‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 3 sur 72 · Pensées diverses, t. III, p · texte numérisé non relu

Pensées diverses, t. III, p

idées générales que l'on a de ce qu'on doit faire ; mais le plus souvent il ne Fest pas. Il s'accommode presque toujours à la passion dominante du cœur, h la pente du tempéramentt à la force des habitudes contractées, et au goût ou à la sensibilité que Ton a pour certains objets. Le poète qui a fait dire à Médée : « Je vois et j'approuve le bien, et « je fais le mal, » a parfaitement bien représenté la différence qui se rencontre entre les lumières particulières de la conscience et le jugement particulier qui nous fait agir. La conscience connaît en général la beauté de la vertu, et nous force de tomber d'accord qu'il n'y a rien de plus louable que les bonnes mœurs. Mais quand le cœur est une fois possédé d'un amour illégitime, quand on voit qu'en satisfaisant cet amour on goûtera un plaisir, il n'y a lumière de conscience qui tienne; on ne consulte plus que la passion, et l'on juge qu'il faut agir hic et nunc contre Fidée générale qu'on a de son devoir *. »

Sans doute, Bayle pousse sa pensée à l'excès. L'homme se détermine souvent, quand il a le cœur honnête et le caractère ferme, par les conruiissances générales qu'il a de ce qu'U doit faire f et non par son jugement parHculier sur chaque chose. Si l'on prenait cette opinion dans toute sa rigueur, on nierait l'influence de la religion, on égalerait complètement rhomme religieux et l'incrédule, ce qui serait absurde et impie. Mais , en gardant toute réserve, on peut reconnaître, comme Ba^le , que l'esprit tient moins de place qu'on ne croit dans la conduite des hommes, que les idées sont des mobiles moins actifs et moins puissants que nos passions, notre tempérament, nos goûts, et la sensibUUé que Ton a pour certains objets; enfin , on peut conclure avec lui « qu'il n'y a rien de plus sujet à l'illusion que de juger les mœurs d'un homme par les opinions générales

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