Préface des idées sur la philosophie de Vhistoirej p
480 aiSTOlRE DE LA QUERELLE
à peine leur longue discussion sur Fincivilité des héros d'Homère*. Le système de Vico ne jaillit pas de son cerveau comme d'un seul jet ; il en sortit fragment par fragment et avec un labeur infini; et même achevé, il garda toujours quelque chose de la longue confusion où avaient été plongées les idées du philosophe. Les vestiges du chaos sont imprimés dans ce monde imparfait que sa pensée a créé. Formée par des efTorts et des enfantements successifs , son œuvre est dépourvue de cette unité visible, vraie perfection d'un système de philosophie. C'est Timage exacte de son éducation, comme elle en est le fruit laborieux : éducation commencée avec ardeur, abandonnée avec découragement, reprise comme dans un accès de cette fièvre implacable de savoir dont brûlait ce grand esprit ; éparpillée sur mille sujets, partagée sans règle et sans méthode entre les lettres et les sciences , l'érudition et l'histoire , le droit et la poésie, la théologie, la rhétorique, la médecine et la philosophie, et placée par Vico sous l'invocation de quatre hommes d'inégale grandeur et de génies étrangement assortis, Platon, Tacite, Bacon et Grotius. Dans la bibliothèque où Vico s'enfermait à vingt ans, et où il exposa un jour à l'évéque d'Ischia , Giovanni Rocca , ses plans de réforme de l'éducation publique, il étudiait successivement les langues anciennes et les modernes; il lisait indistinctement tous les livres, les gravait dans sa prodigieuse mémoire, passait de la philosophie d'Âristote à la poétique d'Horace, de la physique de Descartes à celle de Boyle, de Bacon à Fontenelle, et comparant dans ses études vagabondes les connaissances des anciens avec celles des modernes, il concevait déjà l'idée qui devint l'un des principes fondamentaux de sa philosophie, des deux savoirs, ou, comme ill'a dit lui-même, l'idée des deux sagesses successives de