A MM. LES OFFICIERS DU RÉGIMENT DU ROI
Pleurons, muses, pleurons ; que rtos^lyres gémissent : m France en deuil succombe aux injures du sort. Que de cris ! ciel ! par-tout nos temples retentissent Des chants lugubres de la mort.
Le guerrier même apprend à répandre des larmes ; Des couleurs de la nuit Mars a peint ses drapeaux, Et la beauté plaintive aime à voiler ses charmes Du crêpe fait pour les tombeaux.
Louis n'est plus , hélas ! de sa grandeur prospère , Vrai sage , il est tombé sans connoître l'effroi: Mais ses tristes sujets le pleurent comme un père. Et semblent mourir dans leur roi.
O des guerriers français élite révérée, Que n'as-tu point souffert en ce commun malheur! Perdant un maître , un chef, ta douleur s'est montrée Aussi grande que ta valeur.
* La troisième des odes publiées par l'auteur en 1 774. Elle n'offre rien de remarquable.
Parons ce monument que lui dresse ton zélé Des drapeaux qu'à ses yeux tu ravis à l'Anglais ; Qu'il reconnoisse encor sa légion fidèle , Du haut des célestes palais.
Qu'aux pieds de ce tombeau la France gémissante, Foulant les léopards terrassés par nos coups , Pleure , ainsi que la veuve , encore tendre amante , Sur le bûcher de son époux.
Mais les sons du clairon frappent au loin les nues , Et les roulements sourds des tambours résonnants Font errer à longs flots sur nos places émues Tous les citoyens frissonnants.
Quel vaste trouble ! Où vont ces enfants de la guerre , Au bruit du bronze en feu grondant sur nos remparts Tristes , portant leur fer tourné contre la terre , Et renversant leurs étendards?
Grand prince, ils vont payer à ta muette image Le tribut de regrets que l'on doit aux héros : Est-il pour un grand cœur un plus flatteur hommage Que les larmes de ses rivaux?
Sors de ce mausolée , où leur reconnoissance A peint de tes vertus les symboles touchants. Il a paru; guerriers, respectez sa présence, Bourbon va parler en mes chants.
io4 ODE IV.
« Mes mânes sont contents; soyez toujours vous-mêmes, « De vos rois, de l'état défenseurs glorieux; « Vous occupiez mon cœur en ces moments suprêmes « Où j'allois joindre mes aïeux.
« Mais un autre Louis vous rendra ma tendresse; « Relevez ces drapeaux, ces glaives renversés; « Mon fils paroît: Français, tressaillez d'allégresse, « Vos plus grands rois sont surpassés.
« C'est peu de réparer les malheurs de mon régne; « Auguste aspire encore à des succès plus beaux : « Son peuple l'aime; il faut que l'étranger le craigne, « Comme roi du monde et des eaux.
« Déjà la mer gémit sous nos vaisseaux agiles ; « Alger tremble ; Louis combat avec son nom ; « Et les princes vaincus , jusqu'au fond de ses villes, « Viennent implorer leur pardon.
« Je vous entends, mes fils; en ces combats insignes, « Vous jurez de briller entre tous nos guerriers; « Vous saurez, de vos chefs et de vous toujours dignes, « Cueillir les plus nobles lauriers. »