LÀ LOY PAYENNE
Mon nom, çiue çhascun voyt reluyre, N'est pas aisé à abesser.
Se xrestiens viennent pour me nuyre, Hz n'auront ioysir d'eulx enfuyre; Soubz ma main les feray passer.
Le Capitaine.
Si sont-ilz prestz de commencer L'assault, pour nous faire domaige.
Hz viennent pour vous ©presser, Loy païenne, et vous offencer.
Se sur vous ilz ont l'advantaige.
La Loy payeniie.
Aidez-moi à ce cas, Oultraige.
GULTRAIGE.
Aultre chose je ne demande.
Le Capitaine.
Il nous fauit' garder le passage.
Oultraige.
N'ayez soucy, je.feray raige.
120 Gringore. [2642
Le Capitaine.
L'armée des Françoys est très grande.
La Loy payenne.
Si n'esse pas preste viande Que Darayette pour Françoys.
Oultraige.
S'ilz viennent, ilz payront l'amende; Car je suys content qu'on me pende S'ilz ne meurent à ceste foys.
Le Capitaine.
Nouî sommes fournys de hamoys, Et de fer bastons innombrables, D'arbalestes et d'arcs turquoys Pour combatre princes et roys.
Tant soient-ils puissans et terribles.
La Loy païenne.
Nous ferons choses impossibles Par nostre Oultraige.
Le Capitaine.
N'en doubtez.
Si sont Françoys gens redoubtez, D'eulx sommes desprisez, hays, Mais gens dehors de leur pays Sont à demy vaincus.
Oultraige.
Bon cueur. ' J'ay espoir que je face honneur A la Loy payenne aujourduy.
Le Roy Loys.
Je cuyde qu'il n'y ait celuy
2664] Vie Ms s. Loys. 121
Qui ne soit tout prest de combattre Les Turcs.
Chevalerie.
Il n'en fault-plus débatre; Nul ne tire le cul arrière; Vous povez bien veoir la bannyère De France desplpiée en somme.
Les Prelatz.
Chevallerie, il n'y a homme, Tant sécuUîer comme d'église, Qui n'ait toute espérance mise A combattre les infidelles, Car à Jesuscrist sont rebelles ; Assaillis soient de bonne sorte
Le Cardinal.
Le fust de la vraye croix je porte Pour mes armures et deffences.
Le Roy.
Chevallerie, à dilligences Assaillons tost nos ennemys, Et qu'on n'ait point les cueurs faillis; Enténdez-vous.
Chevalerie.
Bien, très cher sire; Aultre chose je ne désire Sy non de leur livrer l'assault.
Le Cappitaine.
Oultraige, deffendre nous fault La Loy Payenne à ceste foys.
La Loy payenne.
A l'assault! Vécy les Françoys
Qui nous assaillent asprement; Frappez sur eulx si rudement Quilz soient desconfis.
OULTRAIGB»
Tost, aux armes.
Nobles païens, monstnez-vous fermes; A ce cop il en est sayson.
Chevallerie.
A mort! à mort!
Lfi Cappitaine.
Contre raison Vous nous venez Tassault livrer.
La Loy païenne.
De noz lieux nous cuidez priver, Mais il ne sera pas ainssy.
Ung seul n'ien prendrons à mercy, Se nous, en avons le dessus.
OULTRAIGE
Vive Pkito.
Chevallerie.
Vive Jésus, Qui est le saulveur des humains!
La Loy payenne.
A mort! à mort!
Chevallerie.
Sur ses villains, Il est saison au'ôn lés assaille ; Frappons et d'estoc et de taille.
Icy se fait une bataille ^des Xrestiens contre les Turcs; mais les Turcs s'en fuyent enfin , fors le Cappitaine qui fut tué.
La Loy payei<(Ne.
Fuyions, fuyons, fuyons, fuyons; Retirons-nous en Damyetté.
OULTRAIGE
Le sort sur nous tumber voions; Fuyons, fuyons, fuyons, ftiyons.
Le Roy.
La bataille gagnée avons; Dieu est pour nous, sans plus d'enqueste.
La Loy payeSne.
Fuyons, fuyons, fuyons, fuyons; Retirons-nous en Damyetté.
Le Roy.
Louons Dieu de ceste conqueste ; Noz ennemys s'en sont entôuys.
Si devons estre resjouys Avec Dieu.
Le Cardinal.
Pour le plus ùtille.
Il nous fault entrer en la ville De Damyetté.
Chevallerie.
Nous feronst Ceste nuyt nous refrescherons; Puis demain sera assaiUye.
Le Roy.
Vous dictez bien, Chevallerie, Pour ceste nuyt auront respit.
La Loy payenne.
0, que i'ay au cueur grant despit!
124 Grinûore. [2721
Je crève de dueil et de raige,
Quant je n'ay sceu par mon Oultraige
Livrer à mort tous ces Xrestiens.
Oultraige.
Sy nous fault-il trouver moiens, Loy paienne, de nous saulver.
La Loy payenne.
Quant au regart de nous trouver En Damyette, c'est foUye ; Car demain sera assaillye Asprement, j'entends bien le cas.
Oultraige.
Fouyr fault plus tost que le pas, Car nous sommes pugnis à honte.
La Loy payenne.
Retirons-nous tous à Mauconte; C'est une très bonne fortresse.
De nous tenir cy c'est simplesse; Très mal y sommes assurez.
Oultraige.
Loy payenne, vous decherrez; Bruit aura le nom de Jésus.
La Loy payenne.
Le Souldan me remettra sus; Car il est très puissant et fort.
Le Roy.
Il nous fault faire nostre effort D'assaillir Damyette.
Chevallerie.
A tout Aujourd'huy en viendrons à bout,
274?] Vie Ms S. Loys. 125
S'il plaist à Jésus.
Les Prelatz.
Messeigneurs, J'ay aperceu des Turcs plusieurs Fuyans dehors de ceste ville.
Tous ^'en sont allez, filz et fille, Se croy-je, de peur de Tassault.
Le Roy.
S'il est en ce point, taitt mieulx vault.
Allons y veoir, Chevallerie; Les Turcs sont plajns de tricherie, Gardons-nous bien de leur finesse.
Chevallerie.
Les chercher icy c'est simplesse.
On ne séroit trouver en somme En la ville femme r.e homme ; Entrer y povez hardiment.
Le Roy.
J'en remercye très humblement Jesucrist nostre créateur; Car, sans luy, tout nostre labeur Nous proffiteroit peu ou rien.
Devotz Prelatz, vous scavez bien Que payens, par leurs façons folles.
Ont misez aux temples ydoUes, Où deust estre mis et posé Le crucifix; j'ai proposé Que des ten^les, par bonnes guyses.
On face dévotes églises.
Pour servir Dieu de cueur loyal.
La charge en aurez. Cardinal ; Mais nous serons en la présence.
Sire, je feray dilligence De ses ydolles mettre en bas; Vous me avderez, les Prelatz, S'il vous pkist.
Les Prélatz.
J^enlsuis bien content, Car mon couraige ne prétend Qu'a faire à Jesucrist service.
Le Cardinal.
Pluto, qui fut plain de malice, Les folz paiens ont vouUu mettre Où le crucifix devroit estre; Mais tantost changera de pl^ce.
Les Prelatz. • Pour leur erreur et folle audace Hz ont mis Venus,, la déesse Des amoureux, où la princesse Dés cieulx, c'est la Vierge Marie, Devroit estre.
Le Cardinal.
Et je vous prie Que ses ydolles nous cassons ; Pas n'est requis que les lessons, • Car trop y auroit de faintises.
Les Prelatz.
Des temples nous ferons églises - Et d'ydolles devotz ymaiges. ' Cy mettent en bas les ydolles et en font des ymaiges. ^ - Le Roy.
Qu'on réserve- tous noz bagages
2795] Vie Ms S. Loys. 127
En la ville de Damyette, Car il fault que je vous y trette Cest yver cordiallement,
Chevallerie.
Joyeusement Me maintiendray en servant Dieu.
Tandis penserons en quel lieu Fault aller affin d'assaillir Noz ennemys; car, sans faillir, Sur eulx feray mainte sailiye, Et leur Loy payenne assaillye Sera, devant qu'il soit ung an. >
Le Roy.
Nous yrons en Jérusalem, Se Dieu plaist, visiter la place, Où Jésus, par sa saincte grâce, VouUut endurer mort cruelle, Espérant la gloire étemelle Avoir après nostre trespas.
. Chevalerie.
Nous ferons doncques nostre cas En Damyette par droicture.
Que s'il advenoit d'aventure,' * Quant nous serons saillis dehors, Que ne fussons pas les plus fors, Seroit pour y faire retraicte.
La Loy payenne.'
Nous avons perdu Damyette, Sire, car le Roy des Francoys Y est entré à ceste foys.
128 Gringore. [2817
Comme hardy, puissant et fort, Dont j'ay au cueur tel desconfort Que mon espérance est faillye.
N'ayez pas peur d'estre abollye, Loy payenne, ma chère amée; De moy estez plus estimée Que tous mes grans trésors mondains.
La Loy païenne.
Du Roy de France je me plains, Qui me pourchasse grant dommaige.
Je n'ay onc sceu par mon Oultraige Luy faire quelque déplaisir.
OULTRAIOE.
J'ay bien cuydé le Roy saisir Et murtryr sa Chevallerie:
Mais ilz congnoissent l'inaustrie De. la guerre, myeulx que ne fais.
Le Soudan.
J'ay gens preux, hardis et parfais En armes, qui les assauldront ; La Loy payenne soustiendront Juc' au mourir.
La Loy payenne.
C'est ung grant point.
Le Soudan.
Moy mesmes me suis mys en point Pour luy faire peine et dommaige. .
Oultraige.
Je vous y ayderay.
28}7] V4E Ms s. LoYS. 129
Le Soudan.
Oultraige, Tu seras tousjours avec moy, Affin que la païenne Loy Soit en triumphe entretenue.
La Loy payenne.
Je suys à vous très fort tenue; Sans vous seray morte et deffaicte.
Le Soudan/ Les Françoys sont en Damyette, Toutes foys qui est ung grant cas, Mais je crois qu'ilz n'entreront pa& A Mauconte par ce moien.
La Loy payenne.
Très hault et puissant terrien, Tousjours à vous me recommande.
Le Roy.
Chevallerie, je demande S'il seroit bon livrer la guerre Aux paiens, pour la sainte terre De Jérusalem visiter.
Chevallerie.
Touchant moy, ne vous fault doubter Que mon plain devoir je n'en face.
Le Cardinal.
Quant il vous plaira qu'on desplace, Ne le fault que commander, sire.
Les Prelatz.
Celuy n'y a qui ne désire Gringore II. 9
ijo . Gringore. [2858
A servir vostre Magesté; Tout est prest et bien appointé Pour partir.
Le Roy.
Sus, Ghevallerie, Marchez, afïin que chascun die Que n'avez pas couraige iasche.
Ghevallerie.
Cher sire, je vueil bien qu'on saiche Que je suys bien deslibérée.
Le Roy.
Vecy une forte conttée A passer.
Ghevallerie.
Serrons-nous ensemble ; Gar certes, ainsy qu'il me semble, Les Turcs ne sont pas loing d'icy.
Le Roy.
Jhesus ait pitié et mercy De ses bons loyaulx serviteurs.
Mes amys, eslevons noz cueurs Vers le ciel très dévotement, Priant à Jésus humblement Qu'au besoing nous face secours.
La Loy payenne.
Me lerrez-vous mettre en decours.
Puissant Soudan?
Le Soudan.
Tost, tost, Oultraige, En armes, au guet, au passaige, ' A l'assault. Comment? Dormez-vous?
288i] Vie Ms S. Loys. iji
OUltraïge.
Prest suys de départir des coups A ses Xrestjens abhominables.
Le Soudan.
Sur eulx tost; de par tous les dyables;
Nous pourrons bien trop atendre; Escarteler les fault et fendre Ainsy qu'une bûche de boys.
Le Roy.
Nobles, hardis et preux Françoys, Faictez honneur et gentillesse; Monstrer fault vostre hardiesse A ce cop cy, Chevallerie.
Chevallerie.
S'il plaist à la Vierge Marie, Je n espargnerày point mon corps.
Le Cardinal.
Sarrazins saillent de leurs fors, Et nous cuydent tuer ou prendre.
Les Prelatz.
Prenons cueur; il nous fault deffendre; Aultrement nous serons perdus.
Le Roy.
Mes enfans, au nom de Jésus, Que chascun se face valoir En monstrant que de bon vouloir Aymez Jésucrist vostre maistre. - En la bataille je vueil estre Le premier; nully n'ea estrive, Et qui m'aymera sy me suyve.
132 Gringore. [2900
Icy se fait une aspre bataille; mais les Sarrazins prennent lafuyte et se recollent.
Le Cardinal.
L'assault a esté fort divers.
Chevallerie tout au travers De la bataille c'est frappée.
Et jamais n'en fiist eschappée, Si n'ust esté la grâce Dieu.
Le Roy.
Sarrazins se sont en leur lieu Retirez.
Chevallerie.
Hz ont eu la pire.
En dangier avez esté, Sire, En ce cruel et dur assault.
Le Roy.
Jesuscrist sçait ce qu'il nous fault; Ses amis ne lesse au besoing.
Les Prelatz.
Les Sarrazins ne sont pas loing; En trayson nous cuydent surprendre.
Le Cardinal.
Nostre cas il nous fault entendre ; Car nous en avons bon mestier.
Le Soudan.
Le Roy de France est routier Touchant la guerre ; mais il fault En secret luy livrer l'assault; Aultrement point n'en chevirons.
2921] Vie Ms s. Loys. 133
La Loy païenne.
Luy et son ost affamerons Qui me croira.
Comment?
La Loy.
Oultraige Fera le cuet sur le passaige, Qui garaera qu'on ne leur porte Des vivrez en aucune sorte; Parce point ilz seront vaincus.
Le Soudan.
Soit fait comme avez conclus ; Vostre oppinion est très bonne.
Oultraige.
Se les Françoys bien je n'estonne, Au diable soy-je, corps et âme.
Hz ont fait maint reproche et blasme A la Loy payenne; jamais N'eschapperont, je vous promectz, Tant qu HZ soient trestous mors ou pris; En la malheure ont entrepris De venir cy, propos final.
Chevallerie.
Vray Dieu, que j'endure de mal!
Helas, helas, quelle douUéur M'est prise! Haa, povre cueur; Terriblement suys afoiblie.
Le Cardinal.
Las, qu'avez-vous, Chevalerie?
1)4 Grimgore. [294^
Chevallerie.
Vous devez scavoir que j'endure Une douUeur, voire si dure, Qu'oncques il n'en fut ia pareille.
Mon mal nuyt et jour me resveille Tant que ne puys prendre repos.
Le Roy.
Or suy-je de santé forclos.
Tant souffre de mal et d'engoise Qu'impossible est qu'homme congnoise La douleur que sur mon cueur porte.
Les Prelatz.
Sire, il faut qu'on se reconforte; Supportez vostre seigneurie.
Le Roy.
Hélas!
Les Prelatz.
Vostre Chevallerie Est malade pareillement.
Le Cardinal.
De vous tenir cy longuement Il me semble aue c'est simplesse A vostre excellente noblesse, Veu le mal qu'avez et soucy; Vostrç Chevallçrie aussy Voyons, qui est mal disposée; La vérité présupposée, En danger sommes dans ce lieu.
Le Roy. ,
Las, qu'est-il de faire, vray Dieu.
açés] Vie Ms S. Loys. ijs
Les Prelatz.
Qui plus est, prince très humain, Voz gens d'armes meurent de feim Et voz chevaulx enmy la place, Puys Sanazins, par leur falace Et leur Oultraige furieux, Font garder les places et lieux Par où on doit apporter vivrez.
Le Cardinai^.
y Affin que nous soions délivrez De ceste peine, le railleur Est nous retirer, cher Seigneur, En Damyette à saulveté.
Les Prelatz.
Vous sçavez qu'en nécessité Se fault aider au mieulx qu'oit peult.
Le Roy.
Loué soit Dieu, puis qu'il le veult.
Le Cardtnal.
\\ fault de deux maulx, très cher Sire, Qui est saige, éviter le pire; Son prouffict on doit désirer.
Le Roy.
li nous fault doncques retirer En Damyette.
Les Preutz.
C'est le myeulx.
Le Roy.
loué soit le Roy des cieulx.
Puys qu'il luy plaist, vous en yrez Devant, Cardinal, et direz,
[^6 Gringore. [2984
S'il vous plaist, toute la fortune A noz Gens d'armes et Commune, Affin qu'ilz prient Jésus pour nous.
Sire, je prens congé de vous Et de vostre Chevallerie.
Icy itn va le Cardinal en Damyette.
Le Roy.
AflBn que sauvons nostre vie, En Damyette nous convient Retirer, puys qu'il ne nous vient Nulz vivres.
Les Prelatz, Sire, vostre train Meurt de peste ou périt de fain ; C'est pitié que d'estre en vostre ost; 1
Par quoy fault partir le plus tost I
Qu'on pourra.
Le Roy.
Partons à ceste heure, Car de faire ycy long demeure.
Cela nous pourroit beaucop nuyre.
Cy s'en vont.
Oultraige.
Les Françoys s'en veuUent tous fiiyre; Je le voys, je le congnoys bien.
Le Soudan.
Il est vray.
La Loy payenne.
Il ne ment de rien; Leur ost est levé, sans doubtance.
5004] Vie Ms S. Loys. 137
Le Soudan.
Gens qui fuyent n'ont plus puissance; Nous avons sur eux Tavantaige.
Qu'ilz soient assaillys par OuTtraige; Qu'Oultraige en soit le poursuyvant.
OULTRAIGE
Suyvez-moy; je m'en voys devant; De leurs meifais seront repris.
Le Roy.
Nous serons tous tuez ou pris, Se Jesuscrist ne nous fait grâce.
Chevallerie?
Chevallerie.
Je suy si lasche Que ne me séroys revencher.
Les Prelatz.
Hélas, nous voyons aprocher L'Oultraige des Turcs.
Chevallerie.
Il ne fauit Pas nous lesser prendre d'assauit.
Non obstant ma povre foiblesse, Honneur feray à gentillesse, Priant Dieu que f ay son confort.
OULTRAIGE
A mort, traistres, à mort, à mort; Vous ne l'aurez pas davantaige.
Le Soudan.
Hardiment dessus eulx, Oultraige, Frappez et mettez tout par terre.
Ij8 GRINGORE. [}022
Je leur foumy mortelle guerre.
Ycy bataillent longuement, et puys le Ray, les Prelatz et Ckevauerie sont prins prisonniers par les Turcs.
Le Soudan.
Prins estes, Françoys voyaigiers; Soubz ma mercy nous convient mettre.
Le Roy.
Puys qu'aultrement il ne peult estre, Il nous fault prendre en pacience.
Le Soudan.
Qu'i soient en toute dilligence Menez au diasteau de Mauconte.
Oultraioe.
Hz y seront, à leur grant honte Et rei>roche, menez soudain.
Cheminez, cheminez, villain.
Cy crachent au visage des Xrestiens,
Le Roy.
Vous povez congnoistre TOutraige Des Païens, qui crache au visage Des Xrestiens nobles Françoys.
Oultraige marche sur la croix.
Vellà, en despit de la croix Où vostre Dieu fîist estendu, Cruxifié et puys pendu, Que je marche dessus ycelle.
Le Roy.
C'est Oultraige.
}046] ViÉ Ms S. LOYS, i}9
Chevallkrie.
La chose est telle; Mais force nous est d'endurer.
Ung temps ne peult toujours durer; Dieu nous aidera quelque foys,
m Soudan.
Qu'on uaicte le Roy des Françoys Honne^tement, car je le vueil, Qui qu'en ait desplaisir ou dueil; Car Fortune en tel affaire Pourroit bien de moy autant faire.
Comme il permet faire de luy.
Le Roy.
Je voutsisse dire aujourduy Mon service avec les Prelatz.
Cà, tost, mon livre.
Les Prelatz.
Il n'y est pas.
' Sire, vous povez bien sçavoir Qu'est impossible de l'avoir.
On l'a perdu durant l'assault.
Le Roy.
Glorieux Dieu, qui es là haut Régnant en triumphe étemelle, Tu sçays et congnoys assez quelle Voulienté j'ay de te servir Et, pour ta çAce deservir, Louer ton saint nom je désire.
Les Prelatz.
Vostre livre est perdu, cher Sire ; Plus n'en fault taire mencîon.
Dictez vostre devocion
140 Gringore. [J072
Par cueur, aînsy que pourrez Êdre.
Au doulx Jesuscrist puisse plaire L'escrince que je luy feray.
Humblement m'acenouilleray, En le servant du bon du cueur.
Icy voit son livre sur une scabelle devant luy.
qu*esse-cy, doulx Créateur?
qu'esse-cy, Saulveurdu monde?
puissance très pure et munde, Exellente et très vertueuse, Tu rens ma pensée plus joyeuse Beaucop qu^il n'a eu de courroux.
Mes bons amys, regardez-vous La grâce que Jésus m'a faicte.
Chevallerie.
Vécy une chose parfaicte, Vécy miracle, sans doubter; Ainsy que chacun peult noter, Ce livre, par la grâce Dieu, A esté transmis en ce lieu Et n'y estoit point à ceste heure.
Les Prelatz.
C'est miracle, la chose est seure ; ' Dieu luy a envoyé son livre A celle fin qu'i se délivre De le servir; ce n'est pas fable; Son service prent acceptable; Devant chascun l'ose bien dire.
Le Roy.
Que pour meshuy on se retire;
3082] Vie Ms S. Loys. 141
Je congnoys qu'il en est saison.
OULTRAIGE
Pas n'aurez estroicte prison.
Mais voz gens seront aultrement Traictez que n'estez sûrement; Je les voys trestous mettre en caige.
Chevallerie.
Les Turcs font faire par Oultraige Aux Xrestiens beaucop de maulx Comme pervers et desioyaulx ; Crestienté est estonnée.
Suffise vous pour ceste année.
Finis.
RAISON PAR TOUT