‹ uvres complètes de Gilbert, publiées pour la première fois, avec les corrections de l'auteur et les variantes, accompagnées de notes littéraires et historiquesChapitre 50 sur 65 · A M. DORAT · texte numérisé non relu

A M. DORAT

Les Grâces , à l'Amour enviant ces faveurs ,

Et Famé de dépit profondément touchée,

Autour de lui se rassembloient en chœurs ; Et, voulant que leurs mains eussent part à l'ouvrage, S'approchoient en dansant, et le semoient de fleurs : La Jalousie, en vain versant des pleurs de rage, D'un antre me crioit : Ces fleurs sont des pavots I. Curieux, je m'approche, et ne vois que des roses Brillantes par leur pourpre et fraîchement écloses. Connois-tu ce mortel, vainqueur de cent rivaux, Me dit FiVmour, surpris de me voir sur ses traces , Toi dont l'œil de sa gloire envisage l'éclat? Oui, dis-je, quand on voit un mortel près des Grâces. Craint-on de se tromper en disant, C'est Dorât?

1 Allusion à l'épigramme suivante , que La Harpe faisoit circuler contre Dorât :

Bon Dieu! que cet auteur est triste en sa gaieté! B'on Dieu! qu'il est pesant dans sa légèreté ! Que ses petits écrits ont de longues préfaces ! Ses fleurs sont des pavots ; ses ris sont des grimaces. Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur! C'est , si l'on veut l'en croire , un heureux petit-maître; Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'être Ou sa maîtresse , ou son lecteur !

*%•»/»» w»»*v%/%i v^^vv^vvvvvvvyvvv%v%av^tvv%.vvt''vvt'vvti

En vain , foulant aux pieds l'orgueil de ta naissance i Qui devoit t'enchaîner au tumulte des cours , Tu cachois dans Foubli le reste de tes jours, Prodigués tant de fois pour défendre la France; Trop content si, pour prix de tes exploits guerriers, Tu pouvois, sage heureux, dormir sur tes lauriers. Gomme une fleur qui croît sous des feuillages sombres, Et que trahit toujours sa vive et douce odeur, La vertu , malgré soi , brille au travers des ombres Dont elle aime à couvrir sa modeste splendeur; Et la tienne a percé ton réduit solitaire.

Oui, si ton souverain, si Louis t'a cherché Jusques au fond des champs où tu vivois caché, S'il a chargé ton bras du soin de son tonnerre , Les Français par leur choix autorisoient le sien : Il n'a fait que remplir les vœux du citoyen. Hélas! les souverains, jouets de l'apparence, A des monstres souvent remettent leur puissance... Mais Louis, mais son peuple espère tout de toi. On aime un bon ministre aux côtés d'un bon roi ; On sait que, près du trône arrivé sans bassesses, Tu ne seras jamais du nombre de ces grands

M. le marquis de Monteynard, secrétaire d'état de la guerre. Cette pièce de vers n'a été imprimée jusqu'ici que dans la deuxième édition du Début poétique.

Qui, des honneurs obscurs montés aux premiers rangs.

Épuisent tous leurs soins à grossir leurs richesses,

A ranger leurs parents sous l'ombrage du dais :

Eux, devant qui le pauvre ose à peine paraître;

Eux, dont tout le génie est d'abuser leur maître,

De vendre à nos voisins, d'en acheter la paix :

Prodigues sans pudeur du bien de la patrie,

Hautains par dureté, généreux par manie,

Et qui, voulant sur-tout ne point avoir d'égaux,

De leur faste insolent écrasent leurs rivaux.

Eh! de quoi sert au sage une pompe importune?

Sa vertu lui suffit pour être respecté;

Et qui change de mœurs en changeant de fortune

Porte un génie, un cœur faits pour l'obscurité.

Comme toi le grand homme est simple avec noblesse:

Pour lui les premiers rangs ne sont que des moyens

De mieux servir son prince et ses concitoyens.

lie malheureux l'approche, et sourit d'allégresse;

Toujours il est du rang de qui va l'implorer,

Et reprend-il le sien, c'est pour tarir nos larmes.

Ses dons n'accablent point, ses refus ont des charmes;

Et soutien de son prince, il le fait adorer.

Que la tempête alors gronde; libre de craintes,

Il s'éleva sans brigue, il tombera sans plaintes.

Tu n'as point des Français trompé l'opinion. Je ne verrai donc plus cette veuve éperdue, Qui n'avoit qu'un seul fils pour guider sa charrue, Redemander ce fils à ma compassion ,

Ce fils qu'un lot perfide a nommé pour la guerre : Vertueux laboureur, en fécondant la terre, Hélas ! il eût nourri trois frères innocents; Il part! la veuve expire: et ses jeunes enfants, Que sont-ils devenus?... un faix pour la patrie ', Qu'un jour de leurs travaux ils auroient enrichie... Tes lois de ces malheurs ont délivré l'état.

Pour asservir au joug l'indocile soldat, D'autres armoient ses chefs de châtiments terribles: Plus sage, plus humain, toi, tu vas dans son cœur Irriter l'amour-propre et réveiller l'honneur, L'amour-propre, l'honneur, deux ressorts infaillibles.

Va, poursuis, M***, rappelle-nous Sully; Quand même tu n'aurois que ce titre à la gloire, La croix dont le soldat par toi fut embelli Sera ton passe-port au temple de mémoire.

1 J'ai vu plus d'une fois ces tristes événements. Sauroit-on trop louer le minisire éclairé qui les épargne à la nation? {Note de l'auteur. )

i. -v-wv-*/v-%. 'X/V-'V'VWX'V'* ^ -*

Page 1