‹ Œuvres complètes de H. de BalzacChapitre 19 sur 38 · Le cardinal de Lorraine · texte numérisé non relu

Le cardinal de Lorraine

H est impossible de regarder comme sincères les marques de (louleur et Tostentation des regrets de Catherine à la mort de Henri II. Par cela même que le roi était attaché par une inaltérable passion à Diane de Poitiers, Catherine devait jouer le rôle (l'une femme délaissée qui adore son mari ; mais^ comme toutes les femmes de tête, elle persista dans sa dissimulation, et ne cessa de parler avec tendresse de Henri II. Diane, comme on sait, porta toute sa vie le deuil de M. de Brézé, son mari. Ses couleurs étaient blanc et noir, le roi les avait au* tournoi où il mourut. Catherine, sans doute en imitation de sa rivale, garda le deuil de Henri II pendant toute sa vie. Elle eut envers Diane de Poitiers une perfection de perfidie à laquelle les historiens n'ont pas fait attention. A la mort du roi , la duchesse de Valentinois fut complètement disgraciée et malhonnêtement abandonnée par le connétable , homme tout à fait au-dessous de sa réputation. Diane fit offrir à la reine sa terre et son château de Chenonceaux. Catherine dit alors , en présence de témoins : « Je ne puis oublier qu'elle faisait les délices de mon cher Henri, j'^ honte d'accepter, je veux lui donner en échange un domaine, et lui propose celui de Chaumont-sur-Loire. » En effet, l'acte d'échange fut passé à Blois en 1559. Diane, qui avait pour gendres le duc d'Auinale et le duc de Bouillon, alors prince souverain, conserva toute sa fortune et mourut en paix en 1566, âgée de soixante-six ans. Klle avait donc dix-neuf ans de plus que Henri II. Ces dates, tirées (le son épitaphe copiée sur son tombeau par l'historien qui s'est occupé d'elle vers la fin du dernier siècle, éclairassent bien des difficultés historiques; car beaucoup d'historiens lui donnaient les uns quarante ans, les autres seize ans lors de la condamnation de son père en 1523. Elle avait alors vingt-quatre ans. Après voir lu tout, pour et contre sa conduite avec François I*^', au moment où la maison de Poitiers courut un si grand danger, nous ne voudrions rien affirmer ni rien contredire. Ceci est un de ces pasî^ages qui restent obscurs dans l'histoire. Nous pouvons voir, par ce qui se passe de nos jours, que l'histoire se fausse au moment même où elle se fait. Catherine, qui fonda de grandes espérances sur Page de sa rivale, avait essayé plusieurs fois de la renverser. i> fut une lutte sourde et horrible. Un jour, Catherine fut sur le

point de faire réussir ces espérances. En 1554, madame Diane, étant malade, pria le roi d'aller à Saint-Germain pendant qu't^Ih' se remettrait. Celte haute coquette ne voulait pas être vue au milieu de l'appareil nécessaire à la Faculté, ni sans l'éclat de la ii>ilette. Catherine fit composer, pour recevoir le roi à son retour, un magnifique ballet où six jeunes filles devaient lui réciter une pièc*- <le vers. Parmi ces six jeunes filles, elle avait choisi miss Flemin:;. parente de son oncle le duc d'Albany, la plus belle personne qn:! fut possible de voir, blonde et blanche ; puis une de ses parentes, Clarisse Strozzi, magnifique Italienne dont la chevelure noire eu:: superbe et les mains d'une beauté rare ; mademoiselle LewisUkL. demoiselle d'honneur de Marie Stuart; Marie Stuart elle-même: madame Elisabeth de France, qui fut cette si malheureuse rei:.d'Espagne, et madame Claude. Elisabeth avait neuf ans, Clau<i huit ans, Marie Stuart douze. Évidemment, la reine avait vckli faire ressortir Clarisse Strozzi, miss Fleming, et les préseui'-r sans rivales au choix du roi. Le roi ne résista point : il aima mb> Fleming, il eut d'elle un enfant naturel, Henri de Valois, comi»' d'Angoulême, grand prieur de France. Mais le crédit et l'influeiK" de Diane n'en furent point ébranlés. Comme, plus tard, madâiih' de Pompadour avec Louis XV, la duchesse de Valentinois pardonn:!. Mais quel amour cette tentative annonce-t-elle chez Calheriov' Est-ce l'amour du pouvoir, ou l'amour du mari? Les femmes deideront.

On parle beaucoup aujourd'hui de la licence de la presse; nj.> il est difficile d'imaginer à quel point elle fut portée à l'origine «i l'imprimerie. D'abord, on sait que l'Arétin, le Voltaire de son temps, faisait trembler les rois, et Charles-Quint tout le premier. Mais «»a ne sait peut-être pas jusqu'où allait l'audace des pamphlets. O château de Chenonceaux fut donné à Diane, non pas donné, el!^ fut suppliée de l'accepter, pour oublier une des plus horribles pi:blications qui aient été faites contre une femme et iJUi moatrquelle fut la violence de la guerre entre elle et madame d'Étampt^. En 1537, quand elle avait trente-huit ans, un poète champeûtn^. nommé Jean Voûté, publia un recueil de poésies latines où s^ trouvent trois épigrammes contre elle. 11 faut croire que le pi»*:'' était assuré de quelque haute protection, car son recueil est pK*

cédé de son éloge fait par Salmon Macrin, premier valet de chambre du roi. Voici le seul passage citable aujourd'hui de ces épi- ^Tammes intitulées : In Pictaviam, anum aulicam (Contre la Poitiers,

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