‹ Œuvres complètes de H. de BalzacChapitre 22 sur 38 · DE MADAME LA ROYNE MËRE ET DE MESSIEVRS DV PARLEMENT · texte numérisé non relu

DE MADAME LA ROYNE MËRE ET DE MESSIEVRS DV PARLEMENT

Ces mots de madame la,royne mhre avaient été ajoutés depuis peu. La dorure était neuve. Ce changement indiquait la révolution récente produite par la mort subite et violente de Henri II, qui renversa bien des fortunes à la cour et qui commença celle des Guise.

L'arrière-boutique donnait sur la rivière. Dans cette pièce s? tenaient le respectable bourgeois et sa femme, mademoiselle Lec^ mus. Dans ce temps, la f jmme d'un homme qui n'était pas noble n'avait point droit au titre de dame ; mais les femmes des boufr geois de Paris avaient droit au titre de demoiselle, en raison des privilèges accordés et confirmés à leurs maris par plusieurs rois auxquels ils avaient rendu d'éminents services. Entre cette arrièreboutique et le magasin tournait une vis en bois, espèce d'escaJier en colimaçon par où Ton montait aux étages supérieurs, où étaient le grand magasin, T^iabitation du vieux couple, et aux combles éclairés par les lucarnes, où demeuraient les enfants, la servante. les apprentis et les commis.

Cet entassement des familles, des serviteurs et des apprentis, le peu d'espace que chacun tenait à l'intérieur, où les apprentis couchaient tous dans une grande chambre sous les toits, explique et rénorme population de Paris alors agglomérée sur le dixième du terrain de la ville actuelle, et tous les détails bizarres de la \ie privée au moyen âge, et les ruses d'amour qui, n'en déplaise aux historiens sirieux, ne se retrouvent que dans les conteurs, et qui

sans eux eussent été perdus. A cette époque, un très-grand seigneur, comme l'amiral de Coligny, par exemple, occujpait trois chambres dans Paris, et sa suite était dans une hôtellerie voisine. Il n'y avait pas alors cinquante hôtels dans Paris, c'est-à-dire cinquante palais appartenant à des princes souverains ou à de grands vassaux dont l'existence était supérieure à celle des plus grands souverains allemands, tels que le duc de Bavière ou Télecteur de Saxe.

La cuisine de la maison Locamus se trouvait au-dessous de l'arrière-bDutique, sur la rivière. Elle avait une porte vitrée donnant sur une espace de balcon en f jr d'où la cuisinière pouvait tirer de l'eau avec un seau et où se blanchissait le linge de la maison. L'arrière-boutique était donc à la fois la salle à manger, le cabinet et le salon du marchand. Dans cette pièce importante, toujours garnie de riches bois3ries, ornée de quelque objet d'art, d'un bahut, se passait la vi3 du marchand : là, les joyeux soupers après le travail; là, les conférences secrètes sur les intérê:s politiques de la bourgeoisie et de la royauté. Les redoutables corporations de Paris pouvaient alors armer cent mille hommes. Aussi, dans ce temps-là, les résolutions de^ marchands étaient-elles appuyées par leurs sorviteurs, par leurs commis, par leurs apprentis et par leurs ouvriers. Les bourgeois avaient dans le prévôt des marchands un chef qui les commandait, et, à Fhôtel de ville, un palais où ils avaient le droit de se réunir. Dans ce fameux parlouer aux bourgeois se prirent des délibérations solennelles. Sans les continuels sacrifices qui avaient rendu la guerre insupportable aux corporations, lass3s de leurs pertes et de la famine, Henri IV, ce factieux enfin devenu roi, ne serait peut-être jamais entré dans Paris. Chacun maintenant se peindra facileme it la physionomie de ce coin du vieux Paris où tournent aujourd'hui le pont et le quai, où s'élancent les arbres du quai aux Fleurs et où il ne reste plus de ce temps que la haute et célèbre tour du Palais, qui donna le signal de la Saint-Barthélémy. Chose étrange I une des maisons situées au pied de cette tour alors entourée de boutiques en bais, celle de Lecamus, allait voir naître un des faits qui devaient préparer cette nuit de massacres malheureusenâent plus favorable que fatale au calvinisme.

Au moment où commence ce récit, l'audace des nouvelles doctrines religieuses mettait Paris en rumeur. Un Écossais nommt!' Stuart venait d'assassiner le président Minard, celui des membres du parlementa qui Topinion publique attribuait la plus grande pan dans le supplice du conseiller Anne du Bourg, brûlé en place d»? Grève, après le coulurm^ (le tailleur) du feu roi, à qui Henri il et Diane de Poitiers avaient fait donner la question en leur présence Paris était si surveillé, que les archers obligeaient les passants a prier devant la madone, afin de découvrir les hérétiques qui s y prt^ talent -de mauvaise grâce ou refusaient même un acte contraire à leurs idées. Les deux archers qui avaient occupé le coin de la maison de Lecamus venaient de partir; ainsi Christophe, le fils du pelletier, véhémentement soupçonné de déserter le catholicisme, avdii pu sortir sans avoir à craindre qu'ils ne lui fissent adorer rimi;^de la Vierge. A sept heures du soir, en avril 1560, la nuit commençait; donc, les apprentis, ne voyant plus que quelques personnes passant sous les piliers de droite et de gauche de la rue, rentraieiu les marchandises exposées comme échantillon, afin de fermer la boutique et la maison. Christophe Lecamus, ardent jeune horaiu: de vingt-deux ans, était debout sur le seuil de la porte, en app^irence occupé à regarder les apprentis.

— Monsieur, dit l'un d'eux à Christophe, en lui montrant uq homme qui allait et venait sous la galerie d'un air indécis, vi'ili peut-être un voleur ou un espion ; mais, en tout cas, ce croquant ne peut être un honnête homme : s'il avait à parler d'affaires a^r nous, il nous aborderait franchement au lieu de tourner corara' il le fait... Et quelle mine! ajouta-t-il en singeant Tinconnu. Comni*' il a le nez dans son manteau! Quel œil jaune! quel teini d'affamé !

Quand l'inconnu décrit ainsi par l'apprenti vit Christophe sou! sur le pas de sa boutique, il quitta rapidement la galerie of^s& où il se promenait, traversa la rue, vint sous les piliers de la maison Lecamus, et, en passant le long de la boutique, avant que les apprentis revinssent pour fermer les volets, il aborda le jeune homme.

— Je suis Chaudieu ! dit-il à voix basse.

En entendant le nom d'un des plus illustres ministres et des

plus dévoués acteurs du drame terrible appelé la Réformation, Christophe tressaillit comme aurait tressailli un paysan fidèle en reconnaissant son roi déguisé.

— Vous voulez peut-ôtre vdîr dés fourrures?... Quoiqu'il fasse presque nuit, je vais vous en montrer moi-même, dit Christophe, pour donner le change aux apprentis en les entendant derrière lui.

. Il invita par un geste le ministre à entrer; mais celui-ci lui. répondit qu'il aimait mieux Tentretenir dehors. Christophe alla prendre son bonnet et suivit le disciple de Calvin.

Quoique banni par un édit, Chaudieu, plénipotentiaire secret de Théodore de Bèze et de Calvin, qui de Genève dirigeaient la Réformation française, allait et venait en bravant le cruel supplice auquel le parlement, d'accord avec TÉglise et la royauté, pour faire un terrible exemple, avait condamné Tun de ses membres, le célèbre Anne du Bourg. Ce ministre, qui avait un frère capitaine, un des meilleurs soldats de Tamiral Coligny, fut un des bras avec lesquels Calvin remua la France au commencement des vingt-deux années de guerres religieuses alors près de s'allumer. Ce ministre est un de ces rouages secrets qui peuvent le mieux expliquer Timmense action de la Réforme. Chaudieu fit descendre Christophe au bord de Peau par un passage souterrain semblable à celui de l'arche Marion, comblé il y a dix ans. Ce passage, situé entre la maison de Lecamus et la maison voisine, so trouvait sous la rue de la Vieille-Pelleterie, et se nommait le Pont-aux-Fourreurs. Il servait en effet aux teinturiers de la Cité pour aller laver leurs fils, leurs soies et leurs étoffes. Une barquette était là, gardée et menée par un seul marinier. Il s y trouvait à la proue un inconnu de petite taille, vêtu fort simplement. En un moment, la barque fut au milieu de la Seine, le marinier la dirigea sous une des arches en bois du pont au Change, où il l'attacha lestement à un anneau de fer. Personne n'avait encore rien dit.

— Nous pouvons parler ici sans crainte, il n'y a ni espions ni traîtres, dit Chaudieu en regardant les deux inconnus. — Êtesvous plein de ce dévouement qui doit animer les martyrs? Êtesvous prêt à tout endurer pour notre sainte cause? Avez-vous peur des supplices qu'ont soufferts le couturier du feu roi, le conseiller

du Bourg, et q li attendent la plupart de nous? demand»-!-il à Chrislophe en lui montrant un visige rayonnant.

— Je confesserai TÉvangile, répondit simplement Lecamus en regardant les fenêtres de rarrière-boutique.

La lampe domestique posje sur la table où sans doute son pire compulsait ses livres de commerce lui rappela par sa lueur le^ joies de la famille et la vie paisible à laquelle il renonçait. Ce fii une vision rapide mais complète. Le jeune homme embrassa c quartier plein d'harmonies bourgeoises, où son heureuse enfance s'était écoulée, où vivait Babette Lallier, Si promise, où tout lui présageait une existence douce et pleine; il vit le passé, il \ils««3 avenir, et sacrifia tout, ou du moins il le joua. Tels étaient ks hommes de ce temps,

— N'allois pas plus loin, dit l'impétueux marinier; noiislecoonaissons pour un de nos saiuls! Si l'Écossais n'avait pas fiii le coup, il aurait tué l'infâme président Minard.

— Oui, dit Lecamus. Ma vie appartient à TÉ^lis^, et je la donne avec joie pour le triomphe de la Réformation, à laquelle j'ai sérieusement réfléchi. Je sais ce que noas faisons pour le bonheur des peuples. En deux mots, le papisme pousse au célib U, et la Rtformation pousse à la famille. Il est temps d'écheniller la France de ses moines, de rendre leurs biens à la couronne, qui les vendrd tôt ou t-arJ à la baurgeois'e. Sachons mourir pour nos enfants ei pour faire un jour nos familles libres et heureuses.

La fijure du jeune enthousiaste, celle de Chaudieu, celle du nurinier, celle de l'inconnu assis sur le banc, éclairées par les dernières lueurs du crépuscule, formaient un tableau qui doit d'autiDi plus être décrit, qae cette description contient toute l'histoire de ce temps, s'il est vrai qu'il soit donné à certains hommes de résH mer l'esprit de leur siècle.

La réforme religieuse, tentée par Luther en Allemagne, par Joha Knox en Jxosse, par Calvin en France, s'empara particulièremeni des classes inférieures que la pensée avait pénétrées. Les granJ> seigneurs n'appuyorent ce mouvement que pour servir desiuiéréis étrangers à la caus3 religieuse. A ces différents partis se joignirem des aventuriers, des seijneurs ruinés, des cadets à qui tous les troubles a'iaient également bien. Mais, chez les artisans et chez les

gens (le commerce, la foi fut sincjre et basée sur le calcul. Les peuples pauvres adhéraient aussitôt à une religion qui rendait à Thiat les biens ecclésiastiques, qui supprimait les couvents et privait les dignitaires de rKglis3 de leurs immensos revenus. Le commerce entier supputa les bénéfices de cette opération relîgieus3, et s'y dévoua, corps, àme et bourse; mais chez les jeunes gens de la bourgeoisie française, le prêche rencontra cette disposition noble vers les sacrifices en tout genre qui anime la jeunesse, à laquelle Té^'oïsme est inconnu. Des hommes éminents, des esprits pénétrants, comme il s'en rencontre toujours au sein des masses, devinaient la république dans la Réformation, et voulaient établir dans toute TCurope le gouvernement dos Province>Unies, qui finirent par triompher dans leur lutte avec la plus grande puissance de cette époque, TEspagne, gouvernée par Philippe 11 et représentée dans les Pays-Bas par le duc d'Alb3. Jean Hotoman méditait alors son fameux livre où ce projet existe, et qui répandit en France le levain de ces idées, remuées à nouveau par la Ligue, comprimées par Richelieu, puis pnr Louis XIV, mais qui reparurent avec les économistes, avec les encyclopédistes sous Louis XV, et qui éclatèrent sous Louis XVI, toujours protégées par les branches cadettes, protégées par la maison d'Orléans en 1789 comme par la maison de Bourbon en 1589. Qui dit examen, dit révolte. Toute, révolte est ou le manteau S3us lequel se cache un prince, ou les langes d'une domination nouvelle. La maison de Bourbon, les cadets des Valois s'agitaient au fond de la Réformation. La question, dans le moment où la barq le flottait sous Tarche du pont au Change, était étrangement compliquée par l'ambition des Guise, qui rivalisaient les Bourbons; aussi la couronne, représentée par Catherine de Médicis, pendant trente ans, put-olle soutenir le combat en les opposant les uns aux autres; tandis que plus tard la couronne, au lieu d'être tiraillée par plusieurs mains, S3 trouva devant le peuple sans aucune barrière : Richelieu et Louis XIV avaient abattu celle de la noblesse, Louis XV avait abattu celle des parlements. Seul devant un peuple, comme le fut alors Louis XVI, un roi succombera toujours.

Christophe Lecamus représentait bien la portion ardente et dévouée du peuple : sa figure pâle avait ce teint aigre et chaud qui

distingue cartains blonds; ses cheveux tiraient sur le jaune dn cuivre; ses yeux, d'un gris bleu, scintillaient : sa belle âme se montrait là seulement; car son visage, mal dessiné, ne couvrait poiai l'irrégularité de sa forme un p3u triangulaire par cet air de ni> blesse que se donnent les gens élevés, et son front bas n'indiquait qu'une grande énergie. La vie semblait ne prendre son principe que dans sa poitrine, un peu rentrée. Plus nerveux que sanguin, Christophe offrait au regard une carnation filandreuse, maigp. mais dure. Son nez pointu trahissait une finesse populaire, conim^r sa physionomie annonçait une intelligence capable de se bien coaduire sur un point de la circonférence, sans avoir la faculté d"t*:i embrasser l'étendue. Ses yeux, dont l'arcade sourcilière, à peiûr garnie d'un duvet blanc, saillait comme un auvent, étaient fortement cernés par une bande d'un bleu pâle, et d'un blanc luisint â la naissance du nez : ce qui dénote presque toujours une excessive exaltation. Christophe était bien le peuple qui se dévoue, qui sbat et qui S3 laisse tromper; assez spirituel pour comprendre ei servir une idée, trop noble pour en tirer parti, trop généreux pour se vendre.

A côté du fils unique de Lecamus, Chaudleu, ce ministre anieni. aux cheveux bruns, maigri par les veilles, au teint jaune, au ïm' militant, à la bouche éloquente, aux yeux bruns et enflammés, an menton court et relevé, peignait bien cette foi chrétienne qui vjîji à la Réformation tant de pasteurs fanatiques et sincères dont l'ov prit et le courage enflammèrent les populations. L'aide de camrde Calvin et de Théodore de Bèze contrastait admirablement avec le fils du pelletier. Il représentait bien la cause vive dont Teffeis^ voyait en Christophe. Vous n'auriez pas imaginé autrement le foyer conducteur des machines populaires.

Le marinier, homme impétueux, bruni par le grand air, fait à la rosée des nuits et aux feux du jour, à la bouche close, au ge>î^ prompt, à l'œil orange affamé comme celui d'un vautour, aux cheveux noirs et crépus, peignait bien l'aventurier qui risque t'K:: dans une affaire, comme un joueur hasarde sa fortune sur un' carte. Tout en lui révélait des passions terribles, une audace qii ne reculait devant rien. Ses muscles vivaces étaient faits à se taire aussi bien qu'à parler. Il avait l'air plus audacieux que noble. S^i

nez, relevé quoique mince, aspirait au combat. Il paraissait agile et adroit. Vous Teussiez pris en tout temps pour un chef départi. S'il n'y avait pas eu dç Réformation, il eût été Pizarre, Fernand Cortez ou Morgan TExterminateur, une violente action quelconque.

L'inconnu, assis sur un banc et enveloppé dans sa cape, appartenait évidemment à la classe la plus élevée de la société. La finesse de son linge, la coupe, Tétoffe et Fodeur de ses vêtements, la façon et la peau de ses gants indiquaient un homme de cour, de même que sa pose, sa fierté, son calme et son coup d'œil indiquaient rhomme de guerre. Son aspect inquiétait d'abord et disposait au respect. On respecte un homme qui se respecte lui-même. Petit et bossu, ses manières réparaient en un moment les désavantages de sa taille. Une fois la glace rompue, il avait la gaieté de la décision, et un entrain indéfinissable qui le rendait aimable. Il avait les veux bleus , le nez courbe de la maison de Navarre et la coupe espagnole* de cette figure si accentuée qui devait être le type des rois Bourbons.

En trois mots, la scène prit un intérêt immense.

— Eh bien, dit Chaudieu au moment où le jeune Lecamus acheva sa phrase, ce batelier est la Renaudie; et voici monseigneur le prince de Condé, ajouta-t-il en montrant le petit bossu.

Ainsi ces quatre hommes représentaient la foi du peuple, Tintelligence de la parole, la main du soldat et la royauté cachée dans l'ombre.

— Vous allez savoir ce que nous attendons de vous, reprit le ministre après une pause laissée à Tétonnement du jeune Lecamus. Afin que vous ne commettiez point d'erreur, nous sommes forcés de vous initier aux plus importants secrets de la Réformation.

Le prince et la Renaudie continuèrent la parole au ministre par un geste, après qu'il se fut tû pour laisser le prince parler luimême, s'il le voulait. Comme tous les grands engagés en des complots et qui ont pour système de ne se montrer qu'au moment décisif, le prince garda le silence, non par couardise : dans ces conjonctures, il fut l'âme de la conspiration, ne recula devant aucun danger et risqua sa tête; mais, par une sorte de dignité royale, il abandonna l'explication de cette entreprise au ministre.

et se contenta d'étudier le nouvel instrument dont il fallait se servir.

— Mon enfant, dit Ghaudieu dans le langage des hu^eiKUv nous allons livrer à la prostituée romaine une première batain^. Dans quelques jo^irs, nos milices mourront sur des échafauds, oi les Guise seront morts. Bientôt donc, le roi et les deux reines s<îront en notre pouvoir. Voici la première prise d'armes de noir? religion en Franco, et la France ne les déposera qu'après avoir tout conquis : il s'agit de la nation, voyez-vous, et non du royaume La plupart des grands du royaume voient où veulent en venir k cardinal de Lorraine et le duc, son frère. Sous le prétexte de d•^ fendre la religion catholique, la maison de Lorraine veut réclam- : la couronne de France comme son patrimoine. Appuyée sur rÉglis*^. elle s'en est fait une alliée formidable, elle a les moines p^^ur soutiens, pour acolytes, pour espions. Elle s'érige en tutrice L trône qu'elle veut usurper, en protectrice de la maison de Va'iv^ qu'elle veut anéantir. Si nous nous décidons à nous lever en anne^. c'est qu'il s'agit à la fois des libertés du peuple et des intérêts de la noblesse également menacés. Étouffons à son début une facii-xi aussi odieuse que celle des Bourguignons, qui jadis ont mis Pan? et la France à feu et à sang. Il a fallu un Louis XI pour unir li querelle des Bourguignons et de la couronne; mais, au jourd'hui. t:i prince de Gondé saura empocher les Lorrains de recommenc^-r. Ge n'est pas une guerre civile, mais un duel entre les Guise el ! Ré formation, un duel à mort : nous ferons tomber leurs têtes, ails feront tomber les nôtres.

— Bien dit! s'écria le prince.

— Dans ces conjonctures, Ghristophe, ajouta la Renaudie, m> ne voulons rien négliger pour grossir notre parti, car il y a lparti dans la Ré formation, le parti des intérêts froisses, des nob!'*^ sacrifiés aux Lorrains, des vieux capitaines indignement joué> a Fontainebleau, d'où le cardinal les a bannis en faisant planter dt^ potences pour y accrocher ceux qui demandaient au roi Targi^ii de leurs montres et les payes arriérées.

— Voilà, mon enfant, reprit Ghaudieu, remarquant une SiVx d'effroi chez Ghristophe, voilà ce qui nous oblige à triompher p^' les armes au lieu de triompher par la conviction et par le mart>Te.

La reine mjre est s.ir le point d'entrer dans nos vues, non qu'elle veuille abjurer, elle n'en est pas là, mais elle y sera peut-être forcée par notre triomphe. Qwoi qu'il en soit, humiliée et désespérée de voir passor entre les mains des Guise la puissance qu'elle espérait exercer après la mort du roi, effrayée de l'empire que prend la jeune reine M irie, nièce djs Lorrains et leur auxiliaire, la reine Catherine doit être disposée à prêter son appui aux princes et aux seigneurs qui vont tenter un coup de main pour la délivrer. En ce moment, quoique dévouée aux Guise en apparence, elle les hait, elle souhaite leur perte et se servira de nous contre eux; mais monseigneur se servira d'elle contre tous. La reine mère donnera so:i consentem3nt à nos plans. Nous aurons pour nous le connétable, que monssigneur vient d'aller voir à Chantilly, miis qui ne veut bouger que sur un ordre de ses maîtres. Oncle de monseigneur, il ne le laissera jamais dans l'embarras, et ce généreux prince n'hésite pis à se jeler dans le danger pour décider Anne de Montmorency. Tout est prêt, et nous avons jeté les yeux s r vous poar communiquer à la reine Catherine notre traité d'alliance, les projets d'édits et les basas du nouveau gouvernement. La cour est à Blois. Beaucoup des nôtres y sont ; mais ceux-là sont nos futurs chefs..., et, comm3 monseigneur, dit-il en montrant le prince, ils ne doivent jamais être soupçonnés : nous devons nous sacrifier tous pour' eux. La reine mère et nos amis sont l'objet d'une surveillance si minutieuse, qu'il est impossible d'employer pour intermédiaire une personne connue ou de quelque importance ; elle serait incontinent soupçonnée et ne pourrait communiquer avec madame Catherine. Dieu nous doit en ce moment le berger David et sa fronde pour attaquer Goliath de Guise. Votre père, malheureusement pour lui bon catholique, est le pelletier des deux reines, il a toujours à leur fournir quelque ajustement, obtenez qu'il vous envoie à la cour. Vous n'éveillerez point les soupçons et ne compromettrez en rien la reine Catherine. Tous nos :hefs peuvent payer de leur tê.e une imprudence qui laisserait croire à la connivence de la reine mère avec eux. Là où les grands, me fois pris, donnent l'éveil, un petit comme vous est sans con- ►équence. Voyez ! les Guise ont tant d'espions, que nous n'avons eu [ue la rivière pour pouvoir causer sans crainte. Vous voilà, mon

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