IV NOTICE
dites paMoue je suis heureux et que je le mérite : v vous allez éveiller contre moi la mauvaise fortune qui dort toujours dans quelque coin. C'est vous, mon cher ami, qui êtes heureux et qui méritez de 1 être; mais je me garde bien de le dire à personne. Ce sont des secrets quil faut garder pour soi, entre amis. » Il gardait bien le secret de son bonheur, ne s'en vantant pas, mais ne voulant pas non plus qu'on le crût à plaindre de ce qu'il n'avait qu'une modeste fortune, revendiquant avec une verve piquante et touchante le droit d'être heureux avec peu d'argent, ce droit que tant de gens s'empressent d'abdiquer, en abdiquant du même coup la joie et la dignité que donne l'exercice d'un pareil droit*.
M. Rigault avait fait de très-bonnes études et il avait eu le prix d'honneur. Je ne suis pas de ceux qui croient que les succès de collège sont l'infaillible pronostic des succès dans le monde ; il faut, pour réussir dans la vie, ajouter aux qualités de l'esprit les qualités du caractère. Quand ces qualités manquent aux lauréats de collège, ils restent lauréats toute leur vie et incapables de beaucoup de choses. Quand ils les ont, l'esprit chez eux faisant valoir le caractère, et le caractère soutenant l'esprit, ils remplissent alors toutes les espérances qu'ils ont données et même celles qu'ils ont conçues eux-mêmes. C'est ce qui arriva à M. Rigault. Tout le monde augurait bien de lui