XIV. — Le dimanche 30 mai 1841, à G*^ 20" du soir
une trolnbe a été observée à Courthezon ( YaUcluse ) ; le tourbillon est venu de Touest, du côté du Rhône; il a traversé la grande route au nord de la ville, et, après avoir déraciné et enlevé des arbres, démoli plusieurs toitures de maisons du faubourg d'Orange, il a traversé diagonalement le quartier nord-est de la ville. Sur la ligne de son passage, les toits , les cheminées et quelques pans de murs ont été enlevés, et un pan de rempart ayant environ 12 mètres de longueur sur 8 de hauteur et i mètre d'épaisseur, a été renversé dans la rivière de la Seille; une grande partie des matériaux a été jetée à 8 mètres environ de distance ; un grand bâtiment, construit depuis peu contre ce rempart, a été également démoli. Dans le faubourg d'Orange, le tourbillon a renversé une façade en construction. Les portiques en pierre de taille ont été complètement démontés, et les matériaux dispersés dans tous les sens. En face de cette maison, un vieillard a été froissé et jeté violemment contre le mur; il a eu la tête brisée, et est mort un quart d'heure après. La trombe a duré dix minutes. On a entendu le roulement du tonnerre à Courthezon, mais sans éclairs et sans éclats. Un observateur placé sur un belvédère d'où la vue plongeait sur la ville , affirme que les maisons ont été démolies, le rempart renversé, le vieillard tué, avant que le nuage supérieur se fût réuni au tourbillon de terre.
Mon confrère, M. de Gasparin , m'a écrit au sujet du même météore : « La trombe, dit-il, s'est formée en apparence par un lambeau de nuage qui pendait jusqu'à terre et s'avançait avec une extrême lenteur. Sa forme était conique, allongée ; le plus petit diamètre était en bas,
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cl ce (linmctre lui cstinic de (> à 7 inMres. La trombe (Mail animée d'un double mouvement, un mouvement de translation extrêmement lent, et un mouvement de rotation sur elle-même si rapide, que Tappréciation en était impossible ; mais il était rendu sensible par Tascension des différents objets que la trombe enlevait à la terre. Les témoins disent qu'il semblait que le cône aspirait ce qui était sur la terre, comme si le vide était établi dans son intérieur , ou comme si un fort courant faisait parcourir aux objets rencontrés les spires nombreuses dessinées par le courant sur le cône. »
XV. — Une trombe a dévasté, le 2ft août 1842, la commune de Sallèles-d'Aude (Aude). M. Hortola m*a adressésur ce phénomène une communication dont j'extrais les détails suivants :
Ce jour-là, le vent du sud régnait, le ciel était trèscouvert. A 10 heures du matin, le tonnerre se faisait entendre sourdement et la chaleur paraissait excessive. A 11 heures les éclairs et le tonnerre étaient devenus plus intenses; à midi le vent de mer soufflait fortement, la pluie tombait en grosses gouttes. Le ciel était chargé de nuages d'un blanc terne à leur base, d'une teinte noire à leurs sommités; à midi et demi le tonnerre grondait de toutes parts ; on avait peine à respirer, il faisait presque nuit. A 1 heure un nuage noir descendit tout à coup comme une colonne vers la plaine en grossissant toujours; il rasait la terre, marchant avec grand bruit, suivant la direction du vent du sud, qui dominait en ce moment.
BT LES TROMBES. 321
Bientôt le météore mugit avec fureur, traversa la rivière de r Aude, renversa ce qui s'opposait à son passage , déracina des arbres, en tordit d'autres ou les fit éclater, en rompit et en dispersa des milliers. Il cheminait avec un bruit de tonnerre, emportant les débris des arbres et des vignes dévastées sur son passage, lançant au loin avec ia pluie le sable quMI soulevait. Les habitants de Sallèles, saisis de frayeur, faisaient entendre des cris de détresse et s'enfuyaient dans les maisons. Les vitres, les diàssis volaient en éclats ; lés planchers étaient labourés, les plafonds soulevés ou enfoncés ; les toitures en partie enlevées, les murailles démolies ; toutes les pièces de fer, à l'intérieur comme à l'extérieur des maisons, emportées ou endommagées. Cent vingt maisons ont éprouvé des dégâts aussi graves. Ce désastre a marqué la marche de la trombe, qui a décrit une spirale.
Le météore ayant disparu, le tonnerre s'est fait entendre par intervalles, avec beaucoup de fracas, durant une demi-heure. Pendant le passage de la trombe, la pluie tombait en abondance ; une fois le phénomène passé» elle a cessé également.
La trombe, marchant par sauts et par bonds, s'est éloignée, continuant au loin ses ravages, arrachant et emportant dans son cours des arbres séculaires , desséchant les vignes, brûlant le feuillage des haies vives. Soi sommet paraissait enflammé.
XVI. — Le 25 juillet 1845, trois professeurs distingués de Dijon, MM. Hugueny, Brullé et Chanut, ont observé
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^22 SI R LKS VENTS, LES OUKAGAXS
(Jaîis crltc ville une trombe remarquable. Vers 'i'' 50"' de raprès-midi, on aperçut un nuage blanc très-allong(^ qui formait un cône ayant sa base dans un nuage noir. La distance de ce dernier nuage à rhorizon était de 60 degrés environ. L'axe du cône était incliné vers le sol de Test à l'ouest, et le sommet paraissait être à 20 degrés au-dessus de Thorizon. Les dimensions du météore varièrent rapidement, ainsi que sa forme et sa courbure. Cette trombe produisit quelques dégâts sur les terres de Couchey, petit village situé au pied de la Côte- d'Or, à 8 kilomètres de Dijon. Elle paraissait avoir un mouvement de tourbillonnement. Une apparence de feu trèspâle se manifestait sans détonation aucune dans les points où elle se mit en rapport avec le sol. Plusieurs, objets assez lourds furent enlevés jusqu'à une hauteur de 20 mètres au-dessus du sol, pour retomber à peu près dans le même endroit.
XVn. — Le 19 août 1845, un ouragan terrible a porté la dévastation dans les communes de Monville et de Malaunay (Seine-Inférieure), et s'est fait sentir fort au loin jusque dans le centre de la France. Ce météore a été rangé parmi les trombes, quoiqu'il règne quelque doute à cet égard. Mon confrère, M. Pouillet, après une visite des lieux, a résumé dans les termes suivants les principaux caractères du phénomène :
« l** Une direction générale qui reste sensiblement la même, depuis son origine , sur le plateau de Malaunay, jusqu'à la distance d'environ 30 kilomètres où Ton retrouve les débris des fabriques détruites.
ET LBS T HO M BBS. 3^3
» 2* Quelques oscillations de haut en bas et de bas en haut, à la traversée de la vallée du Cailly; oscillations qui semblent devoir être analogues à des déviations latérales; car, ai le météore peut, en effet, s'élever ou s'abaisser verticalement à rapproche des collines, on ne voit pas pourquoi la même cause, c'est-à-dire la forme du sol, serait insuffisante pour modifier sa direction horizontale.
0 â* Sur plusieurs points, trois actions parfaitement caractérisées, savoir : une action centrale dans la direction dont nous venons de parler, et deux actions latérales convergentes, quelquefois directement opposées, comme sur le plateau de Malaunay, et d'autres fois simplement convergentes, comme au fond de la vallée.
• ft* L'action centrale, toujours très -resserrée, ne paraît pas avoir atteint une largeur beaucoup plus grande qu'une centaine de mètres, même à l'instant où elle a rasé les fabriques et sévi avec sa plus grande violence, tandis que les actions latérales et convergentes paraissent avoir atteint au fond de la vallée, Tune, celle de gauche, une largeur d'environ 300 h 400 mètres ; l'autre, celle de droite, une largeur double : distances qui, du reste, devaient dépendre beaucoup de la disposition des obstacles qui pouvaient se présenter.
« 5** Mouvement progressif constaté avec certitude et s'accomplissant dans le sens même où les obstacles étaient frappés et non pas en sens contraire , comme il arrive dans les ouragans par aspiration, où les obstacles sont en quelque sorte frappés par derrière.
u Cette observation s'applique à l'action centrale et non pas aux actions latérales pour lesquelles il a été im->
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possible de constater la succession des eUets; car si Ton avait pu la constater, on aurait sans doute reconnu que, sur une même direction perpendiculaire à la ligne centrale, les arbres les plus éloignés ne tombaient vers cette ligne qu'après que les arbres les plus voisins y étaient déjà tombés.
c( 6*" Aucune action, à la surface même du sol, ni sur le plateau, ni dans la vallée, à Texception d*un champ de froment, près de la route, où Ton dit qu'une foule d'épis ont été arrachés , les chaumes restant debout.
« 7* Aucune action contre les obstacles, qui annonce un mouvement giratoire vertical dans le météore ; car, excepté deux hêtres jetés en croix, on ne vit, sur peutêtre mille pieds d'arbres brisés ou abattus, nulle part les débris projetés autrement que nous l'avons dit, c'est-àdire en avant sur la ligne centrale et obliquement en convergence sur les lignes latérales.
« Il est vrai que des branches énormes étaient tordues, que les tiges principales de très-gros arbres l'étaiant quelquefois; mais il est facile de reconnaître que ces effets de torsion peuvent toujours s'expliquer par des actions parallèles, égales et de même sens, qui se trouvent inégalement réparties autour du point de résistance. »