‹ uvres complètes de Gilbert, publiées pour la première fois, avec les corrections de l'auteur et les variantes, accompagnées de notes littéraires et historiquesChapitre 21 sur 65 · IMITÉE DE PLUSIEURS PSAUMES · texte numérisé non relu

IMITÉE DE PLUSIEURS PSAUMES

J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence;

Il a vu mes pleurs pénitents ; Il guérit mes remords , il m'arme de constance :

Les malheureux sont ses enfants.

Mes ennemis , riant , ont dit dans leur colère : Qu'il meure, et sa gloire avec lui!

Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : Leur haine sera ton appui.

A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage :

Tout trompe ta simplicité:

Celui que tu nourris court vendre ton image ,

Noire de sa méchanceté.

Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramène Un vrai remords, né des douleurs;

Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine D'être foible dans les malheurs.

J'éveillerai pour toi la pitié, la justice De l'incorruptible avenir;

* Composée par l'auteur huit jours avant sa mort.

ODE IX. i33

Eux-même épureront, par leur long artifice, Ton honneur qu'ils pensent ternir.

Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre

L'innocence et son noble orgueil ; Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,

Veillerez près de mon cercueil.

Au banquet de la vie, infortuné convive,

J'apparus un jour, et je meurs :

Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,

Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j'aimois, et vous, douce verdure,

Et vous , riant exil des bois !

Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,

Salut pour la dernière fois 1 !

Ah! puissent voir long-temps votre beauté sacrée

Tant d'amis sourds à mes adieux!

Qu'ils meurent pleins de jours ! que leur mort soit pleurée !

Qu'un ami leur ferme les yeux !

1 Cette strophe est rapportée ainsi par Palissot :

Adieu , champs fortunés , adieu , douce verdure ,

Adieu , riant exil des bois !

Ciel , pavillon de l'homme , admirable nature ,

Adieu pour la dernière fois !

HÉROÎDES.

HEROIDE T.

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