IMITÉE DE PLUSIEURS PSAUMES
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence;
Il a vu mes pleurs pénitents ; Il guérit mes remords , il m'arme de constance :
Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis , riant , ont dit dans leur colère : Qu'il meure, et sa gloire avec lui!
Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage :
Tout trompe ta simplicité:
Celui que tu nourris court vendre ton image ,
Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramène Un vrai remords, né des douleurs;
Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine D'être foible dans les malheurs.
J'éveillerai pour toi la pitié, la justice De l'incorruptible avenir;
* Composée par l'auteur huit jours avant sa mort.
ODE IX. i33
Eux-même épureront, par leur long artifice, Ton honneur qu'ils pensent ternir.
Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre
L'innocence et son noble orgueil ; Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,
Veillerez près de mon cercueil.
Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs :
Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j'aimois, et vous, douce verdure,
Et vous , riant exil des bois !
Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,
Salut pour la dernière fois 1 !
Ah! puissent voir long-temps votre beauté sacrée
Tant d'amis sourds à mes adieux!
Qu'ils meurent pleins de jours ! que leur mort soit pleurée !
Qu'un ami leur ferme les yeux !
1 Cette strophe est rapportée ainsi par Palissot :
Adieu , champs fortunés , adieu , douce verdure ,
Adieu , riant exil des bois !
Ciel , pavillon de l'homme , admirable nature ,
Adieu pour la dernière fois !
HÉROÎDES.
HEROIDE T.