‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 5)Chapitre 15 sur 20 · GUSTAVE FLAUBERT DÉ CL AMATEUR · texte numérisé non relu

GUSTAVE FLAUBERT DÉ CL AMATEUR

Le nom de Gustave Flaubert est à l’ordre du jour; il est prononcé en ce moment par toutes les voix de la presse à propos de la correspondance de George Sand, où se trouve un assez grand nombre de lettres adressées au grand prosateur, lettres charmantes et qui expriment les sentiments d’une tendre et virile amitié. Récemment, d’ailleurs, les intéressants Souvenirs littéraires de M. Maxime Du Camp, publiés par la Revue des Deux Mondes, avaient donné de très curieux détails sur la vie de l’auteur de Salammbô et sur ses procédés de travail. Enfin ce nom de Gustave Flaubert prend peu à peu dans l’opinion la place qu’il doit occuper, c’està-dire une des premières; toutes les résistances n’ont sans doute pas encore disparu; celles de ses œuvres qui furent mal comprises : — Y Éducation sentimentale, la Tentation de saint Antoine et surtout l’extraordinaire Bouvard et Pécuchet, — ne sont pas

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encore reclassées selon leur mérite. Mais, c'est égal, nous sommes déjà loin aujourd’hui des critiques perfidement respectueuses, des articles pleins de condoléances hypocrites, sous lesquels on étouffa les dernières productions de Flaubert et qui mirent une si grande tristesse dans ses dernières années. Ce n’est plus qu’avec 'une profonde déférence qu’on parle maintenant de lui, et même pour ceux qui ne peuvent savoir quel prodigieux artiste il fut, un vague parfum de gloire durable sort de cette tombe. La renommée de Flaubert est, pour ainsi dire, dans la période de transition où se trouve un « bienheureux » avant d’être canonisé. Les journalistes lui donnent déjà du ce maître et du grand écrivain »; mais, avec le temps, ils lui décerneront le vrai titre auquel il a droit, celui de « classique français ».

Nous avons eu le bonheur de connaître assez intimement Gustave Flaubert. Ce prosateur, qui n’écrivit ou du moins ne publia jamais de vers, aimait passionnément la poésie. Notre titre de poète nous assurait donc sa bienveillance; de plus, il reconnut, dès notre première rencontre, que nous n’avions pas moins que lui le souci désintéressé de l’art, le culte exclusif des lettres, et tout de suite

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