‹ uvres complètes de Gilbert, publiées pour la première fois, avec les corrections de l'auteur et les variantes, accompagnées de notes littéraires et historiquesChapitre 47 sur 65 · DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR

Charmant ruisseau, c'est près de toi Que je viens respirer la fraîcheur du feuillage.

Hélas 1 sais-tu pourquoi?

De ma félicité j'y retrouve limage *.

C'est là, sur ce gazon qui tapisse tes bords,

* Ces vers sont encore du poète débutant, qui les admit dans les deux éditions de son recueil; mais la seconde offre des différences notables qui prouvent le soin que Gilbert mettoit à corriger ses moindres productions.

1 Première leçon :

O ruisseau ! ton aspect me J'étois assise sur tes bords, Lorsque Tircis... le barbare ! il m'oublie, Mais il m'aimoit alors !

Jura de m'adorer durant toute sa vie.

Oui, disoit-il, ce ruisseau que tu vois Remontera plutôt aux lieux de sa naissance , Oui, p'utôt que Tircis se dérobe à tes lois. O ruisseau! mon Tircis a manqué de constance; Et moi , tendre toujours , j'ai gardé mon serment : Tu peux, oui, tu peux maintenant Remonter vers ta source.

Mais ton onde toujours fuit d'une égale course;

Infortunée ! et cependant , Hélas ! il est trop vrai, j'ai perdu mon amant; Et je brûle pour lui ! je le regrette encore ! Et rien ne peut calmer le feu qui me dévore !... Peut-être une autre a su, bien moins belle que moi. Le ranger sous sa loi , etc.

LES INQUIÉTUDES DE L'AMOUR. 23i Que Tircis... le barbare! il me fuit , il m'oublie,

Mais il m'aimoit alors!

Là qu'il jura cent fois de n'aimer que Sylvie.

Oui , disoit-il , ce ruisseau que tu vois Remontera plutôt aux lieux de sa naissance, Oui, plutôt que Tircis ne s'arrache à tes lois. O ruisseau! mon Tircis a manqué de constance;

Moi seule, hélas! j'ai gardé mon serment: Tu peux, tu peux enfin remonter vers ta source. Mais le même penchant guide toujours ta course,

Et loin de moi je vois fuir mon amant. L'ingrat mérite-t-il qu'on le regrette encore? Éloignons , éloignons ce feu qui me dévore : Peut-être une autre a su , bien moins belle que moi, Le ranger, l'enchaîner sous son injuste loi ; Peut-être en cet instant sa bouche lui répète Les serments qu'il me fit de m'aimer à jamais... Ruisseau! si quelquefois cette nymphe inquiète Sur tes bords enchanteurs vient respirer le frais,

Dis-lui que le berger qui l'aime, Que ce berger jura de m'adorer de même.

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