‹ Œuvres complètes de Gringore;Chapitre 7 sur 40 · LE TROISIESME LIVRE · texte numérisé non relu

LE TROISIESME LIVRE

L'Empereur Frédéric commence le iij^ livre.

\ e suis pensif, desplaisant, fantasticque, I Troublé en cueur, despit,melancolicque, )Et je ne scay que grant Deable il me ) fault, Fors que j'ai dueil du les très autentique Du roy Loys, qui est si magnifique Que son nom est renommé cas et hault.

Très vouUentiers lui livrasse Tassault; Mais il est trop puissant et vertueulx; Maulgré en ait le puissant Dieu des Dieux.

OULTRAIGE

Noble Empereur Frédéric, bon courage; Par mon moyen le Roy à mort mectrons.

L'Empereur.

Il est hardy, riche, puissant et saige.

OULTRAIGE

Parlez à moy.

14^9] Vie Ms S. Loys. 67

L'Empereur.

Et qui es-tu?

OULTRAIGE

Ouitraige; De brief à bout vous et moy en viendrons.

L'Empereur.

Au roj Loys par Ouitraige ferons Du sanglant pis que nous lui pourrons fère.

Oultraige.

Se me croyez, en secret le tuerons.

L'Empereur.

(Conseil fauldroit avoir sur cest affaire.

Oultraige.

Le Roy Loys est prince débonnaire Qui veult avoir, nonobstant sa puissance, A tous princes amour et aliance.

Vellà le point où il fault regarder.

S'il vous plaisoit par quelq'un le mander Qu'il transportast son ma^ifique honneur Par devers vous et vint à VaucouUeur, Il y viendroit sans doubte à peu de gens.

Puis voz soudars seroient très dilligens De le prandre ou le livrer à mort.

L'Empereur.

C'est Oultraige qui parle; mais au fort Je m'y consens, et la charge vous baille De l'assaillir.

Oultraige.

N'ayez paour que j'y faille ; En temps et lieu me metray en arroy.

s Gringore. [1452

L'Empereur.

Par Oultraige j*assailleray le Roy Et feray tant que par faincte coulleur Vers moy viendra jusques à VaucouUeur, Où il sera par Oultraige surpris.

Oultraige.

C'est bien fait, c'est bien entreprins; Monstrez vostre force et puissance.

L'Empereur.

Messaiger, vers le Roy de France Il faut aller présentement.

Le Messaiger.

A vostre bon commandement Suis prest, très redoubté seigneur.

Dis lui qu'il vienne à VaucouUeur Parler à moy et que lui prie; Car je vueil à sa Seigneurie Pour grans choses parlementer, Par quoy te fault dilligente> Affm qu en sache la response.

Le Messaiger.

Devant que le soulleil resconse, Je parleray à sa personne.

L'Empereur.

Le roy Loys je t'habandonne A prendre prisonnier, Ouhraige.

Tu le guecteras au passaiee.

Et là, sans espoir de coniort.

Le livreras soudain à mort

1473] ViÊ Ms S. LOYS. 69

Ou prisonnier me le rendras Entre mes mains.

OULTRAIGE

Ne doubtez pas Qu^l ne soit surprins de par moy.

L'Emçereur.

Si une fois je tiens le Roy De France, je donneray Et son royaulrae annexeray Avec mon père.

OULTRAIGB.

Ouy sans doubte.

Je luy presenteray la jouxte Pour veoir s'il est bon combateur.

Is Messaiger.

Salut, révérence et honneur Au très xrestien Roy des François De par l'Imperateur courtoys Saigement gouvernant l'empire.

Le Roy de France.

Qu'esse que le Hérault veult dire?

Le Messaiger.

L'Empereur Federic vous prie Qu'il plaise à vostre Seigneurie A Vaucoulleur vous présenter; Voulloir a de parlementer Avecques vous de plusieurs choses Qui sont en son esperit encloses, Lesquelles vous veult reveller.

70 Gringore. [1499

Le Roy.

Di lui que sans dissimuler A VaucouUeur je mç rendray Et vouUentiers escoutteray Son vouUoir et son bon plaisir; Car certes j'ay très grant désir De savoir pourquoy il me mande; Autre chose je ne aemande Qu'avoir amour à tout le monde.

Velà le point où je me fonde, Et aussi je m'y doys fonder.

Le Messaiger.

A l'Empereur, sans plus tarder, En feray rappîort en orief temps.

Le Roy.

Chevallerie, je pretens Aller devers l'Imperateur Federic, qui à VaucouUeur M'atend. Or deliberez-vous De vous transporter avec nous En pompe et estât triumphant.

Bon Conseil.

Très redoublé prince puissant, Ne allez pas sans savoir comme.

Federic, Empereur de Romme, Comme j'entens, a tel couraige Qu'il fait ses choses par Oultraîge ; Sans lui ne va en aucun lieu.

Le Roy.

J'a^ tousiours ma fiance en Dieu Qui conauict mon train, mon arroy.

1517] Vie Ms S. Loys. 7»

J'ay Bon Conseil avecques moy, Et Chevallerie.

Bon Conseil.

Ainsi Ne povez faillir, Dieu mercy, A bien conduire vostre cas.

Le Roy.

Or allons prandre noz esbas Juc' à VaucouUeur.

Chevallerie.

Or allons; Car, cher sire, savoir voulions Que l'Empereur nous vouldra dire.

Hz An vont à Vaucoulleur.

L'Empereur.

Oultraige.

Sire.

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