DE L'ALGÉRIE
Un officier de mes amis, qui est attaché à notre régiment d'Arabes, m'écrivait dernièrement : f Comment se fait-il que le gouvernement français s'obstine à laisser les Arabes dans Vopposition, tandis qu'ils ont la plus grande envie de devenir ministériels. » Et cependant, vous le savez, Messieurs, en Afrique, l'opposition se formule, non pas en discours, comme ici, mais en coups de fusil, de lance et de yatagan.
Je demande à la Chambre la permission de lui lire huit ou dix lignes du rapport qui lui a été fait par la commission des finances :
• C'est à la direction du Bureau des Longitudes et à l'initiative de la Chambre dernière que sont dues les améliorations qui ont fait du monument élevé à l'astronomie par la munificence de Louis XIV le premier Observatoire de l'univers. Ceux qui le visitent peuvent reconnaître les changements que le perfectionnement des instruments, qui avait déjà tant fait pour les progrès de l'astronomie, a amenés dans la construction des observa-
i. Discours prononcé dans la séance de la Chambre des député? du 1" juin 1835. — Voir sur le même sujet t VI des OEuvres^ t. Ili des Notices scientifiques, p. 564 à 595 ; voir aussi astronomie populaire^ t. IV, p. 778.
toires; ils admireront ces toits mobiles qui, pour la première fois, garantissent entièrement l'observateur et ses instruments de toutes les intempéries atmosphériques. I^ Chambre doit savoir que ces toits mobiles ne sont point encore payés, et qu'on ignore par quel ministère le paiement en sera supporté, parce qu'on n'a pas décidé si c'est là un ouvrage d'architecte, ou un travail de constructeur d'instruments. MM. les ministres se hâteront sans doute de faire cesser ce conflit, et de demander aux Chambres le crédit nécessaire pour acquitter la dépense. »
Il est peut-être nécessaire que je dise à la Chambre quelle a été l'origine de cet excédant de dépense. En 1832, le Bureau des Longitudes demanda à l'administration de vouloir bien faire reconstruire, non pas l'Observatoire proprement dit, mais ses murs d'enceinte et ses toits qui menaçaient ruine. Les prévisions du Bureau des Longitudes n'étaient que trop réelles, car lorsque l'on mit le marteau à la bâtisse, on trouva les poutres dans un tel état de pourriture que c'était presque un miracle que tout ne fût pas déjà éboulé.
Dans le peu de mots que je prononçai à la tribune, pour appuyer la demande de l'administration, la Chambre aperçut que la somme portée au budget était trop restreinte ; le Bureau des Longitudes, cédant aux exigences de l'époque, s'était borné, quoique à regret, à demander une simple réparation.
La Chambre se décida elle-même à faire mieux ; elle voulut d'abord que les travaux fussent exécutés, non en cinq années comme on le proposait, mais en une seule
impagne; voyant ensuite que le cadre pouvait être tilenDcnt étendu , elle vota une allocation fort supérieure
celle que le ministère avait proposée.
Les obligations du Bureau des Longitudes s'étaient insi bien agrandies; au lieu d'une simple réparation, e fut à une reconstruction complète qu'il dut pourvoir.,
Ainsi on ne s'est pas contenté de modifier l'enceinte, 3 toit, les trapes; on a tout renouvelé, et maintenant, [essieurs, notre Observatoire pourra marcher de pair, our la commodité et la facilité des observations, avec is établissements de ce genre les plus renommés, si lême il ne mérite de marcher à leur tête.
Voulez-vous savoir en quoi consistent ces amélioraons? Le voici : il y a, dans notre Observatoire, divers lurs sur lesquels les instruments reposent et dont la soliité doit être extrême. Le moindre tassement rendrait mtes les mesures inexactes. Eh bien, l'un de ces murs, instruit en 1777, était en porte à faux, sans qu'on eût ule deviner; il fallut donc le reprendre en sous-œuvre; 5 dis : il fallut, car un Observatoire qui ne marche as à l'égal du plus parfait qui existe dans le monde est n établissement sans valeur. Il importe peu, en effet, ue les observations astronomiques soient faites dans une réalité ou dans une autre.
On a trouvé en Angleterre , à Greenwich , qu'il y a uelques avantages à observer de deux manières, direcîment et par réflexion, l'astre dont on veut déterminer i hauteur angulaire. L'un des deux instruments néceslires, nous le possédions ; l'autre nous manquait. Sous eine de rester en arrière de l'Observatoire national de
nos voisins, il fallut donc construire dans Tenceînte du nouvel édifice un pilier très- massif qui n'entrait pas dans les premières prévisions, car je l'ai déjà expliqué, les allocations ministérielles du budget avaient été calculées sur une réparation et non sur une reconstruction radicale du bâtiment. Ce pilier a été exécuté de la manière la plus satisfaisante.
L'Observatoire de Paris possède l'un des plus beaux instruments qui soient jamais sortis de la main des hommes; je veux parler de son équatorial; cet instrument était établi au milieu d'une tourelle si étroite que, dans certaines positions, l'observateur avait quelque peine à placer sa tète entre le mur d'enceinte et la lunette.
Je puis, en deux mots, et sans abuser de l'attention de la Chambre, lui donner une idée des propriétés caractéristiques de cet équatorial.
Les lunettes destinées aux observations astronomiques ont un double mouvement qui s'opère avec des manivelles. L'un sert à parer aux changements perpétuels de hauteur des astres; l'autre à la partie du mouvement diurne qui est dirigée de l'est à l'ouest. L'astronome a donc les deux mains occupées; aussi ne parvient-il qu'avec beaucoup de peine à opérer des mesures micromotriques exactes. Ces difficultés n'existent pas dans la lunette de notre équatorial; c'est une pendule qui la conduit; c'est un mouvement d'horlogerie qui la maintient toujours dans la direction de l'astre qu'on veut observer, et cela sans aucune oscillation sensible , quel que soit le grossissement.
Les bonnes dispositions que la Chambre avait montrées
pour rObservatoire ne permettaient pas au Bureau des Longitudes de laisser ce bel instrument dans Tenceinte étroite et incommode qui le renfermait. Il a donc fait construire, en sus des travaux prévus, une nouvelle tourelle avec un toit mobile dont l'ouverture peut être dirigée à volonté vers tous les points du ciel.
Les astronomes ne sont pas aussi complètement b la belle étoile qu'on l'imagine dans le monde; leurs mesures n'auraient aucune exactitude s'ils n'étaient pas à l'abri; si leurs instruments, surtout, ne pouvaient pas être soustraits aux intempéries de Tair. Les toits d'un Observatoire doivent pouvoir tourner à volonté et par petites parties; mais ce problème n'avait pas encore clé résolu d'une manière entièrement satisfaisante.
Lorsque le Bureau des Longitudes fit construire un nouvel Observatoire, il envoya demander en Allemagne, en Danemark, en Angleterre, des plans et des modèles de ce qui existait dans ces pays de plus parfait; rien ne se trouva applicable à nos constructions; rien ne satisfaisait à toutes les conditions exigées.
Un artiste de Paris, M. Picard, a résolu la question d'une manière vraiment remarquable. Les membres de la Chambre qui voudront venir visiter l'Observatoire (et je les y invite fortement) pourront s'en assurer par euxmêmes.
Cette seule portion du travail a exigé une dépense de plus de 37,000 fr. Trouve-t-on la somme un peu forte? Je dirai qu'en Angleterre, dans le pays de la mécanique, à rObservatoire de Cambridge, l'établissement de deux toits a coûté plus de 3,000 livres sterling, plus de
75,000 fr. En résumé, je n'hésite pas à dire, et je sais que les paroles prononcées à cette tribune ont du retentissement en pays étranger, je n'hésite pas à affirmer que notre Observatoire, qui naguère était le dernier peut-être, est maintenant au premier rang. Ce que je dis ici, je l'ai déclaré dernièrement en Angleterre, en visitant le magnifique Observatoire de Cambridge.
11 ne nous reste donc plus qu'à sortir du déficit que j'ai signalé. M. le ministre de l'instruction publique, qui a toujours montré sous ce rapport beaucoup de bienveillance, écrivait le 19 mars dernier au président du Bureau des Longitudes la lettre dont je vais donner lecture à la Chambre, si M. Guîzot n'y voit aucun inconvénient, (M. le ministre fait un geste négatif.)
M. le président, j'ai reçu le compte des dépenses que les reconstructions de l'Observatoire royal ont nécessitées, ainsi que 4cs pièces justificatives qui l'accompagnaient. J'ai transmis ce compte à M. le ministre de l'intérieur , en lui faisant remarquer que la plus sévère économie avait présidé à ces dépenses , et que la somme de 61,698 fr. 80 cent., à laquelle elles se sont élevées, n'a rien d'exagéré comparativement à l'importance des travaux et des améliorations qui en sont le résultat.
« Enfin, j'ai prié M. le ministre de l'intérieur de donner ses ordres pour que le montant de ces dépenses pût être ordonnancé le plus tôt possible. »
Ainsi, Messieurs, je vous ai prouvé que la dépense était nécessaire; M. le mhnstre proclame lui-même qu'elle
a été bien faite. Il est vraiment fâcheux qu'on ne Tait pas payée; Tartiste à qui nous devons nos toits mobiles, et dont j'ai parlé tout à Theure , débutait dans la carrière de l'industrie; il a été obligé d'emprunter; depuis deux ans il attend la juste rénumération de son travail , mais il ne la recevra qu'après qu'on aura décidé si c'est à M. le ministre de l'instruction publique ou à M. le ministre de l'intérieur qu'appartient ce soin. Une semblable incertitude nuit à un artiste plein de mérite et extrêmement recommandable. J'ajoute qu'elle entrave h marche de la science ; le Bureau des Longitudes, en effet, ne peut disposer tous les ans que d'une petite somme pour améliorer ses instruments existants ou pour en faire construire de nouveaux.
Or, en présence d'un déficit qu'il ne pourrait pas combler en vingt ans, ne vous étonnez pas que le Bureau des Longitudes n'ose pas s'engager dans les améliorations qu'il a conçues. Ainsi, j'ai parlé tout à l'heure d'un second cercle mural qui nous est indispensable ; nous avons la certitude qu'un de nos artistes l'exécutera à merveille, mais nous attendrons pour provoquer ce travail que la Chambre ou le ministère aient avisé aux moyens de solder l'arriéré.
Je n'ajoute plus qu'un mot. Messieurs, pour montrer que la Chambre , première origine des travaux dont je réclame la solde, est arrivée à des résultats remarquables avec une somme comparativement modique. Voyez ce qu'on a fait récemment en pays étranger pour l'astronomie !
Le 3 avril 1834, l'empereur Nicolas a mis à la dispo-
sition de rAcadémie des sciences de Saint-Pétersbourg, pour la construction et Taineublement de l'Observatoire de Poulkova, à Zarskoje-Selo , une somme d'environ 5 millions de francs.
L'empereur a assuré pour l'entretien de ce nouvel Observatoire un revenu annuel d'environ 2I89OOO fr. Le gouvernement russe a de plus fait construire en quelques années de beaux établissements du môme genre à Dorpat, à Âbo, à Nicolaiew, à Moscou, à Kasan et à Kiev.
Ce sont là, Messieurs, des dépenses énormes ; eh bien, j'ose le dire, nous n'aurons rien à envier aux étrangers lorsqu'une délibération de la Chambre aura tiré l'Observatoire de Paris de la position difficile dont je viens de rendre compte.
Monsieur le maire,
11 m'est impossible de me ranger aux idées de mon excellent ami Daubuisson au sujet de l'Observatoire do Toulouse. Le célèbre ingénieur est trop modeste : la ville savante du Midi a raison de vouloir posséder un véritable- Observatoire, je veux dire un bâtiment solide, peu élevé au-dessus du sol, meublé de bons instruments et susceptible alors de rivaliser, pour un grand nombre de re-
i. Adressée en 1839 au maire de Toulouse.