M A N I F E S T A T 1 0 N S ITALIENNES
Sadowa pour dessiller, les yeux — trop tard
aux gens raisonnables.
Sans doute, Napoléon III, exerçant le pouvoir personnel, est responsable de tout le mal. Mais, taisons notre meâ culpâ. Ses idées fausses, sur ce point, furent partagées par la grande majorité de ses sujets.
Et il a fait terriblement des siennes, par la suite, le principe des nationalités! Bismarck nous l’appliqua cruellement, en nous amputant de l’Alsace; l’Italie lui doit son unité; et ce bouleversement européen, d’où les naïfs avaient espéré voir surgir une aurore de concorde et de liberté, produisit, au contraire, l’atmosphère brumeuse, presque irrespirable, où nous étouffons.
Ah! l’histoire jugera sévèrement cette lin du xixe siècle, sans grandeur et sans gloire, où les plus illustres nations n’auront rien fait que de se ruiner en machines de guerre, où le vieux monde civilisé, vivant au jour le jour dans une paix menacée et précaire, se sera rué vers les jouissances et vers la corruption.
Malgré tout, il y avait quelque chose de généreux dans ce rêve d’une Europe idéale, largement partagée entre quelques peuples, libres chez eux,
MON FRANC PARLER
et unis entre eux par une fraternité pacifique. Cette illusion a fait banqueroute, comme tant d’autres. La France en fut la dupe et la victime, tandis que l’Italie, sans grands sacrifices, en profita. Et, chose monstrueuse! c’est seulement depuis nos malheurs que l’Italie nous a manifesté cette haine dont l’expression vient d’atteindre, à propos des événements d’Aigues-Mortes, le comble de la provocation et de la violence.
Oui, je sais bien, au point de vue officiel, l’incident est clos. Les deux gouvernements ont été, pour me servir d’un mot à la mode, mais un peu bête, — tout à fait ce corrects ». Le ministre a regretté... L’ambassadeur a déploré... Ce fut à qui offrirait le plus de réparations, ferait les plus humbles excuses. Salamalecs de chancelleries, courbettes diplomatiques, qui ne changent rien aux faits et n’en atténuent pas les conséquences morales.
Elles navrent mon cœur de vieux Latin; car
j’ai beau faire — je ne puis en arracher tous les fils sympathiques qui l’unissent à l’Italie !...
Ilélas ! ne se trouvera-t-il donc pas, parmi nos guides éphémères, nos ministres de six mois ou de six semaines, un homme ayant assez de cha-