Traité de la Concupiscence y chap. xvni
ne fussions bons amis. » C*est Racine et FabbéTallemant que Boileau chargea de la négociation. Il parait que Perrault n'accepta pas les conditions de paix proposées : Boileau affirme qu*avant tout, il exigea pour ses ouvrages une estime et une admiration qu*on ne pouvait en conscience lui accorder. Ce n'est là sans doute qu'une malice de Boileau, qui, de son côté, comme première clause du traité, demandait la publication de la lettre d*Arnauld, « afin de n'être pas privé du plus grand honneur qu'il eût reçu en sa vie*. > 11 avait raison de tenir à cet avantage ; mais plus il était grand, plus on comprend que Perrault ait hésité à le lui accorder. Ce fut probablement le refus de l'écrivain condamné par une autorité si haute, de laisser publier sa condamnation, qui retarda la conclusion de la paix. Toutefois, en annonçant à Arnauld la rupture des négociations, Boileau avait soin de tenir une porte ouverte à un arrangement futur : < En quelque lieu que vous soyez, je vous déclare, monsieur, que vous n'avez qu'à me mander ce que vous souhaitez que je fasse pour parvenir à un accord, et je l'exécuterai ponctuellement , sachant bien que vous ne me prescrirez rien que de juste et de raisonnable.... Obtenez de vous et de lui que votre lettre verra le jour, et je lui donne sur tout le reste carte blanche.... Faut-il me dédire de tout ce que j'ai écrit contre M. Perrault? Faut-il lire tout Saint-Paulin? Vous n'avez qu*à dire; rien ne me sera difficile \ »
Quel honorable exemple que la conduite de ces grands esprits du xvir siècle ! Quelles bonnes dispositions à effacer leurs torts, quand une voix impartiale s'interpose et les convie à la concorde! Quels vrais grands hommes qu'un Arnauld, qui plaide tour à tour auprès de Boileau pour la mémoire de Claude Perrault', auprès de Charles Perrault pour
1. Leltre xi, Remerclment à M. Aroauld (juin 1C94). — 2. Ibid,
3. Louis Racine cite, dans ses Mémoire» ^ une lettre d'Anuiukl, où se
la réputation de Boileau, et qu'un fioileau, qui défère avec tant de bienséance et de dignité au vœu d'Amauld ! C'est ainsi que nous voyons Racine promettre à Despréaux de ne pas laisser paraître cette seconde lettre contre Port-Royal, qui devait, lui disait son ami, faire tant honneur à son esprit, niais qui attaquait c le plus doux des hommes, M. Ni*' cole! > Quelles leçons de grandeur d*Ame pour les écrivains! et quels droits à l'admiration n'ont pas conquis ces illustres honnêtes gens, par ces belles actions plus difficiles à faire que leurs chefs-d'œuvre, car c'étaient des victoires remportées sur eux-mêmes et sur leurs passions!
Perrault, qui était digne aussi de s'associer à tous les sentiments honorables, finit par consentir à la publication de la lettre d'Amauld, et la réconciliation entre les deux adversaires s'accomplit quatre jours avant la mort de leur
trouve ce passage : «Je n'eus pas plus tôt reçu les OEuvret diverses ^ que je me mis à lire ce qu'il y a de nouveau. J'en ai été merveilleusement satisfoit, et je doute que le bon Homère ait jamais eu un plus exact et plus judicieux apologiste que M. Despréaux, dans ses Réflexions sur Longin, C'est tout le remerctmeht que je vous supplie de faire de ma part à l'auteur, et d'y ajouter seulement que j'estime trop notre amitié pour la mettre au nombre de ces amitiés vulgaires qui ont besoin de compliments pour s'entretenir. Je passe encore plus loin, et j'ose assurer qu'il ne trouvera pas mauvais que je lui remarque ce que j*ai trouvé dans ses Réflexions critiques f queje souhaiterais qui n'y fût pas, et ce qui n'aurait pas dû y être, s'il avait fait plus d'attention à cette belle règle qu'il a donnée dans sa dixième épttre : « Rien n'ept beau que le vrai. » Ce que je souhaiterais qui* ne fût pas dans les Réflexions , o&i ce que j'y ai trouvé de M. Perrault, le médecin. On dit, sur la foi d'un célèbre architecte, que la façade du Louvre n'est pas de lui , mais du sieur Le Vau.... Cela ne me paraît avoir aucune vraisemblance, bien loin d'être vrai.... Je ne crois pas qu'il soit permis d'ôter à un homme de mérite, sur un ouï-dire, Thonneur d'avoir fait cet ouvrage.... Je souhaiterais aussi qu'il fût disposé à déclarer que ce qu'il a dit du médecin de Florence n'est qu'une exagération poétique que les poètes ont accoutumé d'employer contre tous les médecins, qu'ils savent bien qu'on ne prendra pas pour leur vrai sentiment; et qu'après tout, il reeenBalt que M. Perrault le médecin a passé, parmi ses confrères, pour un médecin habile. 9
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conciliateur, le 4 août 1694*. Ils se rencontrèrent et se tendirent la main. Pour mieux marquer la sincérité de son retour, Boileau annonça au public la conclusion de la paix dans une épigramme où Pradon payait les frais de la guerre*. Quelque temps après, Perrault demanda à Boileau, de vive voix d'abord, et ensuite par écrit, d'adoucir, dans la prochaine édition de ses ouvrages, ce qui regardait leur différend. Boileau répondit que leur raccommodement s'était fait sans condition ; que, du reste, il avait eu la pensée, non de retrancher quelque chose à ses ouvrages, ce qui serait inutile à cause des éditions précédentes qu'on ne manquerait pas de rechercher, mais d'écrire à Perrault « quelque lettre agréable où il badinerait sur la querelle, ' et ferait voir qu'il a de l'estime pour lui'. »
En effet, en 1700, Boileau écrivit à Perrault cette < lettre agréable, » qui fut publiée, pour la première fois, dans l'édition de 1701. Le retour à la concorde porta bonheur au grand écrivain. Cette lettre à Perrault, bien supérieure aux Réflexions sur Longin^ n'est pas seulement, si l'on en retranche quelques mots un peu vifs qui semblent un der-
1. LeUres d*Amauld (vii, 618). — Boileau^ t. IV, p. 377, éd. Berryat Saint-Prix.