‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 20 sur 72 · Walckenaer, t. U, p · texte numérisé non relu

Walckenaer, t. U, p

poésie peuvent servir les passions, mais il faut aussi de la poésie et de l'éloquence pour les combattre : la médecine ne serait pas un art, s'il n'y avait pas de maladies. Les siècles troublés produisent les odes héroïques d'Horace, les Médita-^ tUms et les Femlle$ dautomm; les siècles paisibles, l'Ode sur la prise de Namur* M. de Chateaubriand a raison : « Les poètes lyriques ne sont pas les compagnons des jours heureux. » Mais si leur génie se développe dans toute sa puis** sance, c'est surtout quand le caprice des événements leur a fait rapidement traverser des situations contraires, et parcourir toutes les phases désirables d'agitation et de calme, de bonheur et d'adversité, soit privés , soit publics, qui peuvent composer une étude complète de la vie. La nature humaine se révèle à eux dans toute sa fécondité pour les contradictions : les différences innombrables des caractères, et dans chaque caractère la succession des métamorphoses, la facilité de notre cœur à parcourir tous les degrés des passions, ces perpétuels contrastes de vigueur et de défaillance, ces prodigieux efforts et cette incomparable lassitude, ces enthousiasmes qui montent jusqu'au délire, et ces découragements qui tombent jusqu'au désespoir, en un mot, toute cette vie fébrile de l'ftme humaine, pendant les temps mêlés d'orage, passe devant le regard du poète , et lui révèïe, mleut que rheil*reuse monotonie des siècles paisibles , la variété infinie de l'ouvrage de Dieu. « Horace fut le témoift de crimes inouïs, d'actions héroïques, de fanatisme républicain et de fureurs libêrticides. Sa vie s'est écoulée dans un temps où les principes de la morale la plus sévère contrastaient avec la licence la plus effrénée; où sa patrie n'avait jamais été aussi avilie; où jamais elle ne s'était élevée à un plus haut degré de gloire , de puissance et de prospérité. Rome libre et fière, Rome esclave, Rome agitée, Rome tranquille, Rome sévère, Rome voluptueuse, enfin Rofne maltresse du

monde, heureuse sous le sceptre d'Auguste, inspire tour à tour la muse du poëte latin.... Il résulte des inspirations poétiques si diverses d'un siècle si fécond en événements prodigieux que l'austère moraliste, l'homme passionné poiu* les plaisirs, le guerrier, l'orateur, le sage ami de la médiocrité, l'ambitieux et l'avare, et celui qui aime les champs et la retraite , et celui qui ne se platt que dans le tumulte des villes, et l'âme sévère et stoïque, et le cœur tendre et sensible, et la jeunesse qui fleurit, et la vieillesse qui décline , trouvent dans les odes de notre poëte des pensées assorties à leur situation, des sentiments qui ré^pondent aux leurs. Les réflexions que lui ont suggérées les choses, les hommes, les événements, les grandes révolutions de ces temps si calamiteux et si propices , ainsi que les goûts et les passions qui lui étaient propres, ne peuvent se retrouver dans un autres »

On a reproché souvent à Horace de n'avoir chanté dans ses Odes que des lieux communs. Il est certain qu'il ne se pique pas d'être ce qu'on appelle de nos jours un poète individuel. Il exprime à son tour les idées et les sentiments cent fois exprimés avant lui; il cherche à se faire, non pas une &me artificielle, non pas un cœur original qui n'appartienne qu'à lui, mais une forme exquise et nouvelle pour des idées qui lui sont communes avec le genre hu-* main. Sur deux cents fragments qui nous restent des lyriques grecs, les érudits en comptent plus de cent imités, ou plutAt, comme dit Gœthe, repensés par Horace. J. B. Rousseau a écrit : « Le fond de la poésie, ce sont les idées de tout le monde, traduites dans le langage de quelques^ uns« » Gela est vrai. Je ne conçois guère ce que la poésie gagnerait à passer pour un enclos réservé, pour un parc de grand seigneur, où l'esprit de tout le monde n'aurait

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