Rare meo possum quidris perferre patique
Ad mare qnum yeni , generosum et lene requiro. (^p.n, liv. I, t. 17.)
même, ce n*était rien moins qu'un palais'. Il existait, au xvm* siècle , un abbé fort spirituel et fort savant, l'abbé Capmartin de Chaupy, qui, comme un autre abbé bien plus spirituel encore, Galiani, aimait Horace à la folie. Il le savait par cœur et le citait sans cesse, quelquefois trèsheureusement ; il parlait de lui à tout propos , comme de son meilleur ami ; quand on lui disait du bien d*Horace , il remerciait; il aurait volontiers répondu, comme un peintre de notre temps , passionné pour Raphaël , un jour qu'on louait devant lui l'amant de la Pornarina: «Ah! si vous l'aviez connu !... » L'abbé de Chaupy appelait Canidie les vieilles femmes qui lui déplaisaient. Corn me on lui présentait une jeune fille dont on lui vantait la beauté : « Elle a quelque chose de Lalagé,» dit-il. En 1793, un ecclésiastique^ principal du collège de Sens , sommé d'opter entre sa place et le serment à la constitution civile du clergé, le consulta sur la conduite qu'il devait tenir. L'abbé de Chaupy, citant son propre exemple, lui répondit :
Non ego perfidmn Dixi sacramentum.
Las d*entendre répéter qu'Horace, ce prédicateur de Yaurea mediocrUas, avait été millionnaire, l'abbé de Chaupy résolut d'entreprendre une enquête sur ces fameuses propriétés dont on faisait tant de bruit. Il se mit en chemin, à cheval, avec son bagage derrière lui, comme Horace luimême; il visita toutes les parties de l'Italie où l'on supposait qu'Horace avait été propriétaire, et il constata, de la façon la plus irrécusable, qu'il n'avait jamais possédé que le domaine de Sabine; puis, dans trois gros volumes in-8% imprimés à Rome, les deux premiers en 1767, le troisième en 1769, l'abbé donna les détails les plus précis sur le
1. Voir ragréable morceau intitulé : necherehes tut la maison de can^ pagne éP Horace. Œuvres <F Horace ^ éd. de Camperon et Desprez, 1. 1.
domaine; il en avait découvert l'emplacement, dressé le plan, déterminé retendue. Cette campagne se nommait Ustica ; elle était située dans un coin de la Sabine» près du bourg de Varia et du mont Lucrétile, au fond d'une vallée où coule la Digence. L'abbé retrouva les traces de la maison, dont le soleil éclairait la droite à son lever, et la gauche à son coucher, telle enfin qu'Horace la décrit*. Il découvrit la place du jardin, les collines où mûrissent encore, comme autrefois, les olives, les poires , et d'assez mauvais raisins ; la source du ruisseau , et ce petit bois, ce paulum silvx, qu'Horace avait souhaité comme le bonheur suprême; et il -put, en se promenant à l'ombre de ces arbres qui survivaient à leur maître, répéter ces beaux vers :
Linquenda tellus, et domus, et placens Uxo^; neque harum, quas colis arborum, Te, prœter invisas cupressus, Ulla brevem dominuin sequetur*.
Enfin , grâce au bon abbé de Chaupy, il est maintenant prouvé qu'Horace ne fut pas un riche déclamateur, un fanfaron de médiocrité, et qu'il mit un parfait accord entre ses préceptes et sa vie. Gela valait bien la peine de passer plusieurs années en Italie, et d'écrire trois gros volumes. Grâces soient rendues à l'abbé de Chaupy! il a délivré la réputation du moraliste d'une objection qui la compromettait gravement : Horace n'est pas plus suspect maintenant, . quand il célèbre la médiocrité dans la vie, que lorsqu'il vante le juste milieu dans les opinions; sa fortune , qui n'a jamais dépassé l'aisance , ne l'a pas exposé à démentir ses principes, non plus que son génie lyrique, qui a inspiré ses vers, sans pénétrer dans sa vie, ne l'a entraîné à des