DES MÉTAUX
L'évaluation de la perte subie par la lumière dans sa réflexion sur les métaux ne date guère, à proprement parler, que des observations de Bouguer. On trouve, en effet, dans un Mémoire où Huygens examine les avantages du télescope de Newton, l'idée très -explicitement exprimée qu'un miroir métallique bien poli réfléchit la totalité de la lumière qui le frappe. Voici les propres paroles de Huygens : «Par la réflexion du miroir de métal , il ne se perd pas de rayons »• Ce résultat , dont l'inexactitude doit d'autant plus étonner que Huygens unissait à la qualité d'illustre géomètre celle d'expérimentateur habile, fut rectifié par les observations de Boiiguen
Ce savant académicien dit (sans spécifier d'ailleurs la nature chimique de l'alliage, ni les procédés à l'aide desquels on les avait polis) que sur des miroirs de métal, la quantité de lumière réfléchie, pour l'inclinaison de 15* à partir de la surface, est de 561 pour 1,000 de lumière incidente.
De plus , il a trouvé invariablement que la quantité de lumière réfléchie va en augmentant à mesure que l'inclinaison diminue. Ainsi, cette lumière qui était 561, sous l'inclinaison de 15% dépasse 700 pour 1,000, dans les inclinaisons comprises entre 11* et 3% {Traité (tOptique j liv. ii, 2" sect. )
Ce dernier résultat (l'augmentation de lumière réfléchie par une diminution dans l'inclinaison) est fonnellement contredit par les expériences de M. Potter, qui trouve que la quantité de lumière réfléchie va en augmentant à mesure que l'angle d'incidence augmente, et il donne même les valeurs numériques de cette augmentation. Il était important , d'après ces résultats contradictoires, de soumettre ce point de photométrie à de nouvelles épreuves.
La méthode dont je me suis servi pour cela est analogue à celle qui nous a donné l'affaiblissement produit sur la lumière par sa transmission à travers des lames de verre.
On cherche l'angle sous lequel la lumière de l'écran réfléchie par le miroir et vue par transmission à travers la lame fixe du photomètre est égale à la lumière vue par réflexion et arrivant librement de l'écran à cette même lame.
La table photométrique rapportée plus haut et dont nous avons déjà fait usage donne, pour l'angle ainsi déterminé, les proportions de lumière réfléchie et transmise: la première arrivant directement de l'écran sur la lame fixe du photomètre ; l'autre, la seconde, parvenant à l'œil par transmission après avoir été afl*aiblie par le miroir.
Ces deux quantités étant égales par hypothèse, on en iéduit par la solution d'une simple équation du premier. jegré la quantité de lumière perdue sur le métal. Voici les résultats des expériences :
Perte de lumière
f.isc.»rtiWehi hisca^réflécU j P^S/^^Cue
l'angle d. le. l'angl, de 36. «'"Up"&?^'°'
par 100.
Platine poli au papier. 0.68 0.54 20
Acier poli au drap..,. 0.68 0.M 35
Miroir de télescope. . . 0.57 0./i6 19
Ces résultats prouvent avec une entière évidence que Fintensité de la réflexion augmente à mesure que l'inclinaison comptée à partir de la surface diminue. Cette augmentation ne suit pas la même loi pour tous les métaux.
A quoi attribuer la discordance radicale entre nos résultats et ceux de M. Potter ? Est-ce à la nature du poli , à la direction des raies formées dans le métal par le polissoir? C'est ce qui reste à décider.
Mes expériences ont été faites sur des miroirs que j'ai trouvés dans ma collection, où ils existent depuis un grand nombre d'années. M. Pelouze, notre confrère, à qui M. Laugier les a soumis pour qu'il en déterminât la nature chimique, a constaté que les miroirs de platine ne sont pas purs, qu'ils renferment, par exemple, un peu de cuivre. Ces expériences doivent donc être recommencées avec des métaux parfaitement purs, ou avec des alliages bien déterminés. Ce serait , suivant les méthodes photométriques ordinaires , un travail considérable ; mais telle est la simplicité des procédés dont je fais usage ,
qu'il suffira d'un ou deux jours d'expériences pour obtenir les nouveaux résultats, lorsque les miroirs à essayer auront été fournis par les opticiens.