‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 11 sur 67 · Uttru sj^rituHleif t. lU, p. 475. - 2. Tome II, p · texte numérisé non relu

Uttru sj^rituHleif t. lU, p. 475. - 2. Tome II, p

plus idiots, pourvu qu*on y soit pour faire la volonté de Dieu^> Et rftme a laissé tomber à terre toute science, tout discernement, toute pensée, et elle est arrivée meurtrie, nue, sanglante, au terme de sa course. Il ne reste en elle que le pur amour, une torche enflammée qui a tout consumé autour d'elle. Voilà l'holocauste immolé à la bonté suprême ! Voilà les ruines où le mattre de l'univers a son temple ! Voilà le désert où Dieu va régner !

Fénelon a tué l'Ame, il a tué l'esprit. Que reste-t-il ? Rien! Et c'est ce rien qu'il aime. < Soyez, au vrai, rien en tout et partout, mais il ne faut rien ajouter à ce pur rien. C'est sur le rien qu'il n'y a aucune prise. Le vrai rien ne résiste jamais, et il n'a point un moi dont il s'occupe. Soyez donc rien, et rien au delà, et vous serez tout sans songer à l'être '. »

L'anéantissement, triomphe du Créateur, perfection de la créature 1 L'élargissement du cœur, voilà le mot qui revient sans cesse sur les lèvres de Fénelon, et ce mot a sa justesse: la dévastation élargit le cœur, comme la solitude agrandit l'espace. Cet élargissement ne se fait pas sans souffrance. • Il faut souffrir pour mourir, > écrit Fénelon à Mme de Hontberon, sa pénitente la plus aimée. Quelle étude navrante dans les Lettres spirituelles que cette correspondance du grand évéque avec cette pauvre femme ! Elle se débat sous cette main impérieuse autant que douce ! Elle a peur de toutes choses. Elle voudrait ne plus agir, ne plus penser, ne plus se permettre un mouvement. Mais la nature arrache sans cesse à l'immobilité son corps, son esprit et son Ame. A chaque pensée qui l'obsède, à chaque parole qu'elle prononce, à chaque mouvement qui lui échappe, elle tremble, elle s'épouvante de ce moi qui tressaille et qui s'obstine à vivre, elle interroge le dominateur de sa conscience, elle lui confie avec terreur, comme des rébel-

1. Lettres spirituelletf t. I, p. 92. — 2. Tome II, lettre 165.

lions de Tégoïsme, ses pensées les plus innocentes. Elle gémit de regretter Tabsence de son mari ; elle s'accuse d'avoir été soigner sa fille malade. Elle s'alarme d'dmer celui qui lui ordonne de ne rien aimer, ce mattre austère et tendre, dont la grftce }a fascine et dont l'austérité l'accable. Avec quelle éloquence alors, mais avec quelle sévérité Fénelon porte la lumière dans les replis de ce cœur où elle craint de descendre ! Quelle clairvoyance impitoyable dans cette merveilleuse peinture d'une flme chrétienne qui, ne tenant plus à rien, craint de tenir à tout, pour s'émouvoir voluptueusement de son inquiétude, pour se donner le spectacle de sa victoire, et pour s'aimer de ne plus rien aimer, pour remplacer enfin par un monde de passions spirituelles ces affectionà naturelles qu'elle a une à une arrachées de son sein ! Oui, cette peinture est admirable ; mais, sous cette profondeur inouïe d'observation, sous les grâces d'un style irrésistible, sous cette imagination d'apparence naïve, qui emprunte ses comparaisons à la nature, à Venfance, aux nourrices, aux agneaux, aux fleurs et au miel, sous les séductions infinies de l'écrivain, que trouvet-on, hélas! quand on cherche l'homme î J'ose à peine le dire, tant le nom de Fénelon est aimable, tant il est aimé ! Mais Fénelon lui-même ne dissimule pas : ce n'est pas moi qui l'accuse de sécheresse, c'est lui qui écrit à Mme de Montberon : c Je suis sec dans mes paroles, > et à Mme de Maintenon : « Je suis sec dans ma conduite '. » Cette sécheresse qu'il avoue, on la sent à travers toutes les douceurs de son éloquence. Son imagination seule est tendre ; son cœur est inflexible. Sa voix enchante l'oreille ; écoutez-la, et vous tombez sous le joug du despotisme le plus prodigieux qui fut jamais : car ce qu'il commande, c'est l'impossible. Cet anéantissement, ce suicide de l'flme, non-seule-

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