A M. DORAT
Un jour, pour dissiper l'ombre de ma tristesse , J'errois dans les détours de ces bois de lauriers , Immortels ornements des coteaux du Permesse; Devant moi s'avançoient des poètes altiers, Leurs pinceaux à la main , le lierre sur la tête : Ce spectacle m'attire , et déjà je m'apprête A porter plus avant mes pas audacieux, Quand un mortel frappe mes yeux.
La douce Volupté, mollement étendue, Près de lui sur des fleurs reposoit demi-nue; Et tandis qu'à l'écorce il confioit ses chants, L'Amour, au doux sourire, aux yeux vifs et touchants, La tête sur son corps indolemment penchée , Lui souffloit tous les feux dont il brûle les cœurs.
Claude-Joseph Dorât, né à Paris en 1734, et mort en 1780. Comme quelques uns de ses contemporains dont nous avons déjà parlé, Dorât s'est essayé dans tous les genres. Ses pièces de théâtre ont eu l'honneur de plusieurs représentations ; mais à chaque nouveau succès, on lui appliquoit le mot des Hollandois après la bataille de Malplaquet : Encore une pareille victoire , et nous sommes ruinés. La plupart de ses fables , ses odes, ses héroïdes, n'ont pas même eu l'avantage d'inspirer cet intérêt d'un moment. Mais son poëme sur la déclamation théâtrale et ses pièces fugitives l'ont distingué de la foule des poètes. On y a vu qu'il h' étoit pas incapable de travailler dans le genre sérieux , et qu'il avoit un véritable talent pour la poésie légère. C'est ce talent que Gilbert célèbre dans les vers suivants , qu'il n'inséra que dans la première édition du Début poétique.