‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 4)Chapitre 7 sur 582 · LIVRE XXIIL — ATTRACTION UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

LIVRE XXIIL — ATTRACTION UNIVERSELLE

L'espace que parcourt un corps en une seconde, à Paris, quand il est abandonné à lui-même à la surface de la Terre, quand, en d'autres termes, il est à 1,591 lieues du centre, est de k'^.9. Pour avoir la quantité dont il tomberait si on Féloignait de ce même centre jusqu'à la région de la Lune, c'est-à-dire à 95,6&0 lieues (liv. xxi, chap. Il, t. m, p. &0i), réduisons le nombre précédent dans le rapport des carrés des distances. Le résultat de ce calcul très-simple se trouve être, avec une étonnante exactitude, la valeur numérique de la quantité MT, telle que nous l'avions déduite de la vitesse de la Lune et des dimensions de son orbite. On trouve, en effet, de cette manière O'^.OOlâSS pour la chute de la Lune vers la Terre en une seconde. Ainsi, c'est bien la force dont nous observons journellement les effets à la surface de la Terre « la force à laquelle la chute des corps graves est due, qui maintient notre satellite dans la courbe qu'il décrit autour du globe. Seulement cette force, comparée à ce qu'elle a d'intensité à la surface de la Terre^ s'y montre affaiblie dans le rapport des carrés des distances, et, répétons-le, sans qu'il faille prendre en considération rétat du mouvement de la Lune.

C'est par les calculs que nous venons d'exposer que l'inunortel Newton est arrivé à la grande découverte du principe de la gravitation universelle.

Newton était parvenu à démontrer qu'une force attrac* Uve émanée d'un point et agissant réciproquement au carré des distances, fait nécessairement décrire au corps qu'elle sollicite une ellipse , ou en général une section conique dont le point d'où émane la force occupe un des

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foyers. Les mocrvements prodnits par une Mie force 8ontiis exactement parefls aux mouvements planétaires, tant pour la vitesse de chat:fue point que pour la forme de Torbile ? C*esl ce qu^fl fallût vérifier, afin que le grand Btcret du système du monde fftt enfin dévoilé. Newton résolut d^essayer cette vérification sur le mouvement de la Lune, qui dans sa courbe mensuelle dewit être retenue par une force d^attraction dirigée vers le centre de la Terre. Cette force devait être exactement égale à celle qui fait ton^r les corps à la surface de notre glcbe diminuée dans le rapport du carré des distances. Mais pour exécuter ce calcul d simple, il faut connaître le rayon de la Terre. Or lorsque Newton voulut, en 1665 et 1666, soumettre sa théorie à Fépreuve décisive de Texpérience, les données que foii possédait sur la grandeur de la Terre étaient si peu exaetes, qu^elIe» lui fournirent une valeur plus grande du àxième que celle assignée diaprés le mouvemient de circulation de notre sateHite. Hais heureusement, en 1669, Picard avait enfin obtenn une valeur eattrémement approchée du degré do méridien (liv. XX, chap. ii, t. m, p. 11), et en 1680^ les résultats de l'académicien français étamt devenus Tobjc* de Tattension de la Société royale de Londres, Newton eut Tidée de neconunencer son cakciA sur la quantité doni la Lune tombe vers la Terre en une seconde. Getle fois le calcul s'aocorda parfaitement avec cette grande idée de Newton que la pesanteur diminue en raison du carré des distances au centre de notre globe. On rapporte que oei «ocord mil l'illustre auteur des Prineipet vimlkématiqms de la philnophie naturette dans w» eaœitation nerveuse si

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inteitte quM ne pot vérifier son calcul fA quM fat obligé de confier tie som à un de se6 ârnSs.

Viéée de faire dépendre d'tm principe iiniqte ttnis les phénomènes de F univers n^ékiit pas nouvelle. On la re-* trouve dans tous les ouvrages physiques d* AHebofte. « Mais, domme le fttft reniar(|uer inon ami Alexandns de Humboldt, rétat «nparfait de la sdence, Tigm^rance où Ton était à cette ^ofque ée la méttiode expérimentale, qui consiste à aneidter les phénomènes dans des «conditiotts déterminées, ne p^mettait pas d'embrasser le lien de (»iusalité q«i unit ces phénomënes, même en tes divisant ea groupes peu nombreux. Tovlt se bornait mx eppositiODs sans cesse renaissantes du froid eft éà chaud , de la sédteresse et de rfaumndité, de la raréfaction et de la densité primitive, et aux altérations prodailes dans le monde matérM par une sorte d'antagonisme intérieur, qai rappelle les hypothèses modernes des polarités oppo^ sées et le contraste du phi et du imoins. t

Platon a eu de Pattraetion universelle une idée moins confuse qu'Aristote, mais le grand phitosoptie n*a pas saisi Tuirité en systèine du mcmde. t II & Uen vu, dit M. Th. H. Martin «dans son beau travail sur le Timée, que le globe terrestre est de tous côtés un centre d'attrac-' tion pour les corps pesants qu'on en détache. Il a bien prouvé, contre Anaxagore, quVucun hémisphâre n>st le haut ou te bas, plutôt que rhérràsphère opposé. Mais, ▼oyunt que la 'flamme se d^ge vers le ciel , il n'e pu croire qu'elle fût attirée vers te même centre que Vean ou les pierres. Bn conséquence , H admet que les dmses de même nature s'aCHreilt mt^tueUement. » Strivant Plaiton ^

il y a quatre espèces de corps, et pour chacune de ces quatre espèces existe une région particulière où se trouva la niasse principale de chacune d'elles , et où toutes les particules de même nature, éparses dans Tunivers, tendent à se réunir.

L'idée de symétrie efface Tidée d'attraction chez la plupart des philosophes grecs ; les stoïciens^ les épicuriens, les péripatéticiens s'accordent à penser que les corps tendent vers le centre du monde, mais ils admetrtent que les plus légers sont obligés de céder la place aux plus lourds. La belle découverte d'Archimède, qui reconnaît que tout corps plongé dans l'eau perd de son poids une quantité égale au poids d'un volume d'eau égal au sien, ne fait qu'apporter une nouvelle confusion dans l'opinion des philosophes, et Cicéron ne sait pas si la flamme et l'air qui s'élèvent ne sont pas repoussés par les corps les plus lourds ou attirés naturellement vers tes régions supérieures, t Quant à Ptolémée, dit M. Th. H. Martin, renouvelant le système de Platon, il soutenait dans son Traité de la chute des corps, cité par Simplicius, qu'il y avait quatre régions où la masse de chacun des quatre éléments de la nature tendait à se réunir, que la pesanteur était l'effort produit par cette tendance, et qu'ainsi chaque espèce de corps dans sa région propre, par exemple l'eau dans la mer, était dépourvue de toute tendance au déplacement, c'est-à-dire de toute pesanteur, et il invoquait l'expérience des plongeurs qui ne sentent pas le poids de l'eau. •

Plutarque a introduit dans le système de Platon une heureuse modification. Du principe de l'attraction des

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