‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 82 sur 161 · PAR LE TENT · texte numérisé non relu

PAR LE TENT

I. — Le 19 janvier 1825, dans la nuit, le vaisseau anglais le Clyde faisait route du sud au nord, en face de la partie de la côte d'Afrique comprise entre la rivière Gambie et le cap Vert, mais à une distance de cette côte qui surpassait 200 lieues. Le matin tout l'équipage fut fort surpris de trouver que les voiles étaient couvertes d'un sable de couleur brune et composé de parties très-fines. Le vent avait soufflé avec assez de force, la nuit précédente, dans les directions comprises entre le nord-est et Test (Le journal anglais auquel nous empruntons ce fait ne dit pas si le sable a été recueilli et analysé chimiquement. )

Voici quelques détails relatifs à un phénomène analogue; ils m'ont été communiqués par M. Schabelski, voyageur russe extrêmement distingué :

« Lorsque notre bâtiment se trouvait par 23'' de latitude nord et 21'' 20' de longitude ouest de Greenwich , nous fûmes témoins d'un phénomène très- remarquable : le matin du 22 janvier 1822 (nous étions alors à 275 milles nautiques des côtes l'Afrique), nous aperçûmes que tous les cordages du navire étaient couverts d'une matière pulvérulente dont la couleur rougefttre approchait de celle de l'ocre. Ces cordages, vus au microscope, offraient de longues files de globules qui semblaient se toucher. Les seules parties qui avaient été exposées à l'action du vent du nord- est présentaient ce phénomène; il n'y avait aucune trace de poussière sur les faces opposées.

fdi SUR LES VENTS, LES OURAGANS

« La poussière en question était très-douce au toucher et colorait la peau en rouge, »

IL — M. Leps, lieutenant de vaisseau, commandant le bfttiment à vapeur le Vautour, a observé en 1846 un phénomène analogue sur les côtes de rAlgérie. Le 15 mai, le baromètre se tint très-bas, à 0*.750, et pendant toute la journée la brise était très^fbrte de Touest à l*ouestrSud-ouest, sans cependant que la mer fût trèngrosse. Le VaiUour, bfttiment à vapeur de la force de 160 chevaux que commandait M. Leps, allait de Bone à Alger et se trouvait un peu à l'ouest du cap Bongaroni et non loin du petit port de Jigelly. Le ciel était variable et en partie nuageux; on sentait beaucoup d'électricité dansTair. Au coucher du Soleil, les terres s'embrumèrent d'abord par le sommet ; à 8 heures du soir d'épais nuages couvrirent tout l'horizon depuis le nord-est jusqu'au nord-ouest. A la nuit la mer se montra phosphorescente. Tout faisait préjuger un très-mauvais temps; le vent, variable d'intensité, était de l'ouest au nord-ouest A 9 heures le ciel se couvrit entièrement, et en un moment la nuit devint on ne peut plus obscure. On respirait diiScilement ; l'air paraissait épaissi. La vue ne s'étendait pas à 2 mètres de distance; le ciel était réellement noir; on n'apercevait aucune lueur; c'était comme dans une cave et presque effrayant. Quelques gouttes de pluie larges tombaient, mais de loin en loin. On ressentait sur la peau et surtout aux yeux qu'une poussière voltigeait dans l'air. A 2 heures après minuit, alors qua déjà

depuis longtemps la Lune était sar rhorizon, le ciel commença seulement à s'éclaircir; le baromètre monta d*une manière assez sensible. Les nuages se dissipèrent et les étoiles parurent ; les terres se découvrirent peu à peu. Au jouft on s'aperçut que tout le pont du bâtiment, la m&ture , les voiles , le gréement étaient couverts de eendres, ou du moins d'une poussière jaunâtre ou rougeitre. Toutes les parties tournées vers Tavant, ainsi que les ancres, le beaupré, etc. , étaient particulièrement garnies de cette poussière, qui était en asset grande quantité pour qu'on pût la ramasser.

VI»*«-8irE QUELQ018 TEOMBlf DE TEEEI

L — Le 9 mai 1822, vers les trois heures de l'aprèsmidi, une trombe se montra près de la ville de Foix ; son mouvement était extrêmement rapide et dirigé du nordouest au sud-est. Elle avait la forme d'une colonne trèsnoire suspendue à des nuages gris cendré, et produisait un bruit semblable à celui de la mer agitée par une violente tempête. Dès que la trombe fut descendue le long de la montagne de Saint-Sauveur, au pied de laquelle la ville est bâtie, il tomba une grande quantité de gréions, du volume des plus grosses noix, qui ravagèrent les campagnes voisines.

Le lendemain, le ciel était serein, le Soleil très-ardent; mais un orage éclata précisément à la même heure que la veille.

J'ai rédigé cette note d'après les renseignements transmis au ministre de l'intérieur par le préfet de TAriége.

IL — Le 16 juin 1822, jour d'un assez fort tremblement de terre qui s'est fait sentir dans ie département de la Manche, les habitants de Régneville, petit port situé à 3 lieues de Goutances, aperçurent, sur les cinq heures du soir, une trombe qui se dirigeait vers la mer. Ils n'entendirent d'abord qu'un mugissement sourd, mais bientôt après on distingua le tourbillon. Avant d'arriver au rivage il traversa une pièce de terre dont la récolte en luzerne, qui était alors étendue pour sécher, fut totalement enlevée jusqu'à la hauteur d'environ 100 mètres, et rejetée ensuite sur le bord de la mer. 11 enleva aussi, à une hauteur à peu près égale, le sable qu'on avait déposé dans un autre champ, près des fondations d'une maison. Quand la trombe traversa un petit ruisseau qui se trouvait sur son passage, le bruit qu'elle occasionnait cessa presque entièrement, et les eaux ne furent soulevées qu'à la hauteur de 7 mètres ; le bruit recommença ensuite, et enfin il ne s'entendit plus dès que le tourbillon eut atteint la mer.

D'après les évaluations les plus probables, la base du météore embrassait sur le sol un espace circulaire de 17 mètres de diamètre. Le ciel , qui avait été parfaitement clair durant l'après-midi du 16 juin, se couvrit de nuages à l'approche de la trombe ; peu de temps après sa disparition il tomba une pluie abondante. La chaleur fut trèsforte tout le jour.

J'ai extrait cette Note d'une relation détaillée du phénomène, adressée au ministre de l'intérieur par le préfet du département de la Manche.

III. — Le 6 juillet 1822, à 1^ 35« de raprès-mîdi, dans la plaine d'Assonval, village situé à 6 lieues ouestsad-ouest de SaintrOmer, et à 6 lieues sud-est de Boulogne, des laboureurs durent quitter leur charrue à cause de Tobscurité et par la crainte d'un orage dont ils étaient menacés. Des nuages, venant de différents points, se rassemblaient rapidement au-dessus de la plaine. Bientôt ils n*en formèrent qu'un, qui seul couvrait entièrement rhorizon. Un instant après on vit descendre de ce nuage une vapeur épaisse ayant la couleur bleuâtre du soufre en combustion : elle formait un cône renversé dont la base s'appuyait sur la nue. La partie inférieure du cône, qui descendait sur la terre, forma bientôt, en tournoyant avec une vitesse considérable, une masse oblongue, de 10 mètres environ , détachée du nuage. Elle s'éleva en faisant le bruit d'une bombe de gros calibre qui éclate, laissant sur la terre un enfoncement en forme de bassin circulaire de 7 à 8 mètres de circonférence, et de plus de 1 mètre de profondeur à son milieu. A peine éloignée de cent pas du point de départ et dirigeant sa route de l'ouest à Test, la trombe franchit la haie d'un manoir, y abattit une grange et donna à la maison, plus solidement bfttie, une secousse que le fermier a comparée à celle d'un tremblement de terre. Elle avait, en franchissant la haie, déchiré et emporté la couronne des arbres les plus forts : vingt-cinq à trente arbres, dont quelques-uns avaient plus de 20 mètres de hauteur, furent renversés et couchés en sens divers, de manière à prouver que la trombe faisait son chemin en tournoyant. Après ces premiers effets, la trombe parcourut une distance de 2 lieues

tM SDR LES YBNTS, LB8 OURAGANS

sans toucher à terre , en emportant de très-grosses branches d*arbres qu'elle vomissait à droite et à gauche avec bruit Arrivée à la pointe élevée du bois de Fauquembergue, elle y arracha de nouveau la tête de plusieurs chênes que Ton vit passer avec elle au-dessus du village de Vendôme, situé au pied de la colline, du côté est de la forêt.

La trombe ne fit, dans cette commune, d'autre ravage que celui d'enlever, avec sa racine, un sycomore trèsgros, dans une prairie : l'arbre fut retrouvé à la distance de six cents pas.

Continuant sa route à la manière d'un boulet qui frappe la terre et se relève en ricochant, la trombe se porta au village d'Audruick, où elle abattit la toiture de trois maisons et enleva plusieurs arbres, entre autres cinq ormes de très*grande hauteur, tous cinq sortant d'une même souche.

Au sortir de la vallée où sont situés ces deux derniers villages, la trombe s'éleva sur la montagne de Capelle. Plusieurs paysans qui y labouraient virent avec effroi ce phénomène extraordinaire traverser leurs habita* tiens. Ils craignirent bientôt pour eux-mêmes et n'eurent, pour échapper au danger, que le temps de se couchex en se tenant fortement à leurs instruments aratoires. Ils remarquèrent avec étonnement que leurs chevaux étaient tristes, mais ne s'effrayèrent pas. Le soc d'une de leurs charrues fut enfoncé dans la terre assez fortement pour résister aux efforts de trois chevaux : ils employèrent une pioche pour le retirer sans le casser. Ce fut par ces laboureurs, qui étaient placés sur la montagne de manière à

voir lâ trombe arriver et continuer sa route, qu'on put connaître à peu près sa fonne , sa grandeur et les éléments présumés qui pouvaient entrer dans sa composition. La forme était ovale, la longueur leur parut de 10 mètres environ ; Tautre diamètre pouvait en avoir 6. La trombe tournait dans sa marche de manière à présenter successivement chacune de ses faces à tous les points de Thorizon. Il sortait de temps en temps de son centre des globes de feu et souvent aussi des globes de vapeurs d'une couleur de soufre; les uns et les autres rejetaient dans divers sens des branches que le météore avait entraînées de très-loin.

Le bruit qu'il faisait dans sa marche rapide était senK Mable à celui d'une voiture pesante courant au galop sur un chemin pavé. On entendait une explosion semblable à celle d'un fusil à chaque sortie d'un globe de feu ou de vapeur; le vent, qui était impétueux, joignait à ce bruit un siflBement terrible. Après avoir déchiré la terre et emporté tout ce qui lui résistait dans un certain point, la trombe s'élevait au-dessus du sol pour aller, à une lieue et quelquefois à deux lieues de distance, recommencer ses ravages. C'est ainsi qu'en quittant le mont Gapelle et suivant toujours la même direction, elle alla enlever différentes meules de foin et beaucoup d'arbres à Hemin- Saint-Julien^ distant d'une lieue de la montagne. De ce village à Witemestre, sur un intervalle de 3 lieues, la trombe ne fit aucun ravage marqué : on reconnut seulement sur la montagne qui sépare Hernin d'Étrée- Blanobe un sillon de la largeur de trente pas dans lequel le grain ét^it détruit^ dand une étendue de 15 hectares

de terre placés au sommet. De là elle pénétra dans la vallée de Witemestre et Lambre. Le premier de ces villages, composé de quarante habitations, n'en conserva que huit intactes. Trente-deux maisons avec leurs granges furent renversées, et une énorme quantité d'arbres abattus, déchirés et emportés à une grande distance. On remarqua à Witernestre que les pignons et les murs des maisons furent couchés d'une manière divergente de dedans en dehors.

Le désastre ne fut pas moins considérable à Lambre : plusieurs personnes distinguèrent parfaitement la marche tournoyante du météore, sa couleur d'un brun soufré et le centre de feu ardent d'où sortaient des éclats de vapeur bitumineuse. Les arbres qui entouraient l'église furent cassés et déracinés ; le mur et le toit de la maison curiale enlevés, et dix-huit maisons, la plupart bâties en briques, sapées à leurs fondations , avec le phénomène extraordinaire de récartement des murs renversés en dehors.

Une circonstance heureuse, au milieu de ce grand désastre, c'est que personne n'a péri, même dans les deux derniers villages. Un seul individu de Witernestre a été grièvement blessé au bras par une poutrelle.

En quittant Lambre la trombe se divisa : une partie se dissipa dans les airs; l'autre , qui ne paraissait plus qu'un nuage chassé par un vent impétueux venant du nord-ouest, se porta sur Lillers, bourg situé à 3 lieues de Lambre, où elle cassa et déracina près de deux cents arbres dans de belles prairies; ensuite elle se dissipa à son tour. A 3 heures le temps était calme , le ciel presque entièrement découvert, et le tonnerre, qui n'avait

cessé de se faire entendre de tous les points de l'horizon, finit en même temps que la trombe. La soirée et la nuit suivante furent très-belles.

IV. — Le dimanche !•' septembre 1822, vers sept heures du matin, j'ai aperçu d'assez près une trombe au cap Blanc-Nez, entre Boulogne et Calais. Je vis d'abord UD petit nuage allongé qui, par sa base, touchait aux gros nuages dont le ciel était couvert çà et là ; son extrémité inférieure se terminait en pointe très-aiguë. Le plus souvent il avait la forme d'un cône renversé, vertical et parfaitement régulier; quelquefois, au contraire, il offrait des inflexions très-appa rentes ^et qui changeaient presque instantanément de grandeur et de place, comme si toute la masse vésiculaire n'eût pas obéi avec la même facilité à l'impulsion du vent d'ouest, qui soufflait alors avec assez de force. Les monticules de sable dont le rivage est bordé, près de Sandgate, me cachaient la partie de la mer qui correspondait verticalement au nuage; mais on apercevait distinctement au-dessus dos dunes l'extrémité d'une gerbe blanchâtre ascendante, formée, sans aucun doute, d'une multitude de molécules d'eau soulevées par la trombe, et présentant l'aspect des brouillards qui se forment au pied des grandes cascades. Lorsque le vent eut amené la trombe sur la plage, une grande gerbe de sable succéda à la gerbe liquide dont je viens de parler. Bientôt après le phénomène disparut tout à fait, et il tomba une forte averse. Des ouvriers, qui m'avaient précédé sur les hauteurs du cap Blanc-Nez, aperçurent

a«i SUR LBS VENT8, LfiS OORAGANS

un bouillonnement très-intense dans la partie de la mer où se formait le brouillard aBcendanU

Une seule circonstance peut m' excuser d'avoir rapporté avec ce détail une observation si incomplète, c'est la remarque que j'ai eu l'occasion de faire, à une distance assez petite de la trombe, qu'il n'existait absolument rien de visible entre le nuage conique et l'eau ou le sable soulevés.

Y. — Le 18 septembre 1822, une trombe se forma audessus de Roseneath, dans le Dunbartonshire. Le temps était presque calme lorsqu'on aperçut un épais nuage , noir, doué d'un violent mouvement de rotation. La mer» au-dessous, parut sur-le-champ très-agitée; l'écume s'éleva à une grande hauteur. Le météore, en passant près d'une maison, entraîna tous les objets détachés qu'il rencontra ; une pelle de fer, entre autres, placée à la porte de la cuisine, fut enlevée jusqu'à 6 mètres de hauteur et jetée dans la mer à la distance de plus de 100 mètres. Les branches de plusieurs arbres furent rompues; une chaloupe qui reposait sur le sable, attachée à un arbre, fut soulevée et après avoir fait en l'air quelques révolutions sur elle-même, retomba et, dans sa chute, se brisa en partie. Un cutter, dans le port, tourna aussi plusieurs fois, mais sans quitter le liquide : un sloop chassa sur ses ancres. La trombe disparut après avoir parcouru , tantôt sur la mer et tantôt sur la terre, un espace d'environ 3 kilomètres. La partie de la mer que le météore agitait durant sa marche était de liO ares environ ; au delà le liquide paraissait uni comme un miroir.

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VL — Le 36 août 1823, à la suite d'une journée trèachaude, il se forma vers les trois heures de raprès-midi, dans les environs de Dreux et de Mantes, un orage qui fut poussé par le vent sud-ouest vers le village de Boncourt (canton d'Anet). Bientôt après une trombe se montra. La base avait environ 300 mètres de diamètre , le sommet atteignait la nue. Au milieu de la vapeur épaisse et noirâtre dont elle semblait formée, on apercevait souvent des flammes dans différentes directions. Marchant Avec Torage, franchissant les montagnes et les vallons, la trombe déracina dans sa course, sur une étendue d'un demi-myriamètre , sept à huit cents arbres de diverses grandeurs. Le village de Marchefroy fut à moitié détruit; plusieurs habitants périrent sous les décombres. L'ouragan lançait avec impétuosité des gréions gros comme le poing, des pierres et autres corps étrangers. Il rompit des essieux de voiture capables de supporter des poids de huit à dix milliers, et transporta les roues à la distance de deux ou trois cents pas.

Ces détails sont extraits d'une notice rédigée sur les lieux par le D' Foucault.

VIL — Le 16 septembre 183S, à midi, pendant une pluie très-abondante qui avait commencé vers les cinq heures du matin, on vit sortir d'une montagne située dans la paroisse de la Yaleggia, province de Savone, un tourbillon épouvantable de fumée noire et de feu. Dans sa course il enleva les toits des maisons, des bois de char<pente, des vignes, et déracina de gros arbres de toute

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espèce. En traversant une rivière, auprès de la montagne Magliolo^ la trombe absorba en un instant une partie de ses eaux , qui s'étaient élevées à une hauteur extraordinaire.

Ces détails sont tirés du rapport du colonel Pagliaris, commandant de la province de Savone.

YIIL — Le 26 août 1826, une épouvantable trombe dévasta une grande portion de terrain au nord de Tarrondissement de Carcassonne. Un jeune homme de dixHsept ans fut enlevé de terre et jeté sur un rocher où il eut la tête fendue ; quatorze moutons enlevés dans les airs se trouvèrent en un moment fort loin du lieu où la trombe les avait pris. Le météore déplaça d'énormes rochers, souleva et renversa les pierres de taille de la porte cochère du château de Laconette, fit écrouler divers appartements, emporta des charrettes, déracina plusieurs noyers et laissa de profonds sillons dans le sol, sur toute la direction qu'il suivit. On assure que l'air était imprégné d'une forte odeur de soufre. Les journaux qui ont rapporté ces faits appellent le météore une trombe enflammée, mais sans donner aucun détail sur les phénomènes de lumière dont son apparition fut accompagnée.

IX. — Le U août 1827, à.6*" 52" du soir, le professeur Mercanton aperçut une trombe sur le lac de Genève, près de Saint-Gingolph.

Le ciel était couvert de nuages orageux d'un gris foncé,

qui marchaient avec vitesse du nord-ouest au sud-est , tout à coup il se détacha des nuages situés près de Saint- Gingolph, une colonne verticale de forme conique, elle avait â à & mètres de diamètre, et employa environ 2 minutes à parcourir les 600 mètres qui la séparaient du lac. Quand elle l'atteignit, Teau s'agita vivement ; ses bouillons écumeux s'élevaient à une hauteur de 15 mètres. La trombe n'employa que 8 minutes à atteindre l'embouchure du Rhône. Dans sa marche rapide la colonne présentait les ondulations d'un ruban qui serait soumis à l'action d'un fort courant d'air. Selon des pécheurs près desquels la trombe passa, elle faisait un bruit semblable à celui qu'occasionnent les roues d'un bateau à vapeur tournant avec rapidité.

X. — Dans le pays de Trêves, le 25 juin 1829, une trombe d'air a, dans sa route, traversé une rivière, la Moselle. L'eau s'éleva alors en une haute colonne, qui paraissait en partie lumineuse. Les détails du phénomène sont parfaitement rapportés dans une lettre écrite par H. Grossmann, météorologiste distingué, à M. le professeur Noggerath, et que nous reproduisons en entier :

c Après une sécheresse qui avait duré ici plusieurs semaines, une pluie agréable est venue enfin nous soulager le 16 juin : elle a continué par intervalles le 17 et le 18. Du 20 au 2&, par un vent constant de nord-est, le thermomètre était remonté de 2ft° à 31* centigrades. Quoique le 2& au soir, le baromètre étant à la hauteur assez grande de 751"^^ .&, une légère pluie d'orage eut

Ail. 20

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fortement rafraîchi le tempd, il était redevenu très-chaud le 25; avant comme après une pluie tombée vers 11 heures du matin , le sol était pour ainsi dire en feu. Le baromètre était descendu à 747°*"^ 5.

« Vers deux heures de l'après-midi, à une lieue au-dessous de Trêves, à Test-nord-est de Ruwer et de Pfalzel, à environ 20*' au-dessus de Thorizon, un phénomène se montra, qui frappa d'élonnement et mit pendant une demi-heure dans une attente inquiète un grand nombre d'hommes qui étaient occupés au dehors.

c( Le ciel, à la suite de la pluie qui venait d^avoir lieu^ était encore couvert, lorsque, tout à coup, du milieu d'un nuage noir qui s'élevait de l' est-nord-est, une masse lumineuse commença à se mouvoir en sens contraire et à le déchirer violemment. Le nuage prit bientôt, vers le haut, la forme d'une cheminée, de laquelle se serait échappée une fumée d'un gris blanchâtre, asset mélangée par intervalles de jets de flamme* et s'élevant par plusieurs ouvertures avec autant de force, ainsi s'exprimèrent un certain nombre de témoins, que si elle avait été chassée avec la plus grande vivacité par plusieurs soufflets.

« Le météore était arrivé au-dessus des vignes de Disburg et vis-à-vis Ruwer, lorsque, à quelque distance plus au sud, sur la rive droite de la Moselle, tout à fait en contact avec le sol, un nouveau météore apparut subitement. Il dispersa des masses de charbon entassées autour d'un arbre, renversa un ouvrier d'un four à chaux, et se précipita à travers la Moselle avec un fracas épouvantable, comme si un grand nombre de pierres se

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heurtaient ensemble. L'eau s'élança en ane haute eolonne.

« Continuant à rouler avec le même fracas , le méiéore^toujours à terre, se dirigea à travers les campagnes de Pfaizel, laissant partout des traces évidentesde sa route en zigzag dans les champs de blé et de légumeë. I Une partie des récoltes fut entièrement détruite 4 une autre partie couchée et hachée , le reste enlevé au loin dans les airs*

tt Plusieurs femmes près desquelles passa le météore s évanouirent ; d'autres plus éloignées se cachërent ou 9'enf uirent en criant : t Tous les champs sont en feu. » Deux ouvriers qui étaient montés sur un arbre observèrent le météore dans tout son trajet ; un autre eut même la pensée courageuse de le suivre, et cela était facile en marchant d'un pas ordinaire^ Mais dans un des zigzags qu'il décrivit, le météore l'enveloppa tout à coup. Il se sentit tantôt tiré en avant, tantôt violemment soulevé. 11 se pencha en s'appuyant fortement à terre avec ses outils; mais il n'en fut pas moins jeté à la renverse. Le tourbillon cependant l'abandonna et continua sa route. Cet ouvrier ne se souvient d'aucune impression particulière qui aurait affecté, soit l'odorat, soit le goût, mais seulement d'un bruit assourdissant. Il affirme qu'il y avait deux courants, dont l'un s'élevait obliquement, entraînant les tiges et les épis avec d'autres corps légers; l'autre avait une direction contraire.

u La route que le météore s'était frayée à travers les champs avait, suivant différents rapports, de 10 à 18 pas de largeur sur une longueur de 2,500 pas. Sa forme

était à peu près conique ; sa couleur était tantôt gris blanc ou jaune, tantôt brun obscur, le plus souvent celle du feu. )> Le premier météore resta en Tair au-dessus du second et suivit une marche à peu près parallèle, en allant vers le nord. Il présenta, pendant environ i 8 minutes, une grande masse d'un gris blanchâtre, qui semblait souvent vomir de la fumée rouge de flamme, et qui, vue à la distance d'environ une demi-lieue, avait la forme d'un serpent de l&O pas de long, dont la tète était vers le nord-nord-est, la queue à Topposite.

(( En 8 à 10 minutes de temps, la queue s'était changée déjà en s'abaissant. Au moment où elle allait toucher la tête, tout le phénomène disparut, et en même temps aussi le météore inférieur, sans que ni de la partie élevée en Pair, ni, comme Tassure un témoin oculaire, de la partie inférieure, il partit aucune détonation ^. Mais alors une odeur de soufre très-puante se répandit sur toute la campagne ^. Presque aussitôt un orage éclata sur les bois situés au nord-nord-ouest du lieu où s'était montré le

i. Des apparences lumineuses ont bien été observées dans d*autrès trombes d'air et d'eau, mais seulement comme des éclairs. Ainsi on voyait de temps en temps des éclairs électriques jaillir de la trombe d'air si désastreuse dans ses effets, décrite par Lampadius. {Atmosphxrologie freib, 1806, p. 167.) Je ne me rappelle pas, du reste, avoir vu nulle part, dans un cas semblable, la relation d'un phénomène lumineux comparable à celui de Trêves. (Noggeratb. )

2. A la suite de la trombe d'air qui régna dans TErzgebîrge (Lampadius), plusieurs personnes crurent aussi avoir remarqué une odeur de soufre. Une trombe d'eau observée et décrite par le professeur Wolke {Annales de Gilbert, t. IX, p. Û85), et qui passa sur un vaisseau dans le golfe de Finlande, laissa aussi api'ès son passage une odeur de soufre et de salpêtre. ( Noggerath.)

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métcore, et fut accompagné d'une grêle à grains extraordinairement gros K

« Le Soleil ne parut point pendant tout ce temps, à ce qu'affirment la plupart des spectateurs. Il n'y avait aucun souffle de vent.

• Le météore supérieur fut aperçu de Gutweiler, Cassel et autres endroits, comme aussi de Trêves. 11 paraît être descendu des hauteurs de Hochwald. d

XL — Le 15 août 1829, il s'est formé sur la ville de Gorschoff, en Russie, par un temps couvert mais calme, une trombe qui dans son mouvement était accompagnée d'une forte grêle et d'un bruit extraordinaire, et qui a tout détruit sur son passage, dans une largeur de 20 mètres. Des habitations ont été renversées; beaucoup de grands édifices ont perdu leurs toits, quoique la plupart fussent en fer ; enfin, on a vu ce météore déraciner les plus grands arbres et les transporter à la distance de

i. Homer {Gilbert j t LXXIII, p. 95) assigne comme une propriété des trombes cette circonstance qu'elles sont toujours accompagnées d*orages locaux et de phénomènes électriques. Les trombes ne 86 rencontrent point dans les orages très-étendus. Des chutes de pluie, et surtout de grêle, ont lieu très-souvent soit avant ou pendant la formation des trombes, soit immédiatement ou un temps trèscourt après leur disparition. Ainsi il plut et il grêla pendant une heure après Tapparition de la trombe d*air observée à Messeling, près de Bonn, en 1824. Ainsi il grêla avant Tapparition de la trombe d*air décrite par Lampadius, et citée dans la note précédente. Pendant Texistence de cette trombe d*eau que Michaud, à Mzza, voyait de terre à la surface de la mer ( Gilbert^ vol. VII, p. 54), une violente averse de grêle, avec des grains de la grosseur de balles de fusil et de pistolet, éclata tout & coup. On pourrait citer un grand nombre d'observations semblables.

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1 kilomètre. En dehors de la ligne que la trombe parcourait, tout était calme, les feuilles des arbres ne remuaient même pas.

XII. — Une trombe a été vue le 9 juin 1830, à 9 heures du matin, sur le lac de Neufchâtel ; le temps était humide et le thermomètre ne marquait que iT.5 centigrades.

D'un nuage immobile et noir, élevé d'environ 26 mètres, descendait perpendiculairement une colonne cylindrique de couleur gris foncé qui aboutissait h la surface du lac* On remarquait à la base et au sompdet de cette colonne une grande agitation ; on entendait un brpit soqrd et on voyait les eaux du lac monter rapidement par cette espèce de siphon jusqu'au nuage qui blanchissait à mesure qu'il recevait les eaux. Après 7 à 8 n^inutes, un vant du nord-est poussa la colonne qui se courbu p^r spq miliei)} toujours en pompant l'eau ; enfm elle se roippit. A Tinstant, le nuage supérieur, agité et comprimé par le vent, creva et laissa tomber une pluie qui paraissait un déluge. Ce phénomène ne fut précédé ni suivi d'aucun éclair, d'aucune détonation. On n'a point observé de mouvement de rotation dans la colonne ; elle était verticale et parut longtemps immobile.

XIII. — M. Pellis, professeur de mathématiques an collège de Sainte-Foy (Gironde), m'a adressé la description d'une trombe très-remarquable qui a dévasté plusieurs communes sur les bords die la Dor(}jO((n6.

BT LES TROMBBS. 3H

c Le S8 juillet 1835, m'écrivit-il, le ciel était orageux, le tonnerre grondait avec force, mais il ne tombait pas de pluie. Vers midi, on vit au-dessus de Flaujagues, hameau situé à une lieue de Sainte-Foy, en suivant le eours de la Dordogne, un gros nuage noir vers lequel les autres se précipitaient en tourbillonnant; ceux-ci •-engloutissaient tous dans le premier, qui peu à peu prit une forme allongée vers la terre et se transforma enfin en une colonne inclinée, très-noire et très-nette, qui communiquait avec le sol. Cette colonne fit une excavation à Tendroit même où elle joignit la terre. Pouslég par le vent, le nuage et la colonne cheminèrent d'abord dans la direction du sud-ouest au nord-est ; le bas de la colonne passa sur le hameau de Flaujagues, traversa la Dordogne , atteignit l'extrémité de Lamothe ; de ià, se dirigeant du sud au nord, il traversa la commune de Saint-Seurin de Prast et enfin repassa de nouveau sur la Dordogne qui fait un détour. Arrivée au milieu de la rivière, la colonne, dont le diamètre avait été toujours en diminuant, se rompit dans son milieu ; la partie inférieure se répandit sur Teau et sur la terre en fumée trèsnoire, et la partie supérieure remonta dans les nuages.

<c Cette colonne parcourut une lieue, et cela dans l'espace de vingt minutes. Elle ne produisit pas d'eau, mais on voyait distinctement dans son intérieur deux courants tournants, Tun ascendant et l'autre descendant. Elle renversa tout sur son passage. A Flaujagues elle enleva vingt-quatre gerbes de blé amoncelées : on ne put rien en retrouver. Sur la rivière elle saisit le moulin retenu par des chaînes contre l'action du courant et le

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retourna bout pour bout Dans la commune de Saint- Seurin la plaine fut ravagée sur une longueur de 50 à 60 mètres ; mais dans le milieu de cet espace et sur une largeur de 8 à 10 mètres , tout a été enlevé. J*ai vu des arbres de la grosseur d*un homme dont il ne restait absolument rien là où ils végétaient ; plusieurs d'entre eux , que leur force empêcha d'être brisés, furent tordus et tellement qu'un point de la partie supérieure du tronc avait décrit une circonférence presque entière. Dans sa route la colonne passa sur une petite maison attenante à une plus grande. Sur cette dernière quelques tuiles furent enlevées ; mais la plus petite eut sa toiture entière emportée à plus de cent pas au delà d'un ravin et totalement dispersée. Plus loin encorela trombe enleva une partie de la toiture d'une autre maison; puis, en aspirant, elle souleva le plancher de 13 à 16 centimètres. I^ colonne s'élargissait à la surface de la terre et laissait échapper une fumée très-noire qui couvrit toute la plaine et l'obscurcit tellement que les habitants des collines environnantes annoncèrent que la commune de Saint-Seurin était engloutie et avait tout à fait disparu. Les habitants des collines assurent que le bas de la colonne était lumineux; les habitants de la plaine disent, au contraire, n'avoir vu dans toute son étendue qu'une obscurité profonde. Le tonnerre, qui se faisait entendre avec violence depuis onze heures du matin, cessa complètement dès que la colonne atteignit la terre ; il ne recommença qu'après la disparition du météore. Il ne plut pas jusqu'au soir. La tron)be ne laissa aucune trace d'eau, et la fumée qu'elle répandait n'était pas même humide, d'après ce

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que disent les habitants du lieu ; aucune odeur sensible ne s'en dégageait. »

XIV. — Le 18 juin 1839 une trombe d'une force éDorme a ravagé la commune de Chatenay, canton d'Écouen. Le phénomène étaitaccompagnéde circonstances très-remarquables. M. Peltier en a adressé la relation à r Académie des sciences, et plusieurs personnes , parmi lesquelles je citerai notamment un savant ingénieur, H. Lalanne , m*ont écrit au sujet du même événement. Voici le résumé de ces observations :

a Dès le matin, dit M. Peltier, un orage s'était formé au sad de Chatenay et s'était dirigé, vers les dix heures, dans la vallée entre les collines d'Ëcouen et le monticule de Chatenay. Les nuages étaient assez élevés, et après s'être étendus jusqu'au-dessus de l'extrémité est du village, ils s'arrêtèrent; le tonnerre grondait, et ce premier orage suivait la marche ordinaire, lorsque vers midi un second orage, venant également du sud et marchant assez rapidement, s'avança vers la même plaine et le même monticule. Arrivé vers l'extrémité de la plaine, au-dessus de Fontenay, en présence du premier orage qui le dominait par son élévation, il y eut un temps d'arrêt à distance : sans doute les deux orages se présentaient l'un à l'autre par leurs nuages chargés de la même électricité, et ils agissaient l'un sur l'autre par répulsion.

» Jusque-là le tonnerre s'était fait entendre dans le second orage, lorsque tout à coup un des nuages inférieurs, s'abaissant vers la terre, se mit en communication

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avec elle en formant une sorte de cdne renversé ayairf sa base aux nuages supérieurs et son sommet à quelques mètres du sol. Ce sommet était terminé par ane calotte enflammée d'un rouge vif. En ce moment toute explosion parut cesser. Une attraction prodigieuse eal Heu; toute la poussière , tous les corps légers qui recoovraient la surface du sol , B*élancèrent vers la pointe da nuage ; un roulement continuel et confus s*y faisait entendre ; de petits nuages voltigeaient et tourbillonnaient autour du cône renversé et montaient et descendaient rapidement. Les arbres placés au sud^st de la trombe en furent atteints dans la moitié nord-ouest qui la regardait; l'autre moitié n*en fut pas endommagée et conserva son état normal. Les portions atteintes éprouvèrent une altération profonde dont nous parlerons plus bas, tandii que les autres portions gardèrent leur sève et leur végétation. La trombe descendit dans la vallée, à Textréinité de Fontenay, vers des arbres plantés le long d*un ruisseau sans eau, mais encore humide ; puis, après avoir tout brisé et déraciné, elle traversa la vallée et s'avança vers d'autres plantations d'arbres à mi-cdte qu'elle détruisit également. Là la trombe s'arrêta quelques minutes : elle était parvenue au-dessous des limites du premier orage, et celui-ci, jusque-là stationnaire, commença à s'ébranler et à reculer vers la vallée ouest de Chatenay. La trombe, ayant desséché et bouleversé le plan Thibault, s'avança en renversant tout sur non passage vers le parc du château de Chatenay, qu'elle transforma en un lieu de désolation. Les plus jeunes arbres seuioineat, placés à rexUrémité et en dehors d% iâ trombe.

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fiont les seuls qui restent. Les murs sont renversés, le château et la ferme ont perdu leurs toitures et leurs cheminées ; des arbres ont été transportés à plusieurs centaines de mètres ; des pannes , des chevrons , des tuiles , ont été projetés jusqu'à 600 mètres et plus.

tt La trombe ayant tout ravagé , descendit le monticme vers le nord, s'arrêta au-dessus d'un étang, renversa et dessécha la moitié des arbres, tua tous les poissons, marcha lentement le long d'une allée de saules dont les racines baignaient dans l'eau, et perdit dans ce passage une grande partie de son étendue et de sa violence ; elle chemina plus lentement encore dans une plaine située à la suite; puis, à 1,000 mètres environ de là, près d'un bouquet d'arbres, elle se partagea en deux portions, l'une ^'élevant en nuage, l'autre s'éteignant sur la terre. Quelques instants après la ciel était serein comme aux plus beaux joqrs.

^ Les effets de cette trombe ne comportent pas une largeur de plus de 150 mètres; son parcours, depuis le point d^origine jusqu'à son évanouissement, est d'environ 4 kilomètres. Tous les arbres frappés présentent les mâmes caractères : toute leur sève a été vaporisée ; le ligpeux est resté seul et a perdu presque toute sa cohé* sion ; il est desséclié comme si on l'avait tenu pendant quarante-huit heures dans un four chauffé à 160 degrés; il ne reste plus vestige de substance humide. Cette quantité immense de vapeur, formée instantanément, n'a pu s'échapper qu'en brisant l'arbre, en se faisant jour de toutes parts, et, comme les fibrilles ligneuses sont moins cohérentes dans le sefîs longitudinal que dans ]e ^ns bo*

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rizontal , ces arbres ont tous été clivés en lattes dans une portion du tronc.

(( Quinze cents pieds d'arbres, dit M. Peltier, ont éviden)iïient servi de conducteurs à des masses d'électricité, à des foudres continuelles, incessantes. La température, fortement élevée par cet écoulement du fluide électrique, a vaporisé instantanément toute l'humidité de ces conducteurs végétaux , et cette vaporisation les a fait éclater tous longitudinalement. L'arbre ainsi desséché, ainsi clivé et devenu un mauvais conducteur, ne pouvait plus servir à l'écoulement du fluide, et comme il avait perdu toute sa force de cohésion, la tourmente, qui accompagnait la trombe, le cassait au lieu de l'arracher^.

« En suivant la marche de ce phénomène, continue M. Peltier, on voit la transfonnation d'un orage ordinaire en trombe; on voit deux orages en présence, un supérieur, l'autre inférieur, se présentant par les nuages chargés de la même électricité. Le premier repoussant l'autre vers la terre, les nuages en tête du second s'abaissent et communiquent au sol par des tourbillons de poussière et par les arbres; cette communication une fois établie, le bruit du tonnerre cesse aussitôt. Les décharges ont lieu par un conducteur formé des nuages abaissés et des arbres de la plaine; ces arbres, traversés par l'électricité, ont leur température tellement élevée, qu'en un instant toute leur sève est réduite en vapeur, dont la ten-

1. D'après une analyse faite par M. d'Arcet trois jours après révéneinent, les troncs clivés de Chatenay, au nombre de 850, ne contenaient plus que 7 pour 100 d'humidité, tandis que les arbres sur pied poss<3dent de 36 à UU pour 100 d'eau et que ceux abattus depuis quatre ou cinq ans en conservent encore *iA à 25.

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sion produit entre leurs couches ligneuses le clivage mentionné.

« On a vu des flammes , des boules de feu, des étincelles accompagner ce météore ; une odeur de soufre est restée dans les maisons pendant plusieurs jours; des rideaux ont été roussis. »

M. Lalanne a présenté à TAcadémie des sciences un plan indicatif de Tétat des lieux après le désastre. Ce plan montre que des arbres, assez voisins les uns des autres, ont été, en divers points, renversés ou même lancés dans des directions opposées. Les murs oiïrent des phénomènes analogues. M. Lalanne fait observer , d'après les remarques des habitants des villages environnants et de Chatenay même, que la trombe n'a été lumineuse qu'au moment de sa formation. Elle était animée d'un mouvement oscillatoire très -sensible dans le sens vertical comme dans le sens horizontal, semblable à un pendule qui se serait successivement approché et éloigné des nuages, tout en se balançant autour du point de suspension.

M. Lalanne a cherché l'expression numérique des efforts exercés soit par le vept extraordinaire qui accompagnait la trombe, soit par d'autres forces naturelles développées pendant le phénomène. A Chatenay des murs de O^.SO d'épaisseur moyenne et de 2 mètres de hauteur ont été renversé en masse, après avoir tourné autour d'une des arêtes de la base. Il a fallu, pour produire le déplacement, un eflort de plus de 300 kilogrammes par mètre carré. Mais ce résultat est encore, bien au-dessous de la vérité, car on a fait abstraction de

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radhéreiice des mortiers, et la cohésion des murs a été assez forte pour qu'après leur rupture au niveau du sol ils se soient conservés en blocs d'une étendue considérable, malgré le choc violent qu'ils ont éprouvé dans leur chute. Gomme la rupture a eu lieu suivant un plan de joint horizontal à fleur de terre et non suivant un plan incliné^ il y a Heu, dit M. Lâlanne, d'appliquer la formule donnée par Navier pour l'effort qui détermiiie la rupture dans un soUde prismatique à base rectangulaire encastré solidement tout autour de cette base. Le calcul donnerait ainsi, en tenant compte du coefficient qui dépend de la nature de la maçonnerie, mais en faisant abstraction de la résistance due au poids du mur, un effort de renversement exercé contre certaines parties de murailles d'au moins 456 kilogrammes par mètre carré pendant le phénomène du 18 juin 1839. Ce résultat, ajoute l'auteur de la communication, s'expliquerait assez naturellement si Ton supposait que, pendant le passage de la trombe, il se soit formé des vides vers lesquels l'air se précipitait avec la vitesse due à une partie de la pression atmosphérique ; car cette pression en nombres ronds est d'environ 10,000 kilogrammes par mètre carré, et par conséquent plus que suffisante pour produire des effets du genre de ceux qui ont été décrits. M. Lalanne a calculé la vitesse du vent correspondante à une pression de /i56 kilogrammes par mètre carré; il a trouvé lH'^.b par seconde.

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