‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 144 sur 161 · SUR LES CARTES TOPOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES CARTES TOPOGRAPHIQUES

Dans la discussion, les partisans du système que j'essaie de réfuter ont paru disposés à renoncer à l'emploi des lignes de plus grande pente, telles du moins qu'on les trace aujourd'hui; les hachures ne seraient plus désormais, soit par leur rapprochement, soit par leur épais seur, que les moyens de produire une teinte d'autan! plus foncée que la pente aurait plus de roideur; on retomberait enfin à peu près dans l'ingénieuse méthode que M. le général Haxo a proposée et d'après laquelle il a fait exécuter divers modèles.

Si telles étaient, en effet, aujourd'hui les idées du Dépôt général de la guerre, la discussion devrait recommencer sur de nouvelles bases ; il faudrait examiner si la rapidité des pentes est bien le seul élément qu'on veuille déduire de l'examen d'une carte; si les différences d'élévation n'ont pas tout autant d'importance; si, comme le propose M. le général Haxo, l'équidistance des sections doit être abandonnée, etc., etc. Il me suffit qu'on ait présenté ce système comme un perfectionnement de ce qui se pratique aujourd'hui, pour qu'il ne soit pas inutile de rappeler ce qu'en pensaient naguère des officiers qui se disaient les organes de la très-grande majorité des ingénieurs géographes :

« Des teintes plus ou moins fortes, qu'on n'est presque jamais sûr d'appliquer convenablement, quand on les destine spécialement à l'expression des pentes, n'offrent pas entre elles des rapports susceptibles d'être appréciées avecla moindre exactitude ; et d'ailleurs, leur infinie variété rendrait une carte interminable, si, pour en régler les nuances avec quelque justesse, on voulait les assu-

jettir à un diapason. » [TraUéde topographie^ p. 237.) Je lis ailleurs que ces teintes occasionnent de grandes méprises, qu'elles nuisent aux détails et aux écritures, tandis que pour exprimer les inclinaisons du terrain on a le moyen plus simple des courbes de niveau. (Puissant, Observations^ p. 13.) D'autre part, on refuse au système jusqu'à la propriété de représenter en général des peu tes égales par la mémo teinte, puisque « la surface du terrain sera couverte de détails en certains endroits et qu'elle sera nue ailleurs. » {Topofjraphie^ p. 237.)

M. Chrestien de La Croix n'est pas moins positif. Suivant lui, avec le système des teintes, emprunté des AIlomands, « on n'a encore rien produit de satisfaisant » (p. 10). « La méthode s'oppose d'autant plus à l'expression du relief de la nature que réchelle des cartes topographiques est plus petite» (p. 12). 11 ajoute plus bas: «Les courbes de niveau peuvent seules faire connaître exactement, quel que soit le système de distribution de la lumière, les rapports des pentes entre elles» (p. 15). Enfin, après avoir reproduit l'objeclion tirée des terrains nus et couverts, M. Chrestien ajoute fp. 23) : « 11 est donc absurde de chercher dans les teintes la mesure exacte ou même approchée des ondulations du terrain. »

Je prie la Commission de vouloir bien remarquer que je n'adopte pas ces opinions dans toute leur étendue ; je lésai citées d'abord comme des autorités d'un grand poids propres à contre-balancer les opinions contraires qui ont été développées devant elle ; secondement, afin démontrer tout ce qu'il faut rabattre des prétendues perfections dont on s'était plu à doter les cartes couvertes de hachures.

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