I. Sat, 1, liv. II, V
la nature , les champs , la vie rustique et ses travaux , en nous en peignant les douceurs et la beauté. Prise en ce sens, la poésie didactique s'adresse au cœur aussi bien qu'à l'esprit, et je ne puis partager cette opinion de l'abbé du Bos : « On ne lit pas deux fois un poëme didactique, comme on lit deux fois tout autre ouvrage en vers, parce que l'esprit ne saurait jouir deux fois du plaisir d'apprendre, comme le cœur peut jouir deux fois du plaisir de sentir*. » Le cœur s'intéresse à la poésie didactique quand celle-ci parvient à s'éprendre, à s'émouvoir, et à nous émouvoir nous-mêmes de la beauté de ce qu'elle chante. C'est là ce que j'admire dans YÉpttre aux Pisons, c'est là ce que j'y cherche : l'idée qu'Horace se fait de la poésie et du poète. Si je ne voulais recueillir dans ce prétendu Art poétique qu'un assemblage de préceptes littéraires, peut-être finirais-je par être désappointé comme Scaliger, qui, après avoir divisé VÈpître aux Pisons en trente-six chapitres pour y mettre de l'ordre, dit-il, et y mieux trouver ce qu'il cherchait, s'impatiente des lacunes qu'il rencontre, et conclut, par une pointe, que Y Art poétique est un ouvrage sans art. En se plaçant au point de vue pédagogique de Scaliger, on a signalé dans le poëme d'Horace de nombreux défauts : le défaut de plan, le brusque passage d'une idée à •une autre, l'absence de proportion dans les développements, des omissions graves , des détails inutiles'. Mais si l'on considère YÉpUre aux Pisons comme une causerie où le poëte cherche, sinon à faire craindre les dîflicultés de son art pour en détourner les Pisons, comme le suppose Galiani, du moins à en faire admirer la beauté plutôt