POUR LES PATINS
honneur national. Aussi, souffrons-nous de la voir souffrir; et, dans cette heure de deuil, la patrie de Roland envoie un effluve affectueux vers la patrie du Cid.
L’Italie est aussi de notre famille; et c’est même, précisément, parce que nous sommes du même sang, que notre brouille est si profonde et que nous paraissons, au premier abord, si peu réconciliables.
Deux frères deviennent ennemis. Ils s’évitent, se fuient, ne peuvent plus supporter la vue l’un de l’autre, et chacun d’eux, dans sa solitude, s’exalte, se dévore, ravale sa bile, s’exagère les torts réels ou imaginaires du frère détesté. Ce sont les haines les plus atroces. Oui, mais une minute suffit quelquefois pour qu’elles cessent, et à tout jamais. Le hasard met les deux hommes en présence; ils se regardent dans les yeux, et, quand les spectateurs de la rencontre croient qu’ils vont se sauter à la gorge, les voilà qui se tendent les bras et qui s’embrassent en pleurant.
Nous sommes loin, les Italiens et nous, de ce moment d’effusion touchante. Quand même les nobles efforts des conciliateurs obtiendraient un plein succès, quand même nous serions certains
MON FRANC PARLER
d’un revirement de l’opinion en notre faveur dans toute la Péninsule, nous ne pourrions oublier qu’il existe un traité de guerre dont un des trois seuls exemplaires est serré dans quelque meuble secret du Quirinal.
Cependant, ne soyons pas injustes et gardonsnous de confondre les nations et leurs gouvernements. Ajoutons qu’aujourd’hui — nous venons d en faire la preuve — - les alliances se contractent parfois autrement qu’en imprimant des sceaux dans la cire rouge et en apposant des signatures sui un parchemin. En somme, quand nous voyons M. Bonghi, qui est un monarchiste, s’associer au fils de Garibaldi pour nous convier à une œuvre d’apaisement, nous devons supposer — et je n’en ai jamais douté, pour mon compte — qu’il y a encoie, en Italie, dans toutes les classes sociales et dans tous les partis politiques, bien des partisans de 1 amitié franco-italienne. A mon modeste avis, il seiait aussi maladroit que peu généreux de ne pas bien accueillir leurs avances.
On sait que, par tempérament, je ne suis pas, le moins du monde, internationaliste, que j’aime ardemment mon pays, que je le préfère à tous les autres, et que je crois peu à la belle chimère de la