GUSTAVE FLAUBERT RÉEL AMATEUR
emphase de voix et une ampleur de geste dignes de Frédérick Lemaître, « gueuler » — tant pis! il n’y a pas d’autre mot — une période de Bossuet ou de Chateaubriand, ne saura jamais combien l’admiration littéraire peut donner de bonheur à un homme. Après avoir dit, d’une voix lente et forte, où restait un peu de lourdeur normande, — soit le Départ des hirondelles dans René, en faisant sentir le rythme admirable de la phrase, soit la péroraison de Y Oraison funèbre du prince de Ronde, en tâchant d’en rendre les sonorités majestueuses comme de la musique d’orgue, — le bon Flaubert s’arrêtait, silencieux et épuisé pendant un moment, tout tremblant de joie, tout congestionné de plaisir. Puis, pour s’assurer qu’il était bien compris, il saisissait son interlocuteur par le bras, il le regardait dans les yeux, et il lâchait alors un cc n’estce-pas ? » ou un « hein? c’est raide ! » où éclatait sa naïve et noble jouissance.
On composerait une excellente anthologie de la prose française, un choix exquis de modèles du style pompeux et magnifique, si l’on recueillait les nombreuses phrases, empruntées par Gustave Flaubert aux écrivains classiques et modernes, et soumises par lui à la redoutable épreuve du « gueuloir ».