MONSEIGNEUR SAINCT LOYS
La Royne Blanche.
era point France sans envye?
Seront tousjourstraistres en cours jPour troubler Tes royalles cours?
Las, la paix est dfe nous ravye.
Sainct Loys.
Ma mère, ma très doulce amye, Nos parens cuîdent toiry les jours Mettre nosjre bruyt en decours ; Lâchement ont la paix bennye.
Chevallerie.
Sera point France sans envye, Sans que |>rinces, en villes, tours, Usent de si deslo^^aulx touss> Abolissant leur seigneuvie?' Sera point Franee sans envye?
28 Gringore. [559
La Royne Blanchi.
A, ma Dame Chevallerie,
Le Roy Loys plain de noblesse,
Au temps présent, je vous affie,
Si a mamte partie adverse;
Mais, moyennant vostre proesse,
J'ay bon espoir que l'honneur gaigne.
Chevallerie.
Je monstreray ma hardiesse Portans des fleurs de Hz l'enseigne.
Le Roy Loys.
Pierre Mauclerc, Duc de Bretaigne, Hue, Conte de la Marche, aussy Et Thibault, Conte de Champaigne Pour me nuyre sont en soulcy.
. La Royne Blanche.
Mon filz Loys, il est ainsi Qu'ilz ne tachent certainement Qu'à avoir le gouvernement De vous; vellà ce qu'il les meult.
Le Roy Loys.
Il me semble que Dieu ne veult Pas qu'à iceulx je m'abandonne.
Aussi la rayson y est bonne; Se gouvernement leur donnoye.
Mon povre peuple destruyroye; Car bien souvent les gouverneurs Des roys appètent grans honneurs; Pitié du popullaire n'ont; Sans Conseil leurs besongnes font; Et tousjours vueil selon la loy
583] Vie Ms s. Loys. 29
Avoir Bon Conseil avec moy; C'est mon principal gouverneur.
Bon Conseil.
Très noble et redoubté seigneur, Se par moy vous vous gouvernez, Hardiment asseur vous tenez ,
Que sur tous aurez sei^eurie ; Vous avez la Chevallerie Du peuple qui vous aydera.
La Royne.
Vostre peuple vous secourra Contre les princes de bon ceur ; En la fin n'auront jà honneur De vous voulloir la guerre faire.
Où es-tu allé, PopuUaire?
Le Popullaire.
Ne soye de riens estonné.
Je suis armé, embastonné; Pour combatre voz ennemys, Sire, je me suis en point mis De bon ceur et de bon couraige.
Bon Conseil.
Le Duc de Bretaigne fait raige De fortiffier ses chasteaulx.
Et vous peult faire de grans maulx, Se n'y remédiez de bref.
Le Roy Loys.
^ Comment en viendrons nous à chef.?
Sans Bon Conseil je ne faîîfrien.
30 Gringore. [608
Bon Conseil.
Sire, Yousfen dievirez bien; Puis qu'à moy vous vouliez submettre, Vous serez leur seigneur et maistre, Et, à peu de dilacion, Les mectrez en subjection, Mais que (le bref les assaillez.
Il est requis que leur baillez L'assault, et que les deffiez Devant qu'ilz soient fortiffiez; C'est le remède que j'y voy.
Chevallerie.
Je suis preste, quant est à moy.
De leur aller donner l'assault.
Je vous prometz qu'il ne me fault Fors que dire : c< Marche devant », Car je suis ung droit poursuyvant.
Rien n'est que pour le Roy ne face.
Le Roy Loys.
Sans plus arter à ceste place, Partons; Dieu nous vueille conduire.
Et tous noz ennemys réduire A raison ; car, sans que m'estonne.
J'y vueil aller^ voyre en personne, La chose n'en vauldra que mieux.
La Royne Blanche.
Jhésus très puissant, glorieux, Te vueille aider en ton affaire.
Le Roy Loys.
Ma mère doulce et débonnaire,
é}4] Vie Ms S. Loys. 31
Je congnois bien que par nature Vous m'aymez, et selon Nature Me vouliez régir et conduire.
'Qui esse qui nous pourroit nuyre, Puisque Dieu est nostreadjucteur?
La Royne Blanche.
Or as-tu maint ccmtradicteur,
Mon cher enfFant, en ta jeunesse,
Et ceulx mesmes te font opresse
Qui te deussent, pour abréger,
En tes affaires soulagier.
Tes principaulx chamelz amys
Se monstrent mortelz ennemys
De ta rojalle magesté.
S'il te vient quelque adversité,
Je mourray de dueil et courroux.
Le Roy Loys.
Moyennant Dieu, ilz seront tous Mis en subjection, ma dame ; De les combatre n'auray blasme Puis qu'à moy se monstrent rebelles.
La Royne Blanche.
Il n'est haynes si très mortelles Que d'amys. Par quoy il te fault Penser, en leur livrant Tassault, Comme tu les mettras au bas.
Le Roy Loys.
Par Bon Conseil fèray mon cas.
Bon Conseil.
Mais que me croyez, en souffrance Mectrez les ennemys de France
32 Gringorè. [658
Et serez parfait des parfaiz.
Le Roy Loys.
Sans vous, Bon Conseil, rien ne fais.
Bon Conseil.
Se les princes contre vous sont.
On congnoist que sans raison font Leur assemblée et par envye.
Le Roy Loys.
J'ay avec moy Chevallerie, Qui leur fera bien leur raison.
Sans que plus icy devison,
Le Duc de Bretaigne vous veult,
Sire, faire du pis qu'il peult.
Prouver le vueil ; notez cela ;
Vostre feu père îuy bailla
Deux chasteaux très puissans et fors,
Quant alla faire ses effors
Contre les Albigois, qu'il tient
Maulgré vous. Ne sçay d'où lui vient
Cest orgueil et presumpcion.
L'un est Sainct Jacques de Buvron,
L'autre la Vevesme, et s'efforce
De les munir, affîh qu'à force
Puisse résister contre vjCTus.
Le Roy Loys.
Bon Conseil, et que ferons-nous?
Bon Conseil.
Se vouliez obtenir victoires.
Devant que ses préparatoires
68o] Vie Ms S. Loys. }3
Soient faictes, gu'il soit assailly ; Car il a lourdement failly Contre vostre seigneurie.
Menez vostre Chevallerie A Velesme, où fait résidence.
Le Roy Loys.
Soit fait, Bon Conseil; car je pense Que par vous en viendray à bout.
Bon Conseil.
Donnez dedans, atout, atout; Faictes les à bon sens réduire.
Le Roy Loys.
Allons.
La Royne.
Dieu vous vueille conduire Par sa saincte miséricorde.
Le Duc de Bretaigne.
Princes, vous sçavez la discorde Qu'avons au Roy et qui nous meult Pour ce que gouverner se veult, Par une femme mesmement.
Qui en doit le gouvernement Avoir, veu qu'A est jeune d'aage ?
Le Conte de Champaigne.
Ung homme ancien, preux et saige, A ce seroit très empesché, , Et, sans qu'il en soit plus presché, Je consens à lui faire guerre Mortelle.
Le Conte de la Marche.
Nous pourrons conquerre Gringorc II. 3
Par ce moyen mondains honneurs.
Le Duc de Brctaigne.
Bref, nous serons les gouverneurs Du royaulme, qui qu'en grommelle, Ou au Roy ferons guerre telle Qu'il sera bien tost prins ou mort.
Le Conte qe Champaigne.
Quant est à moy, j'en suis d'accord.
Le Conte de la Marche.
Moy aussi, Conte de Champaigne; A vous, noble Duc de Bretaigne Obéirons, qui qu'en ait dueil.
Le Duc DE Bretaigne.
Conte de la Marche, je vueil, - Se possible est, que nous prenons Le Roy prisonnier.
Le Conte de Champaigne.
Ordonnons Nostre armée. Comme j'entends, Droit avons d'estre maucontans Contre le Roy, sa mère aussy.
Le Conte de la Marche.
Ne soyez de rien en soulcy; Assez sommes puissans et fermes Pour combatre huy ses gens d'armes Et lui faire bien sa raison.
Le Conte de Champaigne.
Princes et barons, advison A nostre cas. Vécy le Roy, En triumphal et noble arroy;
728] Vie Ms S. Loys. J5
A nostre cas nous fault entendre.
Le Duc de Bretaigne.
Nous voicy tous prestz de l'atendre Et lui monstrer nostre puissance, Fièrement au fer de la lance Nous declairant ses ennemys.
Le Conte de Champaigne^ à par soy.
En quel danger me suis-je mis^
Hellas, et qui me meult de faire
Guerre au Roy et au popuUaire?
Je n'y sçauroye avoir honneur.
Le Roy est mon maistre et seigneur;
Je suis son subgect^ quoy qu'on die.
Comment ay-je char si hardie
Faire contre luy resistence?
En effect, quant à mon cas pense,
Il n'y a lyme ne raison.
Serav-je cause que traison
On face à si noble personne,
Et sa mère, qui est tant bonne.
Soit oultragiée par mon moyen.
En effect je n'en feray rien.
Vers le Roy me presenteray
Et humblement luy requërré "
Que pardon et mercy me face.
Chevallerie, vécy la place Qu'il nous fault assaillir.
. Bon Conseil.
Il fault, Premier que leur livrer l'assault,
Gringore. [751
Les sommer.
Chevallerie.
Bon CoTiseil dit bien, Très noble et puissant Roy, combien Que je suis preste d'assaillir.
Le Roy Loys.
Les sommer on ne peult faillir.
Quant la sommation orront Peult-estre qu'ilz s'adviseront Et qu'ilz viendront demander grâce.
Le Conte de Champaigne à genoulx devant le Roy.
Devant la très illustre face Du triumphant prince royal Je me viens purger de mon mal, Requérant pardon et mercy.
Le Roy Loys.
Beau cousin, très bien venez cy; Joyeulx suis de vostre venue.
Le Conte de Champaigne.
Sire,' j'ay ma faulte congnue Et TofFence que j'ay commise.
Faisant contre vous entreprise.
Je m'en repens du bon du cueur.
Désormais, comme mon seigneur Vous vueil servir, à vous me donne. Cueur, corps et biens vous habandonne Pour vous servir et nuyt et jour.
Le Roy.^ En signe de paix et d'amour Je vous vueil beser à la bouche.
77?] Vie Ms S. Loys. î7
' Le Conte de Champaigne.
Prince esprouvé comme or en touche, Très bon, très juste et très puissant.
En toute vertu florissant, Jamais ne vous seray contraire.
Le Popullaire.
Est pas le Roy très débonnaire, Quant il appette paiz avoir?
Bon Conseil.
C'est pour ton grant bien, Popullaire; Tu le peulx bien apparcevoir.
Le Popullaire.
Plus tost a vouUu recevoir Le Conte de Champaigne et Brye A mercy, je vous certiffie Qu'il ne luy a sçeu demander.
Les autres vienaront amender Leur forfait, à ce que je voy.
Le Duc de Bretaigne.
Conte de la Marche, je croy Que de bref nous aurons Tassault.
Le Conte de la Marche.
Ha, le traistre Conte Thibault, Conte de Champaigne en effect.
Nous a trahis.
Le Duc de Bretaigne.
Il a mal faict En ce point nous habandonner, Mais point ne se fault estonner Pour cella.
38 Gringore. [795
Le Conte de la Marche.
Plus foibles en sommes ; Car il est l'un des vaillans hommes Qui soient en France.
Le Roy.
Hérault, allez Au Duc de Bretaigne, et parlez A lui hardiment et lui dictes Que, se je faiz sus lui poursuites, Il conçnoistra son fier outraige Et qu'il admaine à bref langaige Le Conte de la Marche tost Avecques luy, ou que mon ost Est préparé pour l'assaillir.
Le Hérault.
Sire, garde n'ay de faillir
A ces paroUes relater.
Je m'y en voix, sans point doubter.
Puis responce vous viendray rendre.
Le Duc de Bretaigne.
Ainsi comme je puis entendre.
Il y aura de la follye.
Le Roy a sa Chevallerie Preste de l'assault nous livrer.
Le Conte de la Marche.
Tacher fault de nous délivrer De ce danger.
Le Duc.
Faire le fault.
8i5] Vie Ms S. Loys. 39
Le Conte de la Marche.
Hé, voicy venir le Hérault De France.
Le Duc de Bretaigne.
C'est il voirement.
S'il veult parler d'appointement, Requis est que Tescoutons tous.
Le Hérault.
Le roy m'envoye par devers vous Vous sommer que vers luy venez Et plus icy ne vous tenez.
Soyez prest à son mandement; Car, se le faîctes autrement.
Il fault que venez en bataille Contre lui et qu'il vous assaille.
Quel responce vouUez-vous rendre?
Le Duc de Bretaigne.
Si nous avons vouUu mesprandre Contre le Roy sans juste cause.
Nous en sommes à peu de pause Les plus courcez.
Le Conte x>e la Marche.
Très vouUentîers Nous monstrerons ses familliers Et yrons, à son habandon.
Parler à luy dedans Chynon, Ains qu'il soit ung moys.
Le Hérault.
Je luy voys Relater; si bon le congnois Que ne serez point esconditz. S'en va.
40 Gringore. [8^9
Le Duc de Bretaigne.
Il failloit user de beaux ditz Affin de faire deppartir L'armée du Roy. Car, sans mentir, Nous ne sommes pas les plus fors.
Le Conte de la Marche.
Il fault prendre le Roy au corps, Soit ou par force ou autrement.
Le Duc de Bretaigne.
Comment se feroit-'ilP
Le Conte de la Marche.
Comment.?
Je vous supplie, laissez moi faire.
Il renvoyera son PopuUaire Et son Conseil, je l'entends bien; Il ne se doubtera de rien.
Tandis nous ferons noz aprestes, Pour incontinent le surprandre; Car de nous aller à luy randre Jamais ne le consentiroie.
Le Duc de Bretaigne.
A grant peine vers luy yroie, Quelque chose que j'aye promise.
Le Conte de la Marche.
Rompue avons son entreprinse; C'est assez; à Chinon ira Passer temps; là nous actendra.
Quant il verra que n'yrons point, A Paris yra, c'est le point; Sur le chemin le guetterons Et facillement le prandrons.
864] Vie M s S. Loys. 41
Puis en ferons nostre plaisir.
Le Duc de Br^aigne.
Je n*ay d'autre chose désir Que le tenir à mon vouUoir.
Le Hérault.
Cher sire, vous devez savoir Que les princes veuUent venir Vers vous, appetans de tenir Ce que vous plaira commander.
Le Roy.
Puîsqu'ilz veuUent paix demander, Je ne leur reffuseray pas; A eulx ne vueil point de debas.
Mais quant sera-ce qu'ilz viendront ?
Le Hérault.
Dedans ung moys ilz se rendront A Chynon, ainsi qu'ilz m'ont dit, Sans mettre quelque contredit A vostre noble vouUenté.
Le Roy.
Hz m'ont par ce point contenté, Tous leurs meflfais je leur pardonne, Et, affin que du cas ordonne, A Chynon me transporteray.
Et tant seullement meneray Avec moy ma Chevallerie.
Bon Conseil, allez, je vous prie, A Paris, et mon popullaire Remenez, et, si j ay affaire De vous, je vous envoyray querre.
Toujours suis prest, sans plus enquerre, De vous conseiller loyaulment.
Le Poï>ullaire.
Ne faictes doubte aucunement Que je n'enploye et corps et biens Pour vous; vostre subject me tiens Et vueil tenir toute ma vie.
S'il y a qui vous contredie, Tant soit-il grant seigneur ou maîstre.
Je luy donneray à congnoîstre Que je suis pour vous secourir, J'aymeroye plus chef à mourir Que je vou^veisse faire oultraîge.
Bon Conseil.
Le Popullaire a bon couraige De vous secourir au besoing.
Le Roy.
Il fauit que prenne cure et soing Le tenir en paix et concorde.
Affin qu'à mes Princes m'accorde Tolallement, à Chynon vois, Espérant me monstrer courtois Envers eulx, car je c/oy ainsi Qu'ilz viendront vers moy à mercy, • De quoy je seray très joyeulx.
Ainsi s'en vont Bon Conseil et Popuiraire à Paris.
La Contesse de la Marche.
Cueur tristre et merencolieux, Esprk perplex et fantastique,
918] Vie Ms S. Loys. 4)
Voulloir, despit malHcicinc, Penser ardant, mdancolicque, Regard oultrageux, basîlicque, Obstinacion indécente Me contraignent d'avoir la picque Contre le Roy; par ma trafricque Luy vueil nuyre sans plus d'attente.
Mon mary, le très puissant Conte De la Marche, ne Tayme pas; De lui obéir ne fait conte; Bref ce lui est reproche et honte Qu'il ne gouverne; s'est le cas; Tousjours ont argu et débas :
L'un contre l'autre. J'ay envye De bref y ouvrer par compas.
Jamais n'auray joye ne souUas Se le Roy n'est privé de vie.
Mon mary verray domyner Après sa mort; quoj qu'on babille Le Roy feray empoisonner; J'ay poisons voullu ordonner Qu'il aura par feçon subtille, • Mais il me fault ung homme habille Et qui sache mon secret taire.
Où estes-vous, mon Secrétaire?
Le Secrétaire.
Ma dame, je ne suis pas loing.
La Contesse de la Marche.
Mon amy, je croy qu'au besoing Vous me vouldrez bien secourir Et servir jusques au mourk, Et qu'il n'est chose, tant soit grande,
44 Gringore. [941
Pourveu que je la vous commande, Qu'el ne soit faicte et acomplie, Par quoy il fault que vous supplie Et requiers que vous me afdiés.
Le Secrétaire.
Très noble dame, commandez Vostre penser sans faulte nulle ; N'ayez pas peur que dissimule - A raccomplir du tout en tout.
La Contesse de la Marche.
S'une foiz en venez à bout Jamais n'aurez faulte de rien, Car je vous feray plus de bien Que ne m'oseriez requérir.
Le Secrétaire.
Ma dame, sans plus enq^uerir Je feray ce qui vous plaira.
La Contesse de la Marche.
Ainsi mon mal s'allégera Et en seray à vous tenue.
Le Secrétaire.
Dictes vostre desconvenue; Obéyr vous vueil par ma foy.
La Contesse de la Marche.
Aller fault à la court du Roy Et trouver moyen d'aprocher De son poisson ou de sa cher, Et mectre des poisons dessus; Entendez-vous?
962] Vie Ms S. Loys. 45
Le Secrétaire.
Jhesus, Jhesus, Que dictes-vous, très noble dame.
La Dame.
Au Deable donne corps et ame, Si vous me faictes ce plaisir, Se n'avez à votre désir Tout ce que sçaurez souhaiter.
Le Secrétaire.
Ma dame, vous debvez noter Qu'il y a danger à ce faire.
La Dame.
Il est vray, mais en cest affaire Conduire se fault saigement.
Le Secrétaire.
Si fait mon, et secrètement; Autrement la vie y pendroit.
La Contesse.
Jamais on ne se doubteroit De vous ; vous estes homme miste.
Délibéré, curialistej Qui «cavez bien vostre entregent.
Oultre plus, véllà or, argent.
En ceste bource que vous baille.
Et n'ayez peur que je vous faille A vous faire biens infinis.
Le Secrétaire.
Les empoisonneurs sont pugnis Souvent; je crains beaucop cella. .
46 Gringore. [988
La Contesse.
Or n'ayez point de peur; vdlà Les poisons que vous gecterez Sur la viande, quant sçaurez Que le Roy en vouldra manger.
Le Secrétaire.
Supposé qu'il y ait dangier, J'entreprendray ceste adventure, Et mettray à dfesconfiture Le plus noble qui soit au monde.
Mais j'ay peur que le mal redonde Dessus moy ; toutes foîz j'yray Et le Roy empoisonneray Se je parviens à mon actaincte.
Le Roy.
Il y a déjà journée mainte Que j'attens les Princes icy Et ne viennent point. Ou'esse-cy?
Entendre ne puis leur affaire.
Hz ont fait mon armée deffaire, Voullans traicter paix avec moy, Toutesfoiz, à ce que je voy, Hz ne m'ont pas tenu promesse.
Le Conte de Champaigne.
Sire, ce seroit grant simplesse A vous de les actendre plus.
J'ay entendu qu'ilz ont conclus De ne venir point devers vous.
Le Roy.
Chevallerie, que ferons-nous?
Savoir fault comment chevirons.
ioo8] Vie Ms S. Loys. 47
CHEVAiLERIE.
Si vous me croyez, nous irons A Paris pour en deviser.
Le Roy.
On ne sauroit mieulx adviser.
Chevallerie, j'en suis content, Car Bon Conseil nous y actant, Qui nous dira qu'avons affaire.
Aussi y* est le PopuUaire Prest a'acomplir ma voulenté.
Chevallerie.
Partons tost, soit dilligenté; Trop long temps ycy atendons.
Le Duc de Bretaigne.
Cousin de la Marche, entendons A nostre cas; comme j'entens, Le Roy s'en va passer le temps A Pans.
De la Marche.
Vous debvez entendre Qu'en chemin le pourrons bien prendre Et saisir au corps.
Le Duc.
Nous yrons Près Lonjumeau et l'atçndrons Afifin de le prandre au passaige.
De la Marche.
Si l'avons à nostre advantaige, De France aurons gouvernement.
48 Gringoré. [1030
Le Duc.
Aussi c'est à nous proprement De gouverner; raison le veult.
, Le Hérault.
Sire, je ne sçay pas que veult Le Duc de Bretaigne et le Conte De la Marche ; ainsi que on conte, Sur le chemin ilz se sont mis En aguet, et sont leurs commis Délibérez de vous surprendre.
Le Roy.
Où sont-ilz.î^
Le Hérault.
Vous devez entendre Qu'ilz vous entendent de pié quoy Près de Lonjumeau.
Le Roy.
Las, je voy Que fidélité n'a plus lieu.
Pensent-ilz point qu'il soit ung Dieu Qui a povoir sur tous les hommes Et que par lui esleuz nous sommes Princes et seicneurs pour régner?
Comment veuTlent-ilz dorayner Sur moy qui suis sacré en oinct?
Hellas, je ne pense point Leur avoir mefFait.
Le Hérault.
Toutes foyz.
Sire, c'est la commune voix Qu'ilz vous prandront, s'il est possible.
1052] Vie Ms S. Loys. 49
Le Roy.
Ilz ont un couraiçe terrible; Hz ont un vouUoir inhumain.
Le Conte de Champàigne.
Gardez de tumber en leurs mains, Car ilz vous feront desplaisir.
Chevallerie.
Hz n'ont garde de le saisir Sans qu'il y ait dure bataille, Et, se quelqu'un vient qui l'assaille, Il ne l'aura pas davantaige.
Le Conte de Champàigne.
Je conseille à peu de langaige, Si vouliez que bien besongnons.
Que Mont le Héry nous gaignons, Qui est une place très forte.
Le Roy.
Vous en parlez en bonne sorte; A Mont le Héry nous yrons, Et puis le Hérault envoyrons A Paris vers nostre Conseil, Qui fera mettre en appareil Le PopuUaire qui viendra Au devant de nous.
Chevallerie.
Il sauldra Incontinent mais qu'il le saiche.
Le Roy.
Hérault, pas ne fault estre lâche,
Partez tost et vous en allez
Gringore IL 4
50 Gringore. [107}
A Paris. Au Conseil pariez, Et luy racomptez tout le cas.
Très cher* sire, n'ygnorez pas Que je ne face diligence.
Le Duc de Bretaigne.
Nous aurons la prééminence Dessus tous, se le Roy prenons.
De la Marche.
Ne doubtez point que ne venons Bien à chef.
Le Duc de Bretaigne.
Je le croy ainsi. • S'une foiz il passe par cy.
Il est à' nous.
De la Marche.
Et qui en doubte.?
Il sera prins, quoy. qu'il nous couste; Car espargner ne le convient.
La Royne Blanche.
On dit que le Roy mon filz vient.
Dont suis très joieuse en mon ceur.
Le doulx enffant est en sa fleur De jeunesse; mais toutes foiz Il est gracieux et courtois Et cramct Dieu, qui est ung grant cas.
Toutesfois il a ung grant tas D'envyeulx, comme on peult savoir.
Qui tachent tous les jours d'avoir
itoo] Vie Ms S. Loys. (i
Du royaulme gouvernement.
Mais je scay que piteusement Il seroit gouverné par eulx.
Noble dame, le Roy des Cieulx Vous préserve d'avercité.
La Royne.
Qu'i a-il? Tost soit recité, Hérault, qu'esse qui vous amaine?
Le Hérault.
Haulte princesse très souvraine, Le Roy à Monlehéry attend Du secours. Ainsi qu'il entend.
Le Duc de Bretaigne et le Conte De la Marche, qu orgueil surmonte, Le guectent près Montlehéry.
De peur d'estre prîns ou péri.
Il s'est au chasteau retiré.
La Royne.
Le Roy a tousjours désiré Faire plaisir à ses *gens là.
Et luy sont traistres. Par cella On voit leur infidélité. .
Mais leur fière crudélité N'exécuteront, se je puis; Car commise à gouverner suis Le royaulme avec mon enffant.
Que ie maintiendray triumphant, Vueiile ou non leur faulx appareil.
Allons par devers Bon Conseil Savoir que nous avons à faire.
52 GRINGORE. [iI22
Bon Conseil.
Très noble dame débonnaire Je ne suis guère loing de vous.
La Royne.
Las, Bon Conseil, comme aurons-nous La sacrée Magesté Royalle, En ceste ville çrincipalle, C'est Paris, qui lui veult complaire.
Il fault avoir le PoçuUaire, Qui l'ira quérir où il est.
Le Popullàire.
Soiez asseur que je suis prest De i^artir pour Palier quérir; Car je doy le Roy secourir En son besoing; c'est la raison.
La Royne.
Oultre plus, il fault qu'advîson Qui conduira cest appareil.
Le POPULLAIRE.
Il fault que ce soit Bon Conseil.
Bon Conseil.
C'est bien dit. J'yray avec vous Et vous mettray en ordre tous ; Par ainsi amenrez le Roy Dedans Paris et son arroy En despit de ses ennemys.
Le Popullàire.
Puis qu'à ce faire suis commis, J'y employray et corps et âme.
1141] Vie Ms s. Loys. 53
La Royne.
Or allez tost.
Bon Conseil.
- Très noble dame, Je vous prie, n'ayez peur de rien.
Le Duc de Bretàigne.
Cousin, nous ne sommes pas bien.
Penser nous fault à nostre affaire; Car j'entens que le PopuUaire De Paris s'esmeut contre nous.
Le Conte de la Marche.
J'en ay au cueur si grant courroux Que a pou que de dueil n'enraige.
Le Duc.
Nous ne l'aurons pas davantaige Pour ceste heure.
Le Conte de la Marche.
Non, bon gré Dieu.
Habandonner nous fault ce lieu ; Autrement nous sommes perdus.
Le Duc.
Nous ne sommes point esperdus Sans cause, car le PopuUaire De Paris est de tel affaire Qu'il ne fauldra jamais au Roy.
Bon Conseil le mect en arroy.
Qui est pour nous malle fortune.
Le Conte de la Marche.
Ce ne seroit riens de Commune,
j4 Gringore. [ii6o
S'elle n'estoit menée, conduicte Par Bon Conseil.
Le Duc.
Nostre poursuicte Ne vault riens pour ceste fois cy.
De la Marche. De despit suis quasi transsi.
Le Duc.
Et du remedde?
La Marche.
Il nous fault querre Aliance au Roy d'Angleterre, Voire, et lui donner à entendre Qu'il peut facillement descendre En France.
Le Duc.
Le conseil est saige, Et je lui livreray passaige En Bretaigne pour y venir.
La Marche.
Icy ne nous fault plus tenir; Allons faire notre entreprise.
Le Duc.
Failly avons à nostre prise; Mais ung jour reviendra par cy.
Bon Conseil.
^ Arrivez sommes. Dieu mercy, A Montlehéry sans dangier Et n'avons trouvé estranger Ni privé qui nous ait grevez.
1183] Vie Ms S« Loys. fj
Le Popullaire.
Les traistres sont mal arrivez De vouloir faire guerre au Roy.
Bon Conseil. s
Par devers son très noble arroy Nous présentons.
Sire, voyez Bon Conseil, qui admaine icy Le Popullaire pour vous querre.
Le Popullaire.
Se quelqu'un vous veult faire guerre, Je suis tout prest de le coïnbatre.
Venez vous hardîement esbatre, A Paris, c'est vostre cité.
Qui a toujours d'antiauité Entretenuz Içs Roys ae France.
Nul ne vous peult faire nuysance, Mais que croyez les habitans D'icelle, qui sont consentans Vous faire plaisir et service.
Bon Conseil fait régner Justice, Par quoy vostre cas bien se porte.
Le Roy.
Le Popullaire me conforte, Car il m'ayme de tout son ceur, Par quoy prie à Nostre Seigneur Qu'en paix il les vueille tenir.
Le Popullaire.
Vous plaistril à Paris venir .'^
56 Gringore. ' [1206
Le Roy.
Ouy, affin que je pourvoye A mon cas. Jhesus me convoyé t*ar sa miséricorde et grâce.
Hz vont vers Paris.
Le Secrétaire.
Il fauldra qu'à Paris je face Cela que j^ay promis de faire.
Le Roy tiendra son ordinaire Au Palais; tout le monde y court.
Tirer me fault près de la Court Et mectre mes poisons à point.
En effect je ne tauldray point De les gecter dessus la viande Du Roy; c'est ce que je demande, Et par ainsi je vous prometz Que seray riche à tout jamais Pourveu qu'on me tienne promesse.
Le Hérault.
Veoir povez le chef de Noblesse Très loyaulment entretenu.
La Royne.
Mon filz, bien soiez vous venu ; Vostre venue m'est agréable.
Le Roy.
Chère mère et dame notable, Dieu vous vueille en sancté tenir.
J'ay bien voullu vers vous venir Affin de pourveoir à mon cas.
1226] Vie Ms S. Loys. 57
La Royne.
Mon filz, je congnois que tu as Plusieurs ennemys sans doubtance, Qui te veuUent mectre en souffrance Et ton royaulme posséder.
Jhesuscrist les vueillç amander.
La Royne.
Promis avoient appointement Faire avec toy, et faulcement T'ont espié sur le chemin.
Le Roy.
Dieu pugnist les traistres en fin.
La Royne.
En lieu de paix et de concorde Contre toy ont debât, discorde; Prestz sont de te livrer Passault.
Le Roy.
Dieu congnoist tout ce qui nous fault.
La Royne.
Mon filz, mais que servez bien Dieu, En toute place et en tout lieu Aurez son aide et son secours.
Le Roy.
J'ay espoir le servir tousjours; C'est le principal de mon cas.
Bon Conseil.
Il fault prandre vostre repas, Sire; car il en est saison,
(8 Gringore. [iM3
Afîfin qu'après nous devison De ce qui nous est nécessaire.
Le Roy.
Bon Conseil, je vous vueil complaire, Car vous estes homme notable.
Ma dame, mectez-vous à table, S'il vous plaist.
La Royne.
J'en suis bien contente.
Se assUttt à table,
Cheyallgrie.
A cop, tost qu'on se dilligente Servir, chacun en son enseigne.
Le Hérault.
Je vous prie. Conte de Champaigne, Portez ce metz devant le Roy.
Le Conte de Champaigne.
Je m'y accorde.
Le Secrétaire.
Par ma foy Je vueil jouer mon personnai^e Et gecter, sans plus de langaige, Sur la viande ceste poison.
// gecu.
Le Hérault.
Monsieur le Conte, devison
Deux motz, vous et moy, s'il vous plaist.
De Champaigne.
Et qu'i a-il.?
1262] Vie Ms S. Loys. 59
Le Hérault.
A peu de pkt, Sans faire sur le texte glose, Cest homme a gecté quelque chose Sur le plat du Roy en passant.
De Champaigne.
Monstrez-vous hardi et puissant; Meçtez à coup sur lui la main.
Le Hérault.
Vous poVez bien estre certain Qu'il n'eschappera pas d'icy.
Demourez, rioault. Qu'esse cy?
VouUez-vous faire du rebelle.^ Par la doulce Vierge pucelle, Vous estes un empoisonneur.
Le Secrétaire.
Il n'est pas vray, sauf vostre honneur; Telle faulte ne vueil commectre.
De Champaigne.
Et qui vous a doncques fait mectre Cecy dessus le plat du Roy.^
Le Secrétaire.
Monsieur, ce n'a pas esté moy.
Le Hérault.
Vous mentez, vous lui avez mis.
Le Secrétaire.
Sauf vostre honneur.. .
De Champaigne.
On t'a commis Pour faire ce cas aujourd'huy.
6o Gringore. [1281
Sus, Hérault, regardez sus luy Qu'il porte et s'il a rien caché.
Le Hérault.
Il ne fault plus qu'il soit cerché.
Regardez le traistre villain, Qui tient les poisons en sa main.
Qu'i soit vérité, les vecy.
Le Secrétaire.
Hellas, je vous requiers mercy.
Ce sont des poisons voirement, Que je cuidoye secrètement Sur la viande du Roy mectre.
Le Hérault.
Au Roy fault donner à congnoistre Ce cas commis.
Le conte de Champaigne.
C'est la raison.
On vous a cuidé par poison Faire mourir, prince puissant.
Le Roy.
Qu'allez-vous icy devisant?
Par poison, dear
Le Hérault.
Vecy celuy Qui s'est ingéré aujourdhuy ^ De vous empoisonner, cher sire.
Le Roy.
Est-il vray?
Le Secrétaire.
De le contredire.
1304] Vie Ms s. Loys. 61
Cher sire, je n'abuseroye, Car le denier ne sauroie; Aller je ne vueil au contraire.
Le Roy.
Qui esse qui te l'a fait faire f
Le Secrétaire. S'a esté la noble Contesse De la Marche.
La Royne.
la traistresse, Chienne mastine, desloyalle, Qui à la Magesté Royalle • Veult user d empoisonnement.
Pugnie en sera rudement, Car Dieu est juge droicturier.
Hellas, mon amy singuUier, Mon filz, mon support, ma fiance, On veult en vostre tendre enfance Vous faire mourir par poison.
Bon Conseil.
Sire, requis est qu'advison Qu'on fera de cest homme cy.
Le Roy.
Bon Conseil, faictes en ainsi Que la loy le veult et ordonne.
Le Hérault.
Point n'est requis. Qu'on l'emprisonne ; Despeschez le legierement.
Bon Conseil.
Admenez le en jugement Pour juste jugement lui rendre.
62 Gringore. D}}0
Le Bourreau.
Mais fera l'on point quelq'un pendre
Affin que j'en aye la despouUe;
Que j'en aescapite, ou enbouUe,
Pour monstrer ce que je puy faire,
Pour tuer, meurtrir et deffaire
C'est moy, c'est moy qui faîz merveilles ;
Je bas de verges, couppe oreilles,
Je couppe testes, j'escartelle ;
Et, pour monter sur une e^chelle
Quant on veult que je pende ung homme.
Je croy qu'il n'a, d'icy à Romme,
Ung tel ouvrier comme je suis.
Il y a desjà quatre nuis
Que je ne cessay de songer
Que pends quelq'un. Pour abréger,
Au Palais voys taire ung voyaige.
Bon Conseil en chaire.
Mon amy, congnois le dommaige Que tu as cuidé faire en France, Et qu'il fault, selon l'ordonnance De la loy, user de justice, Pugnissant le crime et malice Du malfaicteur.
Le Secrétaire.
" Hellas, hellas, J'ay cuydé faire ung mauvais cas.
Qui n'est, Dieu mercy, advenu.
Bon Conseil.
Tu congnois qu'il n'a jmis tenu A toy? N'est-il pas vérité?
Le Secrétaire.
Certes ouy, j'ay mérité D'estre pu^ny à la rigueur.
Mais je pne à Nostre Seigneur Qu'il me pardonne mon mefEait.
Bon Conseil.
Congnu ton cas et villaîn fait, D'ont povoit venir interest, Je te condempne par arrest D'estre pendu à ung gibet Et estranglé.
Le Bourreau.
Quel colibet!
Je suis cy venu bien appoint.
L'endosse,, tires et pourpoint, Lyme et pourpoint, seront à moy.
Le Secrétaire.
Je remercye Dieu et le Roy ; Force est que prenne pacience.
Bon Conseil.
Bourreau, fais tost la dilligence De pendre à ung gibet cet homme.
Le Bourreau.
Ôuy, monseigneur, je sçay bien comme Il fault ung tel cas besongner.
Par cy le convient empongne** Et lui lier les mains; tait pas?
Et aussi luy serrer les bras, Pour le manier à mon aise.
Or, mon amy, ne vous desplaise Se je fais sur vous mon office.
// le Ijeet monte à Peschelle.
Je vueil aller veoir la justice Du traistre, qui contre la loy Voulut faire mourir le Roy Par poison. Quel mal s'eust esté Que la Royalle Magesté Fust morte ainsi en sa jeunesse.
Le Secrétaire à l'eschelle.
J'ay eu grant tort, je le confesse; J'ay cuidé faire ung mauvais cas.
Le Bourreau,
Chemynez encores deux pas Et j^uis parlez tout à vostre aise.
Le Secrétaire.
Seigneurs et Bourgeois, il vous plaise Avoir pitié de ma povre âme, Priant à la benoiste Dame Que mes mefFais il me pardonne; Car j'ay cuidé sur la personne Du Roy faire ung terrible exploict.
Loué soit Dieu, puis qu'i lui plaist Que n'en suis pas venu à chef; Car s'eust esté ung grant meschef Pour tout le royaulme de France.
Le Bourreau.
Ayez en Jhésuscrist fiance.
Mon amy, c'est le principal.
Le Secrétaire.
De mourir ne me fait point mal; Raison, je Tay bien déservy.
IJ97] Vie Ms S. Loys. 65
Le Bourreau.
Vostre cueur soit à Dieu ravy; Pensez à la mort qu^endura Pour les pescheurs, et se sera Pour vostre ame ung grant resconfort.
Le Secrétaire.
Certes, je prens en gré la mort; Pays de moy comme il est conclus.
Le Bourreau.
Mon amy, dictes In manus.
Le Secrétaire dit : In manus, et le Bourreau le gecte.
P0PULLAIRE.
Jhesus, Jhesiis, il est passé; Tout fait, tout dit, tout compassé, Il a eu une belle fm.
Nous voyons le Roy très benyn Se gouverner par Bon Conseil, Et aussi par Ctievallerie Domyner en sa seigneurie, Mais les Princes en cest affaire Sont contre lui ; le PopuUaire L'ayme d'un cueur franc et entier.
Jhesuscrist, roy très débonnaire.
Nous doint ce qu'il nous est mestier.
Amen.
Raison par tout.
Gringore II.