‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 2)Chapitre 58 sur 72 · Homélie IV, chap. xvm et xix · texte numérisé non relu

Homélie IV, chap. xvm et xix

morphoses ne sont que des changements de saison. Les aventures divines se réduisent presque toutes à des phénomènes météorologiques, où la plus pure morale n'a rien à reprendre, et Clément, s'il est juste, n'alléguera plus contre le paganisme ces scandales innocents du ciel, qui ne regardent que l'astronomie.

Je ne sais si Appion est sincère. Arnobe accuse avec assez de vraisemblance les philosophes du paganisme de ne pas être dupes du mensonge de leurs explications savantes, et à ce paganisme épuré et abstrait il oppose éloquemment les orgies et les crimes des mystères'. En tout cas, Appion oubliait une vérité bien simple : c'est qu'une religion qui est celle d'une élite, et non pas celle de tous, n'est qu'une philosophie. Transformer les dieux en phénomènes et en idées, c'était sans aucun doute les rendre irresponsables de tous les méfaits que leur imputait la tradition ; mais c'était les tuer. Des dieux devenus des mythes s'évanouissaient en fumée. Ils perdaient toute mauvaise influence sur les actions des hommes, mais ils n'en acquéraient pas de bonne; ils n'étaient plus immoraux, ils n'étaient rien. Aussi la multitude, à qui les symboles ne suffisent pas, laissait les philosophes puriGer par l'astronomie les amours de Jupiter, et continuait de croire à des adultères divins, qui autorisaient ceux des hommes. Les philosophes euxmêmes, quand de leurs théories ils descendaient aux applications, laissaient de cAté les dieux-idées de leur système, et revenaient, comme tout le monde, aux dieux-passions. C'est ce qu'il importait au christianisme de bien établir, pour déloger le paganisme du dernier poste où il essayait de se retrancher. L'auteur des Clémentines choisit donc comme exemple celle de nos passions qu'il importe le plus à la morale de régler, parce qu'elle peut produire les plus

Page 1