Monk , Life of Bentley , p
4. Bentley against Boyle, Son vrai titre est : A disserUitimi npon tke Epistles of Phalaris, fcith an anstcer to the objections of ihe hou. Ch. Boyle. Elle porte cette épigraphe :
Mordcar opprobriis falsis, mutemve colores? Falsus lioiiur juvat, et mendax infamia terret Quem^ nisi memlacem et mendosum?
yait qu'indiqués, puisant avec une abondance inépuisable de nouvelles preuves dans sa science de l'antiquité, abordant avec une supériorité toujours égale toutes les questions d'histoire» de philologie , d'archéologie , de critique et de goût, tour à tour calme et persuasif, quand il raconte l'histoire de ses relations avec Boyle, agressif et moqueur, quand il dénonce l'ignorance de ses adversaires, il laisse tomber cette déclaration dédaigneuse : « Je me suis efforcé de suivre le conseil de H. Boyle, et d*éviter la plaisanterie où il a été possible de l'éviter. Si parfois son livre extraordinaire m'a inspiré quelque saillie peu grave, je m'estimerai heureux que le plus grand mérite de son ouvrage paraisse le plus grand défaut du mien. » Bentley est implacable contre ces dénonciateurs de prétendus plagiats , qui tiennent bourse commune d'esprits, et surtout contre ce jeune gentleman , qui, pour avoir l'honneur de signer un mauvais livre, s'est fait le préte-nom d'un club tout entier, c On a dit que la dissertation sur Phalaris n'est pas de moi. Si je répondais à mon tour que l'examen de cette dissertation n'est pas de M. Boyle! si je prouvais, en comparant les styles, qu'ils ne se ressemblent pas ! si je relevais les contradictions innombrables du livre, et le contraste du ton qu'on affecte avec le nom à'honorabk que prend M. Boyle ! Mais ce ne serait là qu'une frivole réponse! » D'un souvenir d'Horace, il châtie l'inspirateur de Ylndex^ le docteur King :
Proscripti Régis Rupili pus atque venenum. c The filth and venom of Bupilius King. >
€ On m'a représenté brûlant dans le taureaa.de Phalaris, dit-il par allusion au dessin de Cambridge. Soit, je suis le patient ; et de même que le taureau du tyran était fabriqué de telle sorte, que les cris des victimes se changeaient en musique pour les oreilles de Phalaris, mes plaintes, à ce
qu'il paraît, forment un concert qui charme Touïe de M. Boyle. Mais que Phalaris junior prenne garde, et qu'il se souvienne que Phalaris atné a brûlé à son tour. » Quelquefois il se laisse entraîner à des jeux de mots que le goût anglais ne dédaigne pas, mais qui blessent le nôtre. D*Israëli cite avec admiration la réplique de Bentley à Tépigraphe du livre de Boyle : •• On me compare à Hilon de Crotonel Ce Milon était un athlète qui, après plusieurs victoires aux jeux Olympiques, fut vaincu par un tronc d'arbre. Après m*étre acquis une certaine réputation dans les lettres, il parait que je vais me faire battre par des adversaires de bois. > J*aime mieux Tusage que Bentley fait de ses souvenirs. Il se rappelle, avec un à-propos charmant, un passage de Gicéron où Torateur , parlant du caractère tyrannique de César, le définit, un phalarisme^ . « Il y a, dit -il, un certain tempérament moral que Gicéron nomme le phalarisme. On imaginerait volontiers que cet esprit de Phalaris est descendu dans l'&me de ses traducteurs. Le gentilhomme qui Ta édité m*a prévenu plus d'une fois, dans le cours de son ouvrage, que si j'avançais d'un pas de plus contre Phalaris, j'aurais à soutenir un duel à mort: généreuses menaces contre un théologien qui n*a jamais porté d'épée. Voilà ce que j'appelle un phalarisnie, »
Cette fois, dit Monk, la victoire de Bentley fut complète; il resta maître du champ de bataille. Ses adversaires promirent toujours de lui répondre et ne tinrent pas leur promesse*. L'opinion se retourna du côté de Bentley avec autant de force qu'elle s'était prononcée contre lui, et ron comprit enfin que c*était lui, et non ses adversaires, qui défendait l'antiquité. Mais combien le public fut long à ouvrir les yeux! Que de savoir, d'esprit, d'éloquence, dépensés par un seul homme, pour vaincre Tillusion de son
1. Cicero ad Àttieum, lib. VII, epist. xii. — 2. Life of Bentley, p. 105.
temps! Et, aujourd'hui, de cette polémique célèbre, que reste-t-il? un chef-d'œuvre de controverse, mais un de ces chefs-d'œuvre qu'on admire par tradition et qu'on ne lit guère, parce que l'intérêt du sujet n'est pas à la hauteur du talent qui s'y déploie. Toutefois, la discussion n'eut pas pour effet unique de démontrer que les Lettres de Phalaris sont une fiction littéraire ; c'eût été un médiocre honneur pour la polémique de Bentley. Ses dissertations spirituelles et savantes apprivoisèrent à l'érudition la société polie , et lui firent goûter la critique appliquée aux ouvrages des anciens. Elles furent une leçon utile pour les écrivains qui parlaient de l'antiquité sans la connaître, un avertissement de ne pas admirer sur parole, d'étudier avant de se prononcer, et de remplacer l'enthousiasme banal de l'école par un examen personnel et réfléchi. Voilà le service rendu et à la littérature et aux gens du monde par ces admirables pédants dont les gens du monde se moquaient. Voilà pourquoi nous devons honorer la mémoire de Bentley, assez savant pour soumettre les œuvres des anciens à l'examen d'une critique pénétrante, et assez spirituel pour faire aimer ces sévères études au public lettré de son pays. Maintenant, je le reconnais volontiers, il est regrettable de voir un si grand esprit s'emprisonner dans un épisode de la question, au lieu d'entrer au cœur de la question même. Mais, je le répète, si l'on excepte le livre de Wotton, qui aborde le sujet, l'histoire de la querelle des anciens et des modernes en Angleterre n'est qu'une digression, c'est une mêlée hors du champ de bataille, à travers une poussière si épaisse, que les témoins du combat se trompent sur le drapeau des combattants. On y prend les anciens pour les modernes, et les modernes pour les anciens ; c'est une confusion générale, et Swift aura le droit de se railler de tout le monde.