‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 148 sur 199 · Poétique y p. 245, 293, 443 , etc · texte numérisé non relu

Poétique y p. 245, 293, 443 , etc

l'arrêt de bannissement prononcé contre le poète : « Vous jugerez, s'il vous platt, amplissime sénat, s'il doit être rédargué par Platon et chassé de la république par honteux ostracisme, pour avoir si doctement chanté, ou s'il y doit être retenu couronné de louanges immortelles, pour continuer de sa bouche divine tant inestimables chansons*. » On ne sait pas quel fut le jugement du parlement de Dijon. Plus de cent ans après, c'est chez Platon et chez Scaliger que Desmarets se pourvoit d'arguments antihomériques; et, à l'époque où nous sommes parvenus, c'est encore Platon et Scaliger qui défrayent la polémique de La Motte et de ses partisans. Rien de plus curieux, dans l'histoire de la littérature, que cette reproduction périodique des mêmes idées, après tant de siècles écoulés, à des époques si différentes, et lorsqu'une révolution philosophique s'est accomplie au nom du libre examen contre la tradition. Mais il est temps d'entrer dans le récit de ce nouvau débat.

Depuis la réconciliation de Perrault et de Boileau, la paix avait régné dans la littérature. Les deux adversaires s'étaient à peine tendu la main, que l'on ne songea plus aux anciens ni aux modernes. Le nom d'Homère ne souleva plus aucune tempête ; on put même le défendre et harceler Perrault une dernière fois, sans que la bataille recommençât. L'abbé Regnier-Desmarais , homme d'esprit , mais naïf, arriva un peu tard quand, six ans après le dénoûment de la querelle, il vint dire son avis sur Homère et Perrault. H trouva l'attention publique distraite et indifférente. Du reste, dans la dissertation dont il fit précéder sa traduction du premier chant de Vlliade, la seule nouveauté qu'il introduisit, ce fut sa manière d'expliquer la mytliologie et même les plus simples expressions du poète. Plus

1. Apologème pour le grand Homère contre la répréhension du dirin Platon, p. 26. (1572.)

hardi que Proclus et que Maxime de Tyr, qui font d'Homère le précurseur de Platon S Tabbé Régnier, par ses interprétations imprévues, a frayé la route au fameux P. Hardouin , le modèle des commentateurs originaux. On a coutume d'entendre par cette épithète , qui lance au loin les traits^ que les flèches d'Apollon, de vraies -flèches, et non pas des flèches métaphoriques, allaient au loin toucher le but. Écoutez l'abbé Régnier : les flèches d'Apollon, ce sont les rayons du soleil. « G*est par le rapport qu'Apollon a avec le soleil, ou plutôt parce qu'il est pris pour le soleil lui-même, qu'il est appelé par Homère et par tous les Grecs qui darde loin, qui opère loin. C'est parce que la peste est souvent causée par l'excessive ardeur du soleil, que dans le commencement de Ylliade ce sont les flèches d'Apollon qui mettent la peste dans le camp des Grecs ; et c'est parce qu'ordinairement le vent se lève avec le soleil , qu'Ulysse et les autres Grecs étant partis de Chryse au point du jour pour retourner dans le camp, Homère feint qu'Apollon, qu'il avait apaisé par un sacrifice solennel, leur envoie un vent favorable'. » — Rabelais était un homme d'un grand sens , qui disait : « Croyez-vous en votre foi qu'oncques Homère, écrivant Iliade et Odyssée , pensât es allégories lesquelles de lui ont calefreté Plutarque , Héradides Pontique , Eustatie, et ce que d'iceux Politien a dérobé? Si ce croyez, vous n'approchez ne de pieds, ne de mains à mon opinion'. »

L'abbé Régnier fondait sur sa traduction les plus belles espérances, n n'avait rien manqué à Homère, pensait-il, que d'être bien traduit, pour faire tomber les armes des mains

1. Voy. ce que Mme Dacier dit de Touvrage de Proclus sur les allégoriob d'Homère, et les dissertations 5 et 32 de Maxime de Tyr.

2. Voy. le I" livre de Vlliade en vers français, avec une dissertation sur quelques endroits d'Homère, p. 50. Paris, 1700.

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