‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 4)Chapitre 401 sur 582 · LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS

rajet du midi au nord, ne serait plus admissible ; car si îs deux grands animaux dont je viens de parler n'avaient as été gelés aussitôt que tués, la putréfaction eût déomposé leurs chairs. Ainsi, on est conduit à penser, 'une part, que la Sibérie dut être jadis un pays chaud, uisque les éléphants et les rhinocéros y vivaient; de autre, que la catastrophe qui fit périr ces animaux, rendit ubitement cette région du globe glaciale.

Dans l'état actuel de nos connaissances, on n'aperçoit u premier abord qu'une seule cause qui puisse altérer fresque subitement, et d'une manière bien tranchée, le ;aractère thermométrique d'un climat : c'est un changement subit de latitude. Toute autre circonstance semble )e devoir engendrer que des modifications insignifiantes.

Si d'épais frimas couvrent le Spitzberg pendant six nois, c'est seulement parce qu'il est situé fort près d'un les pôles de rotation. Faites que le pôle se déplace à la iurface du globe de 90°, cet archipel se trouvera à l'équaeur, et ses vallées arides, fécondées alors par la chaleur ïolaire, se pareront de la plus riche végétation. Imagilons que l'axe de rotation de la Terre vienne percer la surface en quelque point du Pérou ou du Brésil, sans D[ue l'inclinaison de l'équateur à l'écliptique ait changé, et des montagnes de glace flotteront bientôt dans les ports du Callao et de Rio de Janeiro. Les milliers de plantes, qui aujourd'hui font la richesse et l'ornement de CCS contrées, périront sous d'épaisses couches de neige et seront remplacées par quelques lichens. Je crois qu'on peut admettre, sans hésiter, que si telle ou telle autre région des tropiques devenait tout à coup le pôle ter-

restre, il y gèlerait à la surface en moins de vingt-quainr heures.

Le problème que l'éléphant de Sibérie a soulevé revient donc, en définitive, à rechercher si l'axe de rotation du globe peut avoir changé subiteraeni de direction.

Un pareil changement, en tant surtout qu'il devrai! être subit, ne pourrait pas résulter des forces dont notre globe éprouve journellement les effets; mais si la Terre venait à être choquée avec violence par quelque gros corps étranger, un déplacement sensible de Taxe autour duquel elle tourne en serait la conséquence presque nécessaire. Je dis presque, parce qu'il y a des directions dans lesquelles le choc, quelque intense qu'il lut d'ailleurs, laisserait véritablement l'axe dans sa position primitive.

Les comètes sont évidemment les seuls corps qui jamais aient pu venir choquer la Terre. L'éléphant du Lena, le rhinocéros du Wilhoui semblaient donc prouver, malgré tout ce qu'on peut trouver d'étrange dans ce rapprochement, que, dans la suite des siècles, une semblable rencontre avait eu lieu. Cette preuve même devait paraître sans réplique à ceux qui regardaient comme bien établi que les éléphants n'ont pas pu vivre sous le climat actuel de la Sibérie ; mais quelques doutes semblent permis à ce sujet : le lecteur va en juger.

Sous le rapport de la forme et des dimensions, J'éléphant de la mer Glaciale avait la plus grande analogie avec ceux de ces animaux qui habitent aujourd'hui l'Afrique et l'Asie. Les défenses étaient longues de plus

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