POUR LES LATINS
Une pensée excellente est venue à l’un des hommes d’État les plus éminents de l’Italie, M. Ruggiero Bonghi, et au fils du paladin des temps modernes, au général Ménotti Garibaldi.
Souhaitant la réconciliation de leur pays et du nôtre, ils prétendent créer, entre Français et Italiens, en dehors de toute doctrine, de toute question politique d ordre intérieur et malgré tous les obstacles, un courant de sympathie, une propagande fraternelle. Et cela par-dessus la tête des gouvernements, en s’adressant seulement à tous les hommes de bonne volonté, dans le public et dans la Presse. Us demandent qu’on ne revienne point sur le passé, qu’on ne recherche pas, par une discussion fatalement irritante, de quel côté
MON FU AN G PARLER
sc trouve le plus ou moins de responsabilité dans les très pénibles incidents, dans les déplorables malentendus qui ont désuni les deux nations. Ils souhaitent une entente de peuple à peuple, ayant pour base l’affinité d’origine et tant de glorieux souvenirs.
En Italie, un Comité permanent de Propagande conciliatrice est en formation et se compose déjà d’une centaine de personnes considérables. MM. Bonghi et Ménotti Garibaldi, qui sont à la tête du mouvement, désirent qu’un groupement pareil se produise en France. Se souvenant d’un appel àla concorde que j’ai publié dans le Journal après les malheureux événements d’Aigues-Mortes, et qui a eu quelque retentissement dans la Presse italienne, ces messieurs ont bien voulu me communiquer la circulaire — encore confidentielle — qu’ils adressent à leurs amis français et me demander mon concours. Ils se méprennent, je le crains, sur l’influence qu’une plume aussi indépendante que la mienne peut avoir sur l’opinion, et je repousse les paroles trop flatteuses qui accompagnent leur envoi. Mais, je l’avoue, mon cœur de vieux Latin n’y a pas été insensible.
Peu de jours avant l’arrivée de l’escadre russe à
rOUR LES LATINS.
Toulon, le bruit s était répandu — à peine vraisemblable — qu’une armée italienne se massait derrière les Alpes, prête à nous envahir. Je n’en ai rien cru, pour ma part, et je ne rappelle ce souvenir que comme l’indication du tout récent état des esprits en France sur les sentiments de l’Italie a notre égard. Il ne s’est guère modifié. En m’entendant déclarer que le document que j’ai sous les yeux respire la sincérité et les intentions les plus puies, beaucoup hausseront les épaules et mejugeiont bien crédule et bien naïf. Mais ce reproche n est pas lait pour troubler un poète. N’est-ce pas son rôle et son devoir, d’ailleurs, d’apaiser les lancunes etde calmer les haines? Réconcilier deux ennemis est une des plus douces et des plus nobles actions qui soient au monde. Il ne sera pas dit qu on m’a prié d’élever la voix, pour y contribuer dans l’humble mesure de mes forces, et que j’ai gardé le silence.
Je ne me donnerai pas le ridicule de me lancer dans des considérations sur la politique européenne et d aborder des problèmes dont je ne sais pas le premier mot. Mais il me semble que les avantages d’une amitié entre les peuples d’origine latine n’ont pas besoin d’être démontrés. Cette
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amitié est, pour ainsi dire, instinctive, d’ordre naturel.
Voyez quelle ardente sympathie nous manifestons pour l’Espagne, en présence des malheurs qui l’accablent depuis quelque temps. Certes, nous n’avons pas même à souhaiter la victoire, sous les murs de Mélilla, à ce peuple qui est la bravoure personnifiée; mais nous n’en avons pas moins été très émus de le voir un instant menacé par cette nuée de barbares. Nous avons été remplisde douleur en apprenant l’affreuse catastrophe de Santander, et, hier encore, l’abominable attentat des anarchistes de Barcelone nous arrachait un cri d’indignation et de pitié. Sans doute, si des calamités semblables avaient fondu sur ses pires ennemis, la France n’y serait pas restée indifférente. Nous portons tous, dans notre généreux pays, le mot de Térence gravé au fond de l’âme : Homo sum... Mais, vers l’Espagne malheureuse, nous sommes emportés par un mouvement unanime et spontané, par un irrésistible élan du cœur. Nous sentons, entre elle et nous, un lien de parenté. Elle nous ressemble. Comme la France, elle est fière, chevaleresque, jalouse et chatouilleuse jusqu’à l’excès pour tout ce qui touche à son