‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 5)Chapitre 100 sur 153 · ACTION CHIMIQUE DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

ACTION CHIMIQUE DE LA LUMIÈRE

bandes les plus brillantes des franges produites par la lumière blanche, qui répondent à peu près aux points d'accord parfait des rayons jaunes. Cette expérience fournit un moyen simple et très-exact de déterminer la longueur moyenne des ondulations lumineuses qui ont le plus d'influence chimique : car il suffit pour cela de mesurer les intervalles compris entre les milieux des lignes noires tracées sur le muriate d'argent et d'en conclure, par la formule que nous avons donnée, la longueur des ondulations qu'elles produisent.

« En faisant tomber sur du muriate d'argent la lumière modifiée par le phénomène des anneaux colorés, M. Young a montré depuis longtemps que les mêmes modifications se soutenaient dans son action chimique; mais l'expérience de M. Arago a sur la sienne l'avantage de prouver directement que l'inégale action de la lumière aux différents points de l'espace où les deux faisceaux se réunissent tient à leur influence mutuelle, puisqu'en soustrayant un des faisceaux , on voit le muriate d'argent prendre une teinte uniforme dans le même espace où se formaient des lignes alternativement noires et blanches , quand les deux faisceaux y arrivaient simultanément; tandis que,

dans l'expérience de M. Young, faite au moyen des anneaux colorés, il était impossible de séparer les deux systèmes d'ondes. On peut démontrer aussi par l'expérience de M. Arago que, dans les points qui répondent à des différences de chemins parcourus égales à un nombre impair de demi-ondulations , l'action chimique de la lumière est insensible lorsque les deux faisceaux réfléchis y arrivent ensemble, tandis qu'elle reparaît quand on

soustrait un des faisceaux. On voit que ce fait , indépendamment de toute théorie , renverse l'hypothèse adoptée par plusieurs savants, d'après laquelle les effets chimiques de la lumière résulteraient de sa combinaison avec les corps; car, s'il en était ainsi, il y aurait toujours d'autant plus d'effet produit que la quantité de molécules lumineuses serait plus considérable, et l'on ne devrait, dans aucun cas , augmenter l'action chimique de la lumière en soustrayant une partie des rayons incidents.

«L'expérience de M. Arago renferme encore un fait remarquable qui ne se trouvait pas dans celle de M. Young, où les rayons qui interfèrent sont parallèles et ne se quittent plus après leur réunion ; c'est que les deux; faisceaux réfléchis par les miroirs formant entre eux un angle sensible, il arrive que les mêmes rayons qui perdent dans un point leurs propriétés lumineuses et chimiques par leur discordance complète avec ceux qu'ils y rencontrent, se trouvant un peu plus loin dans des circonstances différentes , recouvrent ces propriétés ; ce qui montre, comme l'observe M. Arago, qu'elles n'étaient pas détruites en eux , mais seulement neutralisées momentanément là oii des mouvements en sens opposé contre-balançaient leurs vibrations. On concevra aisément ce jeu d'interférences à Taido de la figure ci-après (fig. 21).

« L'expérience de M. Arago exige plusieurs précautions pour être répétée avec succès. 11 faut d'abord que les rayons solaires réfléchis dans la chambre obscure soient maîntonus dans une direction constante par un bon héliostat» afin quo los frangos qui se projettent sur la surface enduite do muriato d*ai^wrt n'éprouvent pas de déplace-

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ment sensible, au moins pendant iO minutes ; et pour que les très-petits déplacements qu'elles pourraient encore éprouver pendant cet intervalle de temps ne nuisent pas à la netteté des lignes noires qu'elles impriment peu à peu

sur le muriate d'argent, il est bon de donner aux franges le plus de largeur possible, en dirigeant les surfaces des deux miroirs presque sur le prolongement l'une de l'autre. Au lieu de placer une lentille sphérique dans le volet de

1. a Cette figura représente uae section des deux miroirs et des OQdes réfléchies, faile par un plan mené du point lumineux perpendiculairement à ces miroirs projetés en ED et DF. Le point lumioeux est en S, et A et B reprësenteat les positions géométriques de ses deux images, qu'on détermine en abaissant du point S sur les deux miroirs £D et DF, les perpendiculaires SA et. SB, et prenant

la chambre obscure, pour former un point lumineux, c| qui donnerait une lumière beaucoup trop faible, il facl se servir d'une lentille cylindrique, moyOT précieul d'augmenter considérablement l'intensité de la lumière! mais comme on produit ainsi une ligne lumineuse au liet d'un point, il est indispensable de la tourner dans uni direction bien exactement parallèle à celle des franges, ainsi que nous l'avons déjà dit, en indiquant ce procédé ingénieux , imaginé par M. Arago. On reconnaît aisément à la netteté des franges quand cette condition est remplie. La lentille cylindrique employée dans l'expérience que

PA égal à SP, et QB égal à SQ. En effet, c'est vers A et B, ainsi déterminés, que convergent les rayons réfléchis sur le premier et le second miroir, d'après la loi connue de la réflexion. Ainsi , pour avoir la direction du rayon réfléchi en un point G quelconque da miroir DF, par exemple, il suffit de mener une droite par B et G et cette ligne prolongée sera le rayon réfléchi. Or, il est à remarquer que, d'après la construction qui nous a donné la position du point B, les distances BG et SG sont égales et qu'ainsi le chemin total parcouru par le rayon réfléchi parti du point S et qui arrive en 6 est absolument le même que s'il était parti du point R Cette conséquence géométrique s'appliquant à tous les autres rayons réfléchis par le même miroir, on voit qu'ils devront arriver en même temps sur les divers points de la circonférence »'6m, décrite du point B» comme centre, avec un rayon égal à B^ ; cette circonférence représentera donc la surface de l'onde réfléchie * arrivée en B, ou plus exactement, l'intersection de cette surface avec le plan de la figare. Les ondes réfléchies par le miroir ED auront pareillement leur centre en A.

a Pour figurer les deux systèmes d'ondes réfléchies, on a décrit des

* J'appelle surface de l'onde la surface dont tons les points sont toigonn ébranlés de la même manière au même instant. Si on la considère, par exemple, au commencemeot, au milieu, ou à la fia de Tonde, ce sera celle où le mouvement oscillatoire est nul; et si on la prend au milieu de la première on de la seconde moitié de Tonde, ce sera la sarface sur toute Tétendue de laquelle les vitesses al>solues des molécules éthérées atteignent leur

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