‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 136 sur 199 · A Tadmirable vers · texte numérisé non relu

A Tadmirable vers

« No light, but rather darkness visible ! » Bentley propose de substituer :

a No ligbt, but rather a transpicuous gloom t »

tre rËcriture sainte à Texamen critique qu*il avait appliqué aux Lettres de Phalaris ? Il faisait la cour à une jeune fille belle et pieuse qu*il devait épouser, et, parlant avec elle de la Bible, il entreprit, pour l'intéresser à l'entretien, de discuter doctement sous ses yeux l'authenticité du livre de Daniel. La piété de la jeune fille s'efiaroucha d'un savoir qui ne reculait pas devant les livres saints, et le mariage manqua d'être rompue Mais que sont quelques erreurs auprès de tant de services rendus à la science ? Quelle admirable vie pleine d'œuvres et de vertus! quelle puissance de travail ! quelle variété de connaissances I Ce grammairien profond, cet éditeur inventif d'Horace, d'Aristophane, de Térence, de Phèdre, de Manilius ; cet adversaire éloquent du matérialiste GoUins, ce professeur incomparable qui élevait si haut les études du collège de la Trinité ^ vulgarisait le premier dans la chaire chrétienne les découvertes de Newton, et, tournant la science contre l'athéisme, mettait l'astronomie au service de Dieu. Si, dans un travail où je condamne l'excès des partisans des anciens^ je ne craignais de manquer à mon tour de justice envers les modernes, je serais tenté de répéter, en parlant de Bentley, le mot du vieux Charron sur les grands hommes de l'antiquité : « La graine de ces gens-là est perdue. »

Du reste, il n'était pas besoin de la sagacité supérieure de Bentley pour démasquer l'imposture des Lettres de Pha* laris. £n lisant cet ouvrage médiocre d'un déclamateur, on s'étonne que des compilateurs grecs, comme Stobée et Suidas, aient pu l'attribuer au tyran de Sicile, et que Fécolc mondaine des hellénistes d'Oxford, sous la présidence du doyen Aldrich , lui ait consacré l'effort de sa jeune érudition. Je n'ai pas dessein d'en discuter ici l'authenticité; on

1. Monk, qui rapporte cette anecdote d'après un passage des Mémoiret de Whiston, la révoque en doute, sans affirmer qu'elle n'est pas vraie : Se non è rero....

trouvera dans la BU>liothèq%ie de Fabricius un ensemble de preuves qui démontrent que Fauteur de ces lettres n*est ni Phalaris ni Lucien , à qui on les a quelquefois imputées*. Cette correspondance, à la fois pédante et romanesque, sent recelé et le bel esprit. Nul sentiment naturel, nulle pensée venue de l'Ame. Derrière le prétendu tyran de Sicile, on aperçoit le maître de rhétorique qui souffle à son élève les lieux communs de la classe. Les amplifications de Phalaris sur son mépris des hommes, sur son dégoût de la vie et l'impossibilité d'être heureux ont l'invraisemblance historique des discours de Sylla dans le dialogue de Montesquieu, sans en présenter l'intérêt oratoire. Une foule d'idées relativement modernes s'étalent dans les discours du tyran, avec une audace d'anachronisme qui scandalise les yeux les moins exercés. Enfin son style roide, gourmé, académique, est un style de pédant, et non de politique Les souverains qui régnent n'ont pas le temps d'arrondir ainsi leurs périodes. Il n'appartient qu'à ces princes de rhétorique que les écoliers font parler, d'oublier à ce point leur trône au milieu des soucis de la phrase et du mot *•

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