Valentinef cbap. xvii. — 2. Léliaf chap. zxu
même héroïne exprime ainsi son immense mépris pour les esprits abjects qui n'en comprennent ni la gloire ni la sublime souffrance :
« Femme, je n'avais qu'une destinée noble sur la terre: c'était d'aimer. J'ai aimé, et bientôt, un seul amour ne suffisant point à remplir mon âme toujours avide et jamais rassasiée, j'embrassais plusieurs fantômes à la fois.... Et les brutes dont la société se compose demandent ce qui me manquait'!...»
4*> Enfin, et c'est encore une conséquence irrésistible de tout ce qui précède :
«L'amour, étant fatal, divin et irresponsable, est au- ' dessus de la loi morale en général et en particulier du mariage. » Aussi les héros de roman ne manquent-ils jamais de mettre sous leurs pieds la loi morale et le mariage, inventions modernes de la société, par respect pour la loi étemelle de Dieu, et l'un d'eux s'écrie :
«Mariage! infâme tyrannie de l'homme sur la femme! Sociétés, institutions, haine à vous, haine à mort.... Je vous maudis*! »
Voilà les quatre propositions qu'on peut extraire d'un assez grand nombre de romans contemporains, sous les formes les plus variées et les plus oratoires. Dans cent ans, elles serviront à révéler à première vue la date des productions où on les trouve, comme cette définition de l'amour : « L'amour est la vertu des âmes sensibles, » sert à dater là Nouvelle Héloïse. Eh bien! ces quatre propositions, on va se rencontrer face à face avec elles, en lisant la lettre que le philosophe Appion écrit à la jeune dame en faveur de son ami Clément. Elles se montrent sans voile, sous une forme encore plus décidée que chez nos contemporains. On n'en saisira que mieux à son berceau mythologique