BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. V
et il avait lui-même bonne idée de son avenir, quoique sans vanité et sans présomption : il sentait ce qu'il était. « Je suis, dit-on^ mobile comme un oiseau, écrivait-il en juin 1847, à un de ses amis*. Est-ce vrai ? Je ne sais. Je crois qu'on se méprend sur cette légèreté. Je suis comme la jeune captive! j'ai les ailes de l'espérance et je m'en sers ; voilà tout. »
M. Rigault écrivait cette lettre à propos d'un changement important dans sa vie. Il avait d'abord été professeur de rhétorique à Caen, puis professeur suppléant au collège Charlemagne à Paris. Il venait d'être nommé élève de l'école d'Athènes , et se préparait à partir pour la Grèce à la fin de l'année scolaire 1 847, quand M. Régnier, précepteur du comte de Paris, le désigna à M. le duc de Nemours comme précepteur de son fils,* M. le comte d'Eu. M. Rigault, dans une lettre à son ami M. Riqiiier, raconte d'une manière charmante comment la proposition lui fut faite, et comment il l'accepta. Je ne crains pas de citer ce récit. Il montre dans quel esprit étaient choisis les précepteurs de nos jeunes princes, et dans quel esprit aussi ces choix étaient acceptés. « J'allais partir pour la Grèce, mes malles
1 . Cet ami est M. Riquier, censeur des études au lycée de Lille, un des hommes les plus faits pour comprendre et pour aimer M. Rigault. M. Riquier a bien voulu m'adresser quelques extraits des lettres de M. Rigault, et je ne saurais trop le remercier de cette communication. Ces lettres de M. Rigault font aimer celui qui les écrit et celui à qui elles sont écrites.