‹ Œuvres complètes de Gringore (volume 3)Chapitre 67 sur 208 · Cela · texte numérisé non relu

Cela

2. Sans doute nous devons lire ici : princes, et voir une allusion i ce passage d'Isaie , chap. j, ver. 4. «Je leur donnerai des enfans pour princes et les effeminez les domine* ront.» Dans le siècle précédent, George Chastellain, dans son très elo<^uent proesme à Thistoire du duc de Bourgogne, avoit insisté sur cette même punition providentielle : « Malheurée la terre dont le roy est anfifanti » .

). C'est le résumé un peu familier des versets 16 et 17 du chap. 1 1 des Prophéties de Zacharie.

a. Exodi, XVlll : Provide viros sapientes et timentes Deumjn ^uibus sit veritas et qui oderint avariciam.

b» Esaiej LVI : Ipsi pastores igaoraverunt intelligentiam, omnes in viâ suâ declinûvenmt

Les folles Entreprises. 87

Sainct Hierosme a dit pour exemplaire * Que le prélat ne soit concubinaire, Car il est vray espoux de saincte Eglise; Le droit canon de ce ne se veult taire Veu qu'il deffend en leur maison attraire Quelque femme, pourveu qu'el soit de mise ' . Samct Augustin de cecy nous advise Qui eust sa seur, femme de grant façon ; Il ne voulut que avecques luy fiist mise A demeurer, pour éviter souspeçon.

Ung prélat est ainsi comme lechief* Qui les membres préserve de meschief.

Sessubgectz doit de tous maubc préserver; Se aucun mal font, les doit corriger brief ; S'ilz n'ont nulz biens, donner de son relief; Reprendre ceulx qui les veullent grever ; Sainct Augustin , comme je puis prouver,.

A tous prelatz a monstre notamment Que de Eglise biens ne doivent lever Fors pour nourrir leurs corps tant seulement ^

Mais aucuns sont qui sont irreguliers , Qui amassent des ducatz à milliers^, Entreprenans mainte folle entreprise

i . A moins qu'elle ne soit convenable ou nécessaire ?

a. Hieronimus : Hospitiolum tuum aut raro aut nunquam mulierum pedes terant, quod non potest toto corde cum Deo habitare qui feminarum acctssibus copulatur.

b. Augustmus : Episcopus qui suorum crimina non corrîgit magis dicendus est canis impudicus quam episcopus.

c. Augustinus de Episcopis : Non sunt illa aue possidemus soi pauperum quorum procurationem quodammodo gerimns,

d. 41. Thimot., II : Hemo militans Deo implicat se negocUs secularibus.

88 Gringore.

En se meslant des estatz séculiers.

Se ne sont point les bons fermes pilliers

Qui soustenoient l'union de l'Eglise.

Hz n'ayment point, ainsi que faisoit Moyse,

Simi)les subgectz^ lequel à joinctes mains,

Prioit à Dieu, tant fut plain de franchise,

Qu'ilz fussent tous nommez prophètes sainctz.

NuUy ne doit porter nom de pasteur « Se son peuple n'a tousjours en son cueur Pour subvenir à ses nécessitez.

Il doit fuyr bombances et honneur, Car il est dit des povres gouverneur Et le support en leurs adversitez.

Prelatz, ostez toutes mondanitez, Car ceulx sont sotz qui trop de bien retiennent ; Vous suffise d^avoir les dignitez :

Biens de l'Eglise aux povres appartiennent.

Se prelatz ont de patrimoine assez *, Bien a'eglise ne sont point amassez Pour les nourrir, ou contre raison vont.

Il y en a qui ne sont point lassez Prendre et ravir des vifz, des trespassez; - Telz gens larrons et sacrilèges sont :

Aux povres gens aucuns biens ilz n'en font'.

Et cuydent uz devant Dieu estre quittes.

a. Johannis, X : Bonus pastor animam suam dalprombus suis,

b. Hieronimus : Qui bonis parentum et opibus sustentari possunt, si quod pauperum est accipiunt, sacrilegium pro~ fecto incurrunt et committunt.

c. Bernardus : Clamant famelici et conqueruntur : Dicite, pontifices, infreno quidfacit aurumi Nobis crudeliter subtrahitis quod inaniter expenditis.

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Sainct Augustin sur ce point les confont De luymesmes en parlant aux hermites.

« J'ay des parens , dit il , qui par fallace » Me demandent que des biens je leur face , » Et toutesfois , je y vueil bien résister, » Car Dieu m'a fait de son bien ceste grâce » Oue par rigueur, flaterie ou menace » Ilz ne m'ont sceu oncc|[ues suppediter. »

Ung prélat doncques qui se veutt acquiter Biens d'église à povres gens délivre , A son poyoir les doit solliciter Et les nches de leurs biens laisser vivre*».

Or voyons nous tout le contraire faire :

Aux povres gens on ne veult satisfaire *, Pour le présent n'ont support ny audace Fors les oigotz qui veullent contrefaire Les gensdevotz, et ont pensée contraire Dedens leur cueur qui > ne monstrent en face ; Par flater ont d'aucuns prelatz la grâce Secrettement , par leurs subtilitez , Aucuns blasment pour couvrir leur fallace Et eslièvent plusieurs nouveiletez

Las ! nous voyons peu de prelatz prescbeiirs Qui résistent ne qui soyent empescheurs Ceubc qui gastent et destruisent la foy<^.

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