d'orage, une substance pulvérulente d'un jaune rougeâtre clair. Un échan-
tillon de cette substance, que recueillit M. le commaih dent Coudert, ayant été analysé par M. Dufrénoy, oA éminent minéralogiste y constata un mélange de quarb hyalin, de peroxyde de fer, de calcaire et de feldspath.
XII. — Durant une commotion atmosphérique violente, accompagnée de dépressions extraordinaires du baromètre , il est tombé à Parme , dans Taprès-midi da 27 obtobre 18&1 et dans la matinée du 29 une pluie orageuse colorée par une poussière impalpable.
XIII. — Dans la nuit du 2& au 25 mars 18&2, il est tombé sur presque tout le Péloponèse, sur la Phocide, sur une partie de T JEtolie, en Achale ; sur les communes de Patras, de Yostilsa et de Parés ; sur toute la surface des départements de Messénie, de Laconie, de Lacédémone, de Mantinée et de Cynouzie; sur les rivages du golfe de Salonique; sur TArgolide, une pluie lente et douce, tenant en suspension une matière terreuse rougeâtrc très-fme. Les toits des maisons et les feuilles des arbres étaient recouverts d'une couche mince de limon terreux. M. le docteur Bouros a envoyé à TAcadéroie des sciences de Paris un échantillon de cette substance recueilli aux environs d'Amphissa. Notre confrère M. Dufrénoy soumit la matière à l'analyse chimique et constata qu'elle contenait approximativement :
Carbonate de chaux ^U parties»
Hydrate de peroxyde de fer 31 —
Sables granitiques Ii5 —
Total 100 —
Elle était donc exactement composée comme le serait
SUR LA PLUIB. 474
une poussière formée par le mélange des détritus de roches anciennes et de roches calcaires, analogues à celles qui composent le sol de la Grèce.
XIV. — Le 16 et le 17 octobre 1846, une pluie mélangée de matière terreuse, laissant sur les objets qui la recevaient des taches rougeâtres, est tombée dans im grand nombre de lieux. Diaprés les observations recueillies par MM. Bravais, Ehrenberg, Decaisne, Fournet, Dupasquier, Léwy, Gallois, Seignobos, etc. , le phénomène a commencé à la Guyane, s* est étendu sur rÉtat de New-York, s'est retrouvé aux Açores, est arrivé dans la France centrale et orientale, sur les départements de la Drôme, de Tlsère, du Rhône, de F Ain, a traversé les Alpes du côté du Mont-Cenis, pour aller s'effacer graduellement en Italie. Le résidu laissé par la pluie présentait l'aspect d'une terre jaunâtre, et donnait une teinte rouge à l'eau dans laquelle on le délayait. Cette substance recueillie en divers endroits s'est partout trouvée avoir à peu près la même composition, elle renfermait de la silice, de l'alumine, du peroxyde de fer, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie, des corpuscules organisés d'origine végétale et quelques infusoires.
— Tous les faits que je viens de rapporter démontrent que les pluies colorées sont un simple mélange de l'eau météorique et de diverses poussières arrachées à la terre par les vents et transportées au loin dans l'atmosphère. J'ai cité ailleurs des exemples de ces transports de poussières à de grandes distances. (Voir p. 293, 29& et 39&).
i7% SUR LÀ PLUIB.
SUR LIS HEIGS8 R0UGS8
La neige rouge que le capitaine Ross a recueillie dans la baie de BafBn ayant fixé l'attention des physiciens et des naturalistes, il en est résulté une étude attentive des phénomènes de ce genre ; nous allons faire connaître, dans ce chapitre, les principaux résultats auxquels on est arrivé.
Nous ferons d'abord remarquer que le phénomène en question n'est pas aussi rare que l'ont imaginé les officiers de l'expédition anglaise. Saussure en fait déjà mention dans son excellent Voyage dans les Alpes : c Lorsque je montai pour la première fois sur le Breven, en 1760, dit ce savant physicien , ses pentes étaient couvertes de neige en différents endroits. Je fus très-étonné de voir leur surface teinte par places d'un rouge extrêmement vif. Cette couleur avait la plus grande vivacité dans le milieu de certains espaces dont le centre était plus abaissé que les bords, ou au concours de divers plans inclinés couverts de neige. Quand j'examinais de près cette neige rouge, je voyais que sa couleur dépendait d'une poudre fine mélangée avec elle, et qui pénétrait jusqu'à deux ou trois pouces de profondeur, mais pas plus avant. Cette poudre ne paraissait point être descendue ou coulée du haut de la montagne, puisqu'on en trouvait dans des endroits séparés, et même éloignés des rochers : elle ne semblait pas non plus avoir été jetée par les vents, puisqu'on ne
la voyait pas même semée par jets : on aurait dit qu'elle était une production de la neige même, un résidu de sa fonte qui restait attaché à sa surface, comme sur un tamis, lorsque les eaux produites par sa liquéfaction la pénétraient et descendaient plus bas; et ce qui suggérait d'abord cette cpinion, c'est que Ton voyait cette couleur, extrêmement faible sur les bords des espaces concaves, devenir par gradation plus vive en approchant des fonds où Fécoulement des eaux avait entraîné une plus grande quantité de résidu...
u Ce n'est pas sur le Breven seul que j'ai vu cette neige rouge , j'en ai trouvé sur toutes les hautes montagnes, au moins dans la même saison et dans des positions semblables*. U y en avait beaucoup sur le Saint- Bernard, lorsque j'y fus en 1778. . . » Saussure dit ailleurs, tome IV, page 205, édition in-A*, que u la neige rouge ne se voit nulle part à une hauteur supérieure à 2820 mètres au-dessus du niveau de la men »
La poudre qui colorait la neige en rouge avait une pesanteur spécifique supérieure à celle de l'eau; essayée au chalumeau, elle s'y enflammait en répandant une odeur d'herbe brûlée : quelques autres essais conduisirent le savant voyageur de Genève à penser que cette poudre est une matière végétale et vraisemblablement une poussière d'étamines. « Il est vrai, ajoute-t-il, que je ne connais aucune plante de la Suisse dont les fleurs donnent une poussière rouge, et qui soit assez abondante pour correspondre à l'universalité de cette poussière sur les
i. IVamond en a trouvé également sur les Pyrénées.
neiges des Hautes-Alpes , surtout si Ton considère la quantité qui doit s'en perdre avant d'y parvenir, i
La neige rouge que le capitaine Ross a rapportée en Angleterre fut recueillie le 17 août 1818, par ?©• 23' de latitude nord, et G?"* 2(/ de longitude ouest, près de la mer, sur la pente d'une colline haute d'environ 200 mètres, et qui s'étendait parallèlement au rivage dans un espace de près de 1& kilomètres. La. partie la plus élevée de cette colline, entièrement dépouillée de neige, se faisait remarquer par une végétation dans laquelle on crut apercevoir des teintes de vert tirant sur le jaune et le brun rougeàtre ; dans le lointain , on voyait de hautes montagnes; mais les neiges dont celles-ci étaient recouvertes n'offraient aucune trace de couleur. Ajoutons cependant que, dans quelques parties, on aperçut de la neige rouge à plus de 10 kilomètres du rivage de la mer, et que la substance colorante, au dire du capitaine Ross, avait pénétré jusqu'à la profondeur de 3".25 à & mètres.
Une certaine quantité de cette neige ayant été enfermée, sur les lieux, dans des bouteilles, le D' Wollaston a pu, au retour de l'expédition, examiner attentivement la matière colorante. Ce qui suit est la traduction littérale de la Note que ce savant chimiste a remise au capitaine Ross.
« Je crains qu'il ne nous soit pas possible d'avoir une opinion bien arrêtée sur la véritable origine de la substance à laquelle la neige doit sa teinte rouge, faute d'une connaissance suffisante des productions naturelles des régions où cette neige se trouve ; mais en pesant toutes les
circonstances, je suis fortement porté à penser que la substance en question est végétale. La matière rouge se compose de petits globules dont les diamètres sont compris entre j^ et ^^ de pouce ; je crois que les enveloppes des globules n'ont aucune couleur propre, et que la substance qu'elles renferment est seule rouge : celle-ci paraît être d'une nature huileuse, et ne point se dissoudre dans Teau ; elle est, au contraire, soluble dans Tesprit de vin rectifié. Ces globules, examinés avec un pouvoir amplifiant considérable, et dans une lumière suffisamment vive, présentent, dans leur intérieur, huit ou neuf compartiment ou cellules; séchés à la chaleur de Teau bouillante, ils ne perdent point leur couleur. Par distillation destructive {by destructive distillation) y ils cèdent une huile fétide et de Tammoniaque; ce qui pourrait faire croire qu'ils sont d'une nature animale ; mais cette conclusion serait hasardée, puisque les graines de diverses plantes fournissent le même produit, et que les feuilles des fucus donnent aussi de l'ammoniaque pendant leur distillation. J ai trouvé, avec la matière colorante, une petite portion d'une substance cellulaire à la surface de laquelle les globules adhéraient, et qui même en renfermait dans son intérieur. Cette substance, qui doit avoir la même origine que les globules, paraît, d'après la manière dont elle brûle, être décidément de nature végétale; car je ne connais aucune substance animale qui se consume aussi rapidement et foumisse des cendres blanches, lorsqu'elle est seulement chauffée jusqu'au rouge.
c La première idée qui me vint à l'esprit relativement à la nature des globules fut qu'ils pouvaient être des
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œufs d'une très-petite espèce de shrimp\ fort abondant, comme on le sait, dans ces mers. Je supposais que ces œufs étaient dévorés par les myriades d'oiseaux de mer qu'on rencontre dans les mêmes parages, et évacués ensuite avec leurs excréments. Mais, s'il en était ainsi, les œufs ne se trouveraient pas seulement accompagnés de substances végétales ou renfermés dans leur intérieur, ils seraient quelquefois mêlés, sans aucun doute, avec les matières dont se composent les excréments des oiseaux.
a Si les globules venaient de la mer, il n'y aurait aucune limite à la quantité qu'un vent violent et continu pourrait en transporter sur la terre; aucune limite non plus aux périodes pendant lesquelles ils auraient pu s'accumuler, puisqu'ils se seraient toujours conservés d'année en année, sans éprouver aucune diminution ni par l'évaporation ni par la fonte des neiges.
« Je regrette, dit le D' WoUaston en terminant sa Note, que le petit nombre de renseignements que nous avons pu nous procurer ne permette pas d'arriver à des conclusions certaines; il faut espérer que d'autres navigateurs trouveront Toccasion de recueillir de nouveaux matériaux , et qu'on achèvera d'éclaircir ainsi ce curieux phénomène. »
Depuis la publication de l'ouvrage du capitaine Ross, M. De CandoUe a présenté à l'Académie des sciences un échantillon de l'eau provenant de la fonte de la neige rouge recueillie dans les régions polaires. Voici la Note
1. Les dictionnaires que j*ai consultés définissent ainsi le mot shrimp : un très-petit poisson crustacé, crangon, crevette.
de M. De Gandolle qui accompagnait cette présentation : Cl Cette eau, ainsi que la neige, est colorée en rouge foncé par une matière qui a été jugée organique par tous ceux qui l'ont observée; mais les physiciens et les naturalistes, quoique d*accord sur ce point, ont été fort incertains sur la nature spéciale de cette matière. Est-elle animale ou végétale? Dans le premier cas, est-elle composée d'œufs de quelque espèce à déterminer, ou est-elle ellemême un amas d'animalcules? Dans le second cas, appartient-elle à la famille des champignons ou à celle des algues?
« La matière de la neige rouge des pôles est composée de globules parfaitement sphériques, qui n'ont souffert aucune altération sensible depuis onze mois qu'ils sont enfermés dans de l'eau non salée et à une température fort supérieure à celle de leur station naturelle. Ces globules sont inégaux en dimensions; ils ont à peu près, d'après le D' Wollaston, de -^^ à ^ de pouce de diamètre ; les plus gros sont toujours rouges ; parmi les petits on en ok^erve de rouges et de blancs ; ces derniers sont généralement les plus petits de tous, et se présentent souvent collés avec les gros globules, de manière à imiter un pédicclle ; on aperçoit çà et là des lambeaux irréguliers d'une espèce de membrane qui semblerait n'être qu'un amas de petits globules blancs. Le D' Wollaston a observé que, lorsqu'on écrase entre deux verres plans les globules rouges, et qu'on les observe sous le microscope, la matière rouge sort, par la compression, hors de la vessie, sous la forme d'une espèce d'huile non miscible ù l'eau et de consistance un peu tenace; la vessie reste décolorée
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et paraît être d^une seule loge; les globules, dans leur intégrité, présentent un point lumineux que quelques-uns prennent pour une bulle d^air, mais qui parait un simple effet d'optique.
<( L'hypolhëse qui regarde ces globules comme des animalcules est renversée, soit par la permanence extraordinaire de celte matière , comparée à la fugacité des animaux iufusoires, soit par la parfaite sphéricité des globules.
c Uopinion de ceux qui les prennent pour des œufs est fort affaiblie par la circonstance de Tinégalité de grosseur et de couleur des globules, circonstance qui prouve qu'ils ont un véritable accroissement.
ce Ceux qui ont considéré ces globules comme des champignons les ont regardés comme analogues aux uredos et aux trichias; mais dans cette hypothèse il faut considérer la membrane comme permanente et de nature fibreuse, et les globules comme pédicellés, ce qui parait peu conforme à l'observation; de plus, les globules ne sont jamais remplis de matière pulvérulente comme dans les genres précités. Enfin, la localité où Ton trouve cette matière et sa permanence dans l'eau écarte encore l'idée de la rapporter à la famille des champignons. »
M. De Candolle pense que l'opinion la plus vraisemblable est de considérer cette matière comme un amas de petites plantes appartenant à la famille des algues. Cette opinion a été proposée avec doute par M. Robert Brown dans l'appendice placé à la fin du Voyage du capitaine Ross; elle se fonde non -seulement sur les objections faites aux autres hypothèses, mais encore sur l'analogie
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de la forme de ces globules avec plusieurs algues rangées aujourd'hui parmi les ulva el les rostochs ; sur Tanalogie de station de cette matière qui vit sur ou dans la neige, comme les algues sur ou dans Teau ; enfin sur la permanence de la constitution de cette substance, phénomène fréquent dans la famille des algues.
a II sera curieux d'observer de nouveau, a ajouté avec raison M. De Candolle, la neige rouge des montagnes européennes, et de voir si elle présente quelque chose d'analogue à celle des pôles, ou si peut-être plusieurs causes diverses ne concourent pas, dans différentes localités, à colorer en rouge les amas de neige permanente. >
Après avoir entendu les observations précédentes de M. De Candolle, M. Thenard a rapporté celles qui ont été faites dans son laboratoire par M, Grouvelle, sur une matière provenant de la fonte de la neige rouge des pôles, et qui avait été remise à M, Biot par M. Babbage, de la part du capitaine Sabine.
(( Cette matière, a dit M. Thenard, renfermée dans un petit flacon bouché avec du liège, avait la consistance molle du miel. Sa couleur était d'un brun rouge, et son odeur désagréable, analogue à celle de certaines substances qui commencent à se putréfier. L'eau froide ou chaude ne la dissolvait pas sensiblement ; l'alcool bouillant en opérait, au contraire, la dissolution presque en totalité ; il se colorait en rouge foncé, et laissait par l'évaporation un résidu de même couleur et de nature grasse.
« Enfin, soumise à l'action du feu dans une petite cornue de verre, la matière s'est décomposée; il en est résulté beaucoup d'huile brune sans trace sensible d'am-
moniaque, de gaz, etc., et un charbon spongieux qui contenait une petite quantité de cendres.
(( Faute de matière, les essais n*ont pas pu être plos nombreux : Ton peut cependant en conclure que la matière colorante est très-probablement de nature végétale et en même temps de nature grasse. »
M. Francis Bauer, le célèbre botaniste de Rew, a publié aussi de son côté , dans le Journal de V/nstùutian royale y une série d'observations microscopiques dont nous allons donner la traduction.
a Après que la bouteille (qui renfermait Teau provenant de la fonte *de la neige rouge) eut été laissée en repos pendant dix-huit heures, je trouvai que son contenu était de Teau parfaitement limpide, et qu'il s'était déposé au fond un sédiment dont Tépaisseur n'égalait pas tout à fait G"""-. 75, et composé en apparence d'une poudre extrêmement fine avec une teinte rouge sombre.
« Ayant débouche soigneusement la bouteille, de manière à ne pas l'agiter, je plongeai dans l'eau claire un petit instrument d'ivoire, et je déposai une goutte de ce liquide qui couvrait à peine les trois quarts d'un centimètre carré, sur un verre plan. En l'examinant ensuite avec un microscope, je vis que la. goutte était d'eau pure, et qu'il flottait seulement à sa surface quinze ou vingt globules sphcriques de différentes grandeurs, incolores et tout à fait transparents. L'expérience, recommencée à plusieurs reprises, offrit constamment les mêmes apparences.
« J'agitai alors la bouteille, afin de mêler le sédiment avec le liquide; le mélange ne Uirda pas à se faire, et l'eau acquit une teinte légèrement rougeâtre. J'en plaçai
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une petite goutte sur le verre plan ; le microscope m'y fit apercevoir quelques centaines de globules de diverses grandeurs; la plupart» presque entièrement opaques, avaient une belle teinte de rouge obscur , et tombaient bientôt au fond ; les globules transparents et incolores se maintenaient constamment à la surface de Teau.
c Ces globules ne me paraissaient pouvoir être comparés qu'au pollen de certaines plantes, ou aux petits champignons du genre uredo.
1 Frappé de cette idée, j'examinai les objets avec plus d'attention ; j'employai de plus forts grossissements, et je découvris bientôt divers individus adhérant encore à leurs pédicelles , comme je l'ai trouvé dans un grand nombre d'espèces d'uredo : ce qui distingue ces petits champignons du pollen de certaines plantes.
1 Pendant que l'eau déposée sur le verre s'évaporait, j'observai aussi cette substance glutineuse qui sort toujours des champignons quand ils mûrissent, et qui, à ce que je pense, contient leurs graines. Après l'évaporation complète du liquide, les globules étant eux-mêmes secs, s'attachèrent ensemble, précisément comme le font diverses espèces d'wrerfo, et, dans cet état, il aurait été à peine possible de les distinguer, tant par leur forme que par leur couleur, de V uredo fœiida.
« Ayant séché une quantité suffisante de ces globules, je les plaçai sur un fer chaud, et Todeur de leur fumée prouva aussi qu'ils sont une matière végétale
« Je répétai les expériences précédentes avec une quantité suffisante d'uredo fœtida^ et les résultats furent absolument les mêmes : les champignons mûrs et colorés