‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 105 sur 199 · Bayle, lettre 217, citée par L. Racine, Mémoires, p · texte numérisé non relu

Bayle, lettre 217, citée par L. Racine, Mémoires, p

du xviii* siècle, et leurs journaux, chers aux écrivains philosophes du siècle suivant, sont les vrais précurseurs de VEncyclopédie *.

On trouve à chaque instant , dans YHistoire des ouvrages des savants ' de Basnage, les marques de sa prédilection pour les modernes. C'est un écrivain consciencieux, exact, impartial, du moins en littérature, et précieux à consulter aujourd'hui, parce qu'il rend compte avec détail d'un grand nombre d'ouvrages. Ses analyses sont un peu lourdes, mais faites avec intelligence : il a soin de n'omettre aucun des points principaux. Dans un temps où la publicité était nécessairement restreinte et les communications difficiles entre les divers pays, ces recueils où un esprit judicieux et sans passion s'appliquait à condenser la substance de toutes les publications contemporaines, et à former ainsi en abrégé une bibliothèque des nouveautés littéraires, offraient la plus grande utilité. Aujourd'hui même, où des journaux si nombreux et si vastes enveloppent l'univers, et font connaître à l'extrémité du monde des livres que, malgré leur bon marché et la rapidité des échanges, tous les lecteurs ne peuvent acheter, un recueil comme celui de Basnage, où l'on se bornerait à des analyses exactes, impartiales et bien faites, des ouvrages importants, sans y joindre de jugement personnel, ne serait pas à dédaigner. Mais il y a dans la critique plus de juges que d'analystes , et le plus souvent les idées personnelles du critique prennent la place du compte rendu. C'est le contraire dans le journal de Basnage : il ne se substitue

1. Voy. sur cette partie si intéressante de Thistoire de la littérature française, le livre excellent de M. Sayous : Histoire de la littérature franraise à l étranger.

2. Commencée en septembre 1687, elle iinit en juin 1709 et comprend 24 vol. in- 12. Basnage l'a écrite en Hollande, où il s*était réfugié après avoir donné sa démission d'avocat au parlement, lors de la révocation. Il mourut en 1710, à 54 ans.

jamais à Tauteur qu*il analyse ; c*est à peine si en quelques mots, toujours pleins de réserve» il indique sa propre pensée; on lui reprocherait volontiers son extrême discrétion, et, notamment dans la querelle des anciens et des modernes, on voudrait qu'il se prononçât. Néanmoins sa * préférence est pour les modernes. Il analyse le Discours sur l'Églogue de Fontenelle avec une approbation visible; il consacre trois articles aux Parallèles de Perrault, et il se raille comme lui des savants qui, au lieu de juger de sang-froid cette question, « prennent la chose aussi à cœur que s'ils étaient descendus d*Homère et de Virgile en ligne directes » Il se moque de Dacier et de Longepierre, à qui il rappelle qu'il faut prendre garde de paraître admirer les anciens par jalousie contre les modernes '. Enfin, avec toute sorte de ménagement et de réserve, Basnage est du parti de Perrault.

Bayle, qu'on peut considérer aussi comme un journaliste, n*a pas traité la question ex professa; ce n'est pas son habitude. Il n'a pas consigné son opinion sur ce sujet dans un article spécial ; mais il a répandu çà et là dans le texte, et surtout dans les notes de son Dictionnaire, un certain nombre de réflexions qui, recueillies et rapprochées, peuvent éclaircir sa pensée. Dans son article sur Homère, Bayle se permet contre le grand poëte des rigueurs dont plus tard La Motte s'est autorisé', comme d'un précédent à sa décharge. A propos des regrets qu'Achille donne à Briséis, il répète, après Sarrazin, que ce héros ressemble à un enfant qui pleure sa poupée: il lui reproche d'être trop grand parleur et trop naïf. Enfin , « j'ose avancer, dît-il, qu'il ne faut que lire le discours de Phénix au neuvième livre de Ylliade pour admirer ceux qui admirent

. L Histoire du ouvrages des savants ^ avril 1693, article vi. — 2. Id., novembre 1687. — 3. La Motte, Réflexions sur la critique ^ deuxième partie, p. 102.

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encore le poème. » C'est là la plus grande témérité de fiayle ; d'ordinaire il se ménage plus, il n'affiche pas à ce point son sentiment, il le glisse en passant, au moment 6ù Ton s'y attend le moins, comme dans le passage suivant de l'article Origèm : « Saurin a dit : < La charité que l'on a « pour ceux qui sont morts depuis plusieurs siècles ne < coûte guère, parce que leur mérite n'excite pas notre « jalousie et notre envie, et que nous ne les regardons pas « comme nos concurrents. > Et Bayle laisse tomber cette remarque avec une indifférence piquante : « On s'est servi plusieurs fois de cette pensée pour donner raison de la conduite de ceux qui ont soutenu que Sophocle, Euripide, Aristophane, etc., ont surpassé de beaucoup Corneille, Racine, Molière, Descartes. >

A la Cn d'une note sur l'article Virgile : « Je ne puis, dit-il, finir sans observer que, lorsque Pline fait l'éloge de Verginius Romanus, il nous apprend que la maladie que nous voyons ici dans les esprits se voyait à Rome : car il déclare qu'il n'est point de ceux qui méprisent le temps présent, et qui n'admirent que les anciens. > Et Bayle cite le passage de Pline que j'ai reproduit dans un chapitre précédent".

Souvent, à propos d'un écrivain moderne, Bayle amène le nom d'un ancien qui peut lui être comparé, et il donne volontiers la préférence au moderne. J'ai rencontré deux articles où le sentiment de Bayle se montre avec plus de vivacité : le premier est l'article Corbindli. Jean Corbinelli était un des amis de Mme de Sévigné, un épicurien ai* mable, spirituel, d'une conversation charmante, un véri*^ table ancêtre de l'abbé Galiani. Il avait fait un livre intitulé : Extrait de tous les beaux endroits des ou/orages les plus célèbres de ce temps^ dont la préface avait été composée

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