SUR MON PROFESSORAT
Dans la guerre de plume comme dans la grande guerre, on est obligé de poursuivre son ennemi jusqu'au milieu des terrains les plus fangeux. Je faisais cette triste
Xir. !i'6
674 SUM LdHGlANliÀttON
reinàr(|ad en lisant dans rârtlcle du CanêUtutiannèl : a M. Arago (comrriandailt t)ar intérim de Técole aptes le^ journées de juillet 1850) fat un jour sifflé à oiutrance dans un amphithéâtre. » J'oppose à cette assertion men-* sôngère la dénégation la plus catégorique. Tous ceux qui me conn«lisseiit sdvcnt si j'endurerais, seblement pendant deux secondes, une avanie quelconque de cette espèce, si ma démission ne la suivrait pas imctiédiatement.
Un pfofesseur^ homme de cœur, se démet de sa placd et quand ses auditeurs ne le respectent pas et quand il n'a pas d'auditeurs. Four moi, dans ma longue carrière, j'ai eu le bonheur de ne jatnais me trouver dans aucund de ces positions critiques. Je sais que tout le monde n'en pourrait pas dire autant.
L'écrivain anonyme du Constitutionnel sera sans doute humilié en apprenant que les sifflets, qu'il a tirés è grand effort de son imagination, ne constituent pas une invention nouvelle. Certain journal breton peut lui disputer la priorité. L'an dernier, YAnnoricainy je crois, annonçait à ses lecteurs qu i\ Touverture du cours d'astronomie de l'Observatoire, les auditeurs, au nombre de huit à neuf cents, me reçurent par une bordée à peu près unanime de sifflets. Dans sa conscience timorée, le scrupuleux journaliste déclarait qu'il ne pouvait dire si ces bruits aigus s'adressaient au professeur ou au député. 11 y aurait ici d'autres questions à résoudre, et puisque le collaborateur du Constitutionnel est forcé de renoncer au mérite de la découverte principale, il serait digne de lui de se rejeter sur les détails. Ainsi, des membres de l'Institut
DE L'ÉCOLS POLfTÈCri^ÏIOUE. «75
ksastaienf quelquefois à die6 leçorfs; ces rrtembres : MM. Damas, Élie de Beaumoflt, Boussingault, Dufrénoy, Miloe Edwards, Aoax^ Payen, Parisét, Laùgîer, Maatais, etc., figuraient-ils au nombre des siflleurs? Devrat-<ori raAger dans la même catégorie M. Dumon, ministre des travaux publics et sa famille i M. \e pfemief pfësident Séguier; des littérateurs des deux sexes, des députés, des médecins ; bon nombre de militaires retirés ou en activité de service; des ministres de toutes les religions; phis de cent dames, etc.? On pourrait aussi examiner comment, à Cette rigueur extrême que signalait le journaliste de Brest, succéda une telle bienveillance que la masse des audi* teurs de l'Observatoire fit frapper une très-belle médaiffe; qu'elle m'en offrit des exemplaires en or, en argent et en bronze, pour témoigner au moins combien on était satisfait du zèle que le professeur mettait à s'acquitter d'une tAche pénible et qu'à la rigueur, it aurait pu laisser à d'autres. Voilà des questions vraiment nouvelles sur lesquelles le coUoborateur anonyme du Constitutionnel aura la faculté de s'exercer. Quoique la solution ne m'importe guère» j'engagerai charitablement mon adversaire à se bien pénétrer à l'avenir d'une vérité qu'il ignore : c'est que les élèves de l'École polytechnique, c'est que les auditeurs du cours de l'Observatoire, je pourrais sans risque étendre ma remarque à tous les cours de la capitale où se porte la foule , souffrent impatiemment qu'on leur prête des manières d'estaminet. Je consignerai encore ici un trait emprunté à l'histoire littéraire du dernier siècle, et dans lequel, malgré son ancienneté, il ne serait pas impossible que le rédacteur momentané du
Constiiutionnel se reconnut : « Le professeur Lange qui gelait de froid (à Halle) dans la solitude de son école, tandis que Wolf avait cinq cents auditeurs, s'en vengea en dénonçant Wolf comme un athée » en 1723 , et réussit à le faire expulser de l'université. A part la réussite, 1723 et 18/i/i ont bien des points de ressemblance. Je vois d'ici les insulteurs quotidiens qui, assure-t-on, m'attaquent avec tant de persistance et d'acharnement crier à Ja vanité, à l'orgueil et dire sur tous les tons que je me suis loué moi-même à outrance. Je réponds d'avance en toute sincérité que, si j'ai pu me mériter les témoignages infinis de bienveillance dont les auditeurs du cours d'astronomie ont bien voulu me combler, je crois en être exclusivement redevable au zèle ardent qui m'anime pour la diffusion des lumières. En tout cas, je trouverais mon excuse dans cette sentence d'un ancien : « On se peult louer soy-n)esme sans reprehension, si on le fait en respondant à une calomnie et imputation qui aurait esté mise sus. » (Plutarque, tome xiv, p. 399.)