LE VU* LIVRE
Le Roy Loys.
i ravons-nous, parroyallespuissances, j Selonraisonfait bonnes ordonnances, [ Et ung Prévost eslu en Paris, somme, > Q^ui se monstre vertueux et saige homme,
Sans justice corrompre par finances;
Rien n'y servent faveurs, ne congnoissânces,
Parens, amys, promesses, dons; le vice
Est corrigé par luy selon justice.
Chevallerie.
Très cher seigneur, comme je puys entendre.
Son compère, puis unç peu, a fait pendre Et son filleul, qui estoient malfaicteurs.
Le Roy..
Larrons, pillars, murtriers, sans plus attendre.
479?] Vie Ms S- l-OYS. 219
On doit pugnir; c^ juge doit prétendre A estre mis avec les correcteurs.
Bon Conseil.
Au temps passé estoient des inventeurs Qui justice metoient en piteux point; Ce Prévost cy telles gens n'ensuit point.
Le Roy.
Bon Conseil et ChevaUerie, Aprestez vostre seigneurie:
Car aller vueil, sans plus debatre, Parmy la ville, pour m'esbatre Et passer ung petit le temps.
Bon Conseil.
Faire vostre plaisir prétends , Cher Sire.
Chevâllerie.
Nous vous suyvrons; Par tout où vous plaira yrons, Comme sommes tenus de faire; Aussy certes le PopuUaire A vous veoir prent affection.
Le premier Forestier.
Avons-nous point intention De nous resjouyr ung petit ?
Le ije Forestier.
D'aultre chose n'ay appétit; Car dedens ses boys il m'ennuye.
Vray est que gaignons nostre vie A estre forestiers ycy; Messir' Enguerran de Coucy Nous en donne de très bons g^iges.
Le premier Forestier.
Aussy gardons-nous les passaiges En tous temps^ en toute saison, Qu'on ne robe sa venaison Ne son gibier; velà le cas.
Le ije Forestier.
Allons, par manière d'esbas Pour récréer noz esperitz, Passer temps jusques à Paris; Tousjours estie au boys Ton s'ennuye.
Le premier Forestier.
Tu n'yras pas sans compagnye ; Je te suyvray très voulentiers.
L'Abbé de S. Nicolas.
Or çà, mes gentilz escuiers, Aprenez-vous bien le langaige De France?
Primus.
De très bon couraige, Père Abbé, tachons de Taprendre.
L'Abbé.
Enffans, je vous ay vouUu prendre En ma garde; or je congnoys Qu'allez bien souvent en mon boys Où à chasser prenez deduyt; Noblesse à cela vous instruict.
Pour le vous donner à entendre La chasse ne vous vueil deffandre; Mais vueil que prenez vostre esbat En chassant aussy; c'est l'esbat De Gentillesse.
48j7] Vie Ms S. Loys. 221
Secundus.
Nousyrons En la forêt, et chasserons Seulement aux petis conyns.
L'Abbé.
Enffans gracieux et begnins, Je vous piy que monstrez le lieu D'ont estez venus, servans Dieu, Qui a sur tous humains puissance.
Secundus.
Selon vostre bonne ordonnance Nous ferons, s'il plaist à Jhesus.
L'Abbé.
Toutesfoys, enfans, j'ay conclus Qu'estudirez premièrement Qu'aller à l'esbat.
Primus.
Aultrement, Père Abbé, ne voulions parfaire.
Secundus.
Aussy, comme il est d'ordinaire, Ferons, et puys yrons jouer.
^ L'Abbé.
Tant plus en serez à louer. Mais que ne perdez point saison; Les enfans de riche maison Et noble doyvent estre doulx.
Secundus.
Bon père Abbé, nous sommes tous Prestz de faire vostre plaisir.
222 GrINGORE. [4855
Le premier Forestier.
Cuyde-tu que j'ay grant désir De trouver quelque compaigtrie.
Le ije Forestier.
Geste ville en est bien garnie.
As tu peur que soyons seuiletz ?
Le premier Forestier.
Se quelques nyais nyveletz S'adressent à nous...
Le ije.
Je suppose Que, s'ilz apportent quelque chose, Qu'ilz ne le remporteront pas.
Le premier.
Je croy que velà nostre cas.
Le ije.
Quiest-îi.?
Le premier.
Je ne le congnoys.
Mais je croj que c'est ung Bourgois De Paris bien délibéré.
Le ije.
11 est honnestement paré A tout le moins.
Le premier.
Dieu vous gard, Sire.
Le Bourgoys.
Et que veuUent les gallans dire.?
Le ije.
Passer le temps et nous esbatre
4867] Vie Ms s. Loys. 22}
Joieusement et sans débattre, En despendant le nostre argent.
Le Bourgoys.
C'est parlé de couraige gent.
Puys qu'avez la bource gârnye Vous avez trouvé compagnie ; Il ne vous fault que mettre icy.
Le PREMIER.
J'en suys contend.
Le ij«.
Et moy aussy.
Faictez ainssy que l'entendez.
Le Bourgoys.
Passons le temps.
Le premier.
A quoy?
Le Bourgoys.
Aux dez.
Le ije.
Je le vueil.
"Le premier.
Et j'en suys d'acord.
Le Bourgoys.
Par le sang Dieu, sy suys-je; au fort Jouons; plus ne soit barguygné.
Le ije.
J'aurai tost perdu ou gaigné.
Le premier.
L'un de nous sera eschsuldé.
Le Bourgoys.
Jouons à qui aura le dé.
Hz gettent l'un après Vautre le dé.
Le premier forestier.
C'est bien dit ; or y advison.
Le ije.
Il est à moy.
Le Bourgoys.
C'est la raison; Je n'y metz aucuns contreditz.
, Le premier.
Gecte hardiement.
Le ije.
Et de dix.
Quinze, ou dix, ou chause; j'ay treize.
Le Bourgoys.
Gecte lay du tout à ton aise; Car je ne sçay pas bien compter.
Le ije Garde n'ay de te mescompter.
Le Bourgoys.
Cette tout en paix, se tu veulx.
Le ije.
Tu l'as perdu; j'ay cinq, trois, deux; C'est à moy, j'ay gaigné ce gieu.
Le Bourgoys.
Et s'ay mon; qu'en despit de Dieu Je pairay bien cher ton escot.
Le Roy Loys.
que velà ung villain mot!
45oi] Vie Ms S. Loys. 225
Que ce mot me desplaist, hélas!
Despiter Dieu, velà ung cas Qui doit par droit estre repris.
Hérault d'armes, tost, qu'il soit prins, Et admené en jugement Devant moy.
Le Hérault.
Tout présentement Je mettray la main dessus luy.
Le Roy.
Je luy monstreray aujourduy Qu'if ne doit ainssi blasphémer Le nom de Dieu, qu'on doit amer Comme soy-même; c'est la loy.
Le Hérault.
Je vous fais prisonnier du Roy.
Le Bourgoys.
Prisonnier, et pour quelle cause?
Le Hérault.
Il fault venir à peu de pause Parler au Roy.
Le Bourgoys.
Cecy m'estonne.
Aussy la raison j est bonne ; . Car vous avez fait aujourduy Ung villain serment devant luy Qui luy desplaist.
Le Bourgoys.
C'est par chaleur.
Gringore II, 1 5
226 Gringore. [4523
Le Hérault.
Baillez au Roy quelque couleur Que vous vouldrez pour votre excuse.
Le Bourgoys.
Aller devant luy ne reffuse.
Le Hérault.
Et aussy ne sauriés-vous.
Marchez avant.
Le premier Forestier.
Retirons-nous En nostre boys, mon compagnon.
Le ije Forestier.
Je le vueil bien; car ce miçnon, Qui jouoit avec nous aux dez, Est, affin que vous l'entendez, En grant dangier de sa personne.
Le premier.
Fortune ne luy est pas bonne, Et aussy il ne devoit point Despiter Dieu, velà le point, Veu qu'on ne luy faisoit nul tort.
Le Roy c'est courroussé très fort D'un Bourgoys, qui publiquement A fait ung très viilain serment; Par devant luy le fait mener.
Le vouldroit-i1 bien condampner A souffrir peine pour cella.?
Vrayment j'yray veoir jucques là Qu'il en sera dit.
4t49] Vie Ms S. Loys. 227