‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 169 sur 199 · Conjectures académiques y p · texte numérisé non relu

Conjectures académiques y p

imaginaire du poëte; de là celte diversité de jugements sur les ouvrages que lui prête la tradition. V Iliade et TOdysséCy qu'on attribue au même poëte, sont les œuvres de plusieurs génies dissemblables. Simples fragments d'abord, et disséminés dans toute la Grèce, ces chants ont été recueillis par quelque esprit curieux qui, choisissant ceux qui convenaient à son dessein , en a fait un corps. Cet esprit curieux a-t-il été Lycurgue, le législateur de Sparte, qui, voyageant en lonie, aurait, selon Plutarque, rassemblé et copié les poèmes d'Homère*? On en peut douter; mais ce qui résulte certainement du témoignage de Plutarque, c'est qu'avant d'être recueillis par un amateur, ces chants des rhapsodes, les prétendus poèmes d'Homère, n'étaient que des œuvres détachées de divers chanteurs. Et encore le recueil de Lycurgue fut-il bien imparfait, ou bien maltraité par le temps ; car plusieurs siècles après lui, Pisistrate et son fils Hipparque firent une nouvelle recollection des chansons des rhapsodes, et c'est alors seulement que la Grèce posséda réellement deux poèmes complets : Ylliade et YOdysséSy et crut à l'existence d'un poëte appelé Homère, qui passa pour en être l'unique auteur*.

Qu'on écarte certaines imaginations mêlées à cette théorie, comme par exemple celle des musiciens aveugles chantant aux portes des bourgeois de la Grèce, il est curieux de rencontrer dans les Conjectures d'un pauvre abbé, suspect d'insanité d'esprit aux yeux de Boileau, un certain nombre d'idées adoptées par la science moderne. Tandis que les plus fortes têtes du xvir siècle regardaient Ylliade et YOdyssée comme des œuvres de cabinet, composées par un écrivain de profession, d'après une poétique consacrée, d'Aubignac y apercevait déjà une collection de traditions

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