‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 6 sur 9 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

<a Onze heures et quart, déjà!... Vite, rue de Glichy ! » dit le vieux vicaire à son cocher, en sortant de l’hôtel Capdecamp.

Plus la moindre brume, à présent. La lune dans son plein. Un ciel lumineux et sonore, à souhait pour les carillons de Noël.

Mais, quand l’abbé Moulin, épuisé de fatigue et d’inanition, très troublé aussi par le souvenir de ses quatre visites, eut remonté son escalier et qu’il rentra chez lui, il crut d’abord que tout le brouillard de la soirée s’était réfugié dans son logis. Seulement, ce brouillard sentait le tabac de la Havane, et le prêtre finit par apercevoir, au sein de cet odorant nuage, le faux yankee Adam Harrison, c’est-à-dire Renaudel, qui, toujours enfoncé dans un fauteuil, les deux pieds sur la tablette de la cheminée, fumait tranquillement son huitième cigare.

ON REND L’ARGENT

« Voici vos reçus, — lui dit l’abbé, qui fut pris d’une quinte de toux et ouvrit la fenêtre toute grande.

— Parfait, monsieur l’abbé, — répondit l’exbanquier en se levant et en boutonnant son ulster de voyage, — et je vous dispense de me rapporter les discours tenus sur mon compte par mes anciens clients. Je craindrais que, malgré tout, ils ne fussent pas tous des témoignages de considération et d’estime... Vous trouverez là, sous votre bréviaire, le billet de mille francs promis... Nous sommes quittes... Pourtant, quoique je ne sois pas riche du tout, à présent, je vous ai encore laissé cinq louis de plus, et voici pourquoi... Je ne peux pas rapporter à mon petit garçon la boîte de soldats de plomb à pantalons rouges qu’il m’a demandée l’année dernière; je ne tiens pas à lui rappeler ses souvenirs d’enfance... Mais cela me fait de la peine... Et je me suis dit, pour me consoler un peu, que vous auriez la complaisance d’acheter, demain matin, pour cent francs de joujoux et de les distribuer à vos petits chiffonniers de la part du Noël américain... Mais l’express- n’attend pas... Une dernière poignée de main, monsieur l’abbé, et encore merci. y>

MO

LES VRAIS RICHES

Et, sans permettre à l’abbé Moulin de le reconduire, le singulier homme s’en alla.

Resté seul, le prêtre se mit à sa fenêtre et rêva quelques minutes. Le bonhomme n’était pas pessimiste. Dans cette soirée où de si grosses sommes avaient passé par ses mains, il avait acquis la preuve que la gloire, la santé, l’amour, l’honneur, — tout ce qui vaut la peine de vivre enfin, — ne s’achetaient pas avec de l’argent, et, dans la naïveté de son cœur, il se promit de remercier Dieu que ce fût ainsi, en disant sa messe de minuit.

LA CURE DE MISÈRE

LA CURE DE MISÈRE

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