RECUEIL DES PENSÉES DE CHAHFORT
Un écrivain de beaucoup d'esprit, connu sous le pseudonyme de Stahl, a publié il y a quelque temps un Recueil des Pensées de Ghamfort, précédé d'une brillante et chaleureuse apologie. Il assigne à Ghamfort le plus douloureux et le plus honorable des rôles politiques : celui d'un ami passionné de la Révolution, qui, le jour où la Révolution dévia dans le sang, se jeta en travers, et qui, n'étant pas de force à Tarréter dans sa course, aima mieux mourir sa victime que de se faire son complice. Sur ce rôle de modérateur politique, si digne d'estime et de sympathie, le
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Ikcueit des Pensées me fournit trop peu de lumières, et je n^examinerai pas s*il est exactement celui qu*a Joué Cham*^ fort. Je ne m'occuperai que du moraliste, dont l'œuvre est presque tout entière dans les Maximes détachées. M. StaU définit la morale de Ghamfort par un mot de Ghamfort : Tout homme, disait^il, qui à quarante ans n*est pas misanthrope n'a jamais aimé les hommes. « Ce n'est pas, ajoute M. Stahl pour expliquer sa définition, ce n'est pas manquer de cœur que de voir avec douleur et colère même les vices de l'humanité^ que de les considérer comme des fléaux, et que d'en souffrir comme on souffre d'une maladie, que d'en parler à la fois, et c'est le fait de Cbamfort, en satirique qui veut corriger et en moraliste qui veut instruire. Le véritable ennemi des hommes ne les évite pas; il reste au milieu d'eux pour rire de leurs fautes* Il se garderait bien d'être amer, il n'est qu'impertinent. » Cette ei^ plication ingénieuse est le développement de l'adage : Qui aime bien châtie bien. Si l'adage était modifié, ai l'on avait coutume de dire : Qui Ch&tie bien aime bien, on serait en* core mieux fondé, ce me semble, à conclure l'amour de Ghamfort pour l'humanité : car ce qu'il y a de plus clair, ce n'est pas qu'il l'aime, c'est qu'il la flagelle de son mieux.
Je ne veux pas dire qu'il la frappe sans relâche, avec une sorte de volupté. De temps ea temps, il se lasse de sa sévérité et forme le propos d'être équitable, même indul* gent. n se plaint que les moralistes ne regardent qu'un seul côté de la nature humaine, le beau ou le laid, selon leur humeur; il fait vœu de les étudier tous deux, pour ne flatter ni ne calomnier la nature humaine, et, comme il dit, de visiter le palais tout entier, depuis les salons jus« qu'aux cabinets noirs. Plusieurs de ses pensées sont de véritables hommages aux meilleurs sentiments qu'on rencontre cbes les hommes. Il a parié de l'amitié, de ses
délicatesses, comme quelqu'un qui les a senties. Il a peint fortement la fierté des cœurs honnêtes. Sur Famour, dont il donne pourtant, en termes raffinés, une idée si brutale, il a çà et là quelques traits qui donnent à penser qu'il n'était pas inaccessible à toute espèce d'idéal, et on lui sait gré d'avoir dit, bien qu'il paraisse se vanter : < J'ai dans l'esprit une femme comme il y en a peu, qui me préserve des femmes comme il y en a beaucoup, • J'accorde tout cela; mais je ne voudrais pas que cette concession que je fais volontiers à l'habile défenseur de Chamfort m'entrâtnât trop loin. Quelques maximes équitables, flatteuses même pour l'humanité, ne tirent pas à conséquence et ne doivent pas donner le change. Chez les moralistes les plus atrabilaires on surprend toujours quelques moments de bonhomie, où, pour ainsi dire, ils désarment. D'ailleurs, à regarder de près, on s'aperçoit vite que les bons sentiaients devant lesquels Chamfort s'incline ne sont pas à ses yeux des attributs généraux de l'espèce humaine, mais les distinctions particulières de quelques âmes d'exception. Il considère les privilégiés qui les possèdent comme des variétés de l'espèce humaine, et il les croit si peu nombreux qu'il a écrit cette phrase : « Je ne serais pas étonné qu'il y eût quelque honnête homme caché dans quelque coin que personne ne connaisse. > Enfin, il se sert complaisamment de ces rares exemplaires du bien, non pas pour relever l'humanité à qui ils font honneur, mais pour l'humilier par la comparaison. C'est à cela, le plus souvent, que se réduit la bénignité de Chamfort. On peut lui appliquer le mot de l'abbé Trublet sur Mme de Tencin. Un jour qu'on louait devant l'abbé Trublet la douceur de Mme de Tencin. « Oui, dit l'abbé, si elle eût eu intérêt de vous empoisonner, elle eût choisi le poison le plus doux. > Les pensées de Chamfort ressemblent à des pilules qui contiennent presque toutes une petite goutte de poison. Seulement, quand
Ghamfort est en veine de douceur, il y ajoute un peu de sucre.
C'est là> tout au moins, de la misanthropie, et de la vraie, non de cette misanthropie par bon cœur, qui n*est que la philanthropie retournée. Car enfin quelle idée dois-je me faire d'un ami de l'humanité? Je ne lui demande pas qu'il ne m'en dise que du bien : cène serait plus un ami ; mais dans le mal qu'il m'en dit, je veux sentir l'affection, le désir d'être utile, d'améliorer ce qu'il trouve mauvais. GhAtiez, mais aimez; faites qu'à chaque blessure je ne voie pas devant mes yeux votre sourire sardonique, et que je sente la pitié dans les tressaillements de votre cœur. Faites qu*en sortant de vos mains je me sente plus sain et plus fort, que j'aie plus de respect de moi-même, de la raison humaine, de la vérité, plus de reconnaissance envers Dieu du bienfait de la vie, plus de charité pour les hommes, plus de justice envers la société. Alors vous êtes un philanthrope; frappez tant qu'il vous plaira. Mais est-ce 1& Ghamfort? Qu'on suppose un jeune homme qui, sur le point d'entrer dans le monde, veut avoir une idée sur les hommes et sur les choses, un flambeau pour voir clair et trouver son che^ min dans le labyrinthe. Ghamfort lui répondra : < Le grand art, c'est de n'être dupe de rien. Examinez tout, prisez tout, l'homme d'abord, et, dans l'homme, la raison, mère putative de la vérité. La raison, que vaut-elle? Il y a sur la terre plus de fous que de sages, et dans le sage même plus de folie que de sagesse. L'homme peut aspirer à la ▼ertu, si cela lui fait plaisir, quoique la vertu ne soit pas le souverain bien, car il est bien plus sûr que le vice rend malheureux qu'il ne l'est que la vertu donne le bonheur; mais nul ne peut prétendre à trouver la vérité. On parie à coup sûr que toute idée reçue, toute opinion publique, est une sottise, puisqu'elle est publique et reçue. La nature, en nous donnant à la fois la raison et les passions, semble avoir
les ÉTUDES IJTTËRÂIRËS ET MORALES.
voulu par le second présent aider rtiommeà s'étourdir sur le mal que lui fait le premier. Les passions conservent seules dans la société le peu de nature qu'on y retrouve encore. Le mal est que Thomme ne peut longtemps jouir de ses passions : si on ne les tue, elles vous tuent. Sans pas* sions, que faire dans la société? La société est un tripot, une auberge, un bois, un mauvais lieu, et les petites maisons. Elle n'est pas tolérable, si vous n'avez pas des muscles vigoureux et un bon estomac. Ne me parlez pas de la gloire, qui n'est qu'un sot orgueil, ni de l'ambition, qui n'est qu'un sot calcul. Ce qu'on nomme l'État, c'est un édifice mal bâti par la société, où les nains se dressent sur de grands piédestaux et où les géants s'accroupissent dans de petites niches : c'est une salle à manger où le service est si bien fait que les uns ont plus de pain que d'appétit, les autres plus d'appétit que de pain. La nature a créé l'amour : un échange de deux fantaisies. La société a fait le mariage, un mal pire que le célibat, parce que c'est un mal sans re* mède. Dans une telle société, quel est le sort d'un homme qui a une raison parfaitement droite et un sens moral exquis? C'est un homme inutile, car la morale n'a jamais corrigé personne; les vices sont éternels, et vivre c'est se pervertir; plus on devient vieux, pire on est. C'est un ennemi public^ qui dans les différentes prétentions des hommes et dans le mensonge des choses dit à chaque homme et à chaque chose : « Je te prends pour ce que tu es « et je ne t'apprécie que ce que tu vaux. » C'est une mauvaise manière de se faire des amis. Quel parti reste-t-il au sage? De vivre seul à sa fenêtre. On dira qu'il est misanthrope et qu'il n'aime pas la société. C'est comme si l'on disait qu'il n'ainie pas la promenade, sous prétexte qu'il ne se promène pas volontiers le soir dans la forêt de Bondy. Qu'il s'enferme chez lui à triple serrure. Sa philosophie, c'est d'ai« lier à l'égard du monde le sarcasme de la gaieté avec l'in-
dolgence du mépris. Il est plus gai qu'un autre, parce qu'il est constamment en état d'épigramme contre son prochain.
«n est dans le vrai, et rit des faux pas de ceux qui marchent à tâtons dans le faux. C'est un homme qui d'un en* droit éclairé Toit dans une chambre obscure les gestes ridicules de ceux qui se promènent au hasard. U dirige sa Tue vers le côté plaisant de la vie; il regarde l'homme comme un pantin, et la société comme la planche sur laquelle il saute. Dès lors tout change, tout devient divertis^ sant, et l'on conserve la santé. Voilà la seule manière de supporter la vie et de gagner la mort sans excès d'impatience# La vie est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures; c'est un palliatif. La mort est le remède. En l'attendant, mon Jeune ami, conservez, si vous ne pouvez mieux faire, les intérêts qui vous attachent à la société, et cultivez avec soin les sentiments qui vous en séparent. C'est le bréviaire de la sagesse.... >
De la sagesse de Ghamfort, cela s'entend ; car ce petit discours que j'ai composé soigneusement des pensées du moraliste, ajustées bout à bout et disposées avec suite, renferme, si je ne me trompe, la substance de sa morale. Que dira le jeune homme après ces conseils du Mentor f Je ne suis pas bien assuré que, s'il a la tête chaude et prend Ghamfort au mot, il n*ira pas se tirer un coup de pistolet au sortir de la conférence. S'il est d'un sens rassis, je doute qu'il le croie sur parole, et surtout qu'il le prenne pour un ami de l'humanité. Cette morale qui l'épouvantera, ce n'est certainement pas la pire des morales. Une morale malhonnête conclurait autrement. Elle dirait que les hommes étant des fous ou des fripons, il faut être fripon, quand on n'est pas fou ; que pour n'être pas enclume, il faut se faire marteau; qu'au lieu de défendre niaisement contre les autres diiens le dtner de son mattre, il faut le manger avec eux. Ghamfort n'est pas de cette école. Méprisez le monde, parce
qu'il est méchant; moquez-vous de lui, parce qu'il est ridicule ; mais ne soyez vous-même ni ridicule ni méchant. Voilà son dernier mot: le tonneau deDiogène avec l'ironie de Socrate. Ce n'est certes pas là une morale de bas étage, et on n'en est capable qu'avec une hauteur d'Ame qui commande un certain respect. Mais je ne puis admettre que ce soit une forme de la philanthropie, et il n'est pas besoin, je pense, d'être un excellent chrétien pour trouver qu'on aime l'humanité d'un amour préférable en tendant la main à ses frères, quand ils marchent à tâtons, au lieu de rire aux éclats s'ils trébuchent et se rompent le cou. Après avoir lu Ghamfort, on n'aime ni son prochain ni soi. On se déûe de tous et de tout. On n'a plus de refuge contre le monde qu'on méprise, pas même dans la contemplation solitaire de la vérité et de la vertu, puisque, selon Ghamfort, il n'y a pas de vérité, et que la vertu n'est pas le souverain bien. On est trop pyrrhonien pour pouvoir être stoïcien. L'âme, atteinte de toutes parts, se replie sur soi-même, triste et endolorie, et n'a d'autre spectacle que le spectacle de ses blessures. Les maximes de Ghamfort y ont enfoncé mille aiguillons cuisants. C'est un essaim de guêpes qui se sont abattues sur vous l'une après l'autre et qui ont laissé leurs dards dans les piqûres.
Pour ne pas s'animer contre Ghamfort plus que de raison, il faut tenir grand compte des temps corrompus et terribles où il a vécu, et, conune il le dit lui-même, du mauvais lot qu'il avait tiré dans la loterie de la vie. Fils naturel d'un père qui ne voulut ni le reconnaître ni même assurer l'existence de la femme qu'il avait séduite, il n'était guère de sang-froid quand il parlait de la famille et du mariage. Forcé pour vivre et pour soutenir sa mère (car ce fut un bon fils) d'être pensionnaire d'un grand seigneur et de plier au joug d'une domesticité de cour un caractère indépendant jusqu'au caprice et fier jusqu'à l'outre-
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cuidance, il était difficile qu*il fût bienveillant pour la société. La société d'ailleurs ne pensait et ne parlait guère mieux d'elle-même, ni de ses institutions, ni de ses mœurs, ni du mariage, ni de l'amour, que ses plus amers détracteurs, et Chamfort se bornait à frapper d'une empreinte originale les jugements de tout le monde. En ce sens, ses Pensées sont un des témoignages les plus expressifs du xvm* siècle sur lui-même, et c'est là ce que M. Stahl a fait ressortir dans sa préface avec beaucoup de justesse et d'esprit. Mais M. Stahl, je le répète, est moins près de la vérité quand il fait de Chamfort un misanthrope par philanthropie. Philanthrope, Chamfort ressemblerait à la plupari des hommes du xviu* siècle, qui ont pour traits communs la recherche ardente du vrai, la foi dans la raison humaine et dans le progrès des lumières, le sincère amour de l'humanité. U se distingue d'eux précisément, à son désavantage, parce qu'il méprise les hommes, ne croit pas à la raison, se moque du progrès et désespère de la vérité. Quand il regarde au fond de lui-même, il n'y trouve qu'un abtme de contradictions. « Ma vie entière, a-t-il dit, est un tissu de contrastes apparents avec mes principes. Je crois les illusions nécessaires à l'homme, et je vis sans illusion; je crois les passions plus utiles que la raison, et je ne sais plus ce que c'est que les passions, etc. » Un dernier contraste dont il ne parle pas, mais dont il a soufiTert, j'imagine, c'est la disproportion de ses talents et de ses œuvres. Avec un esprit supérieur, il n'a rien fait d'égal à son esprit Il a dépensé une fortune en jetant à pleines mains les pièces d'or par les fenêtres. Je ne méconnais pas la valeur de se0 Pensées; j'admets, avec M. Rœderer, qu'il y en a beaucoup qui sont l'abrégé d'un bon livre. Mais je regrette que ce bon livre, il ne Tait jamais fait, et il l'a regretté sans doute plus que personne. Malgré son mépris pour les hoaimes, malgré son dédain pour la gloire, il a dû en mou-
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rant pressentir avec douleur qu'il mourait presque tout entier. Par là, comme par bien d'autres côtés encore, on dirait que Ghamfort est un homme du xix* siècle. Nous nous reconnaissons en lui. C'est le fond et la forme de notre esprit contemporain. C'est la même dispersion des forces de l'intelligence, la même conscience poignante que nous ?alons mieux que nos œuvres; c'est notre doute sans limite; ce sont nos négations, notse sécheresse triste et notre ironie; c'est, avec plus de pureté classique, notre style aigu et intense, ambitieux de l'effet, prodigue du trait et de l'image, qui vise toujours à peindre des tableaux ou à frapper des médailles. Cette ressemblance de Chamfort avec nous est un gage de succès pour le petit volume publié par M. Stahl. Nous sommes bien capables de nous aimer en lui, et ceux mêmes d'entre nous qui n'iront pas jusqu'à l'amitié se garderont d'être trop sévères, par indulgence pour eux-mêmes.
(Journal dit Débats ^ 19 noyembre 1S58.)
M. BAOUR-LORMIAIf.
M. fiaour«Lormian, qui vient de s'éteindre à quatrevingt-cinq ^ans, représente en littérature une classe assez nombreuse en France, surtout dans le Midi : celle des hommes qui , sans facultés supérieures , s'aperçoivent de vingt à vingt-cinq ans qu'ils ont beaucoup d'esprit , d'ardeur, de savoir-faire, et qui partent de la maison paternelle un manuscrit sous le bras, avec la ferme intention de se couvrir de gloire à Paris et de mourir sur l'un des qua-
rante fanteuils de rAcadémie française. Outre une certaine confiance gasconne dans leur étoile et le grain d'ambition dont parle La Fontaine, ils ont assez de coup d*œil pour de-, viner tout de suite Tattitude à prendre et le chemin à suivre, assez d'entrain pour faire promptement ce qu'ils doivent faire, assez de talent pour le faire comme il faut; ils savent choisir adroitement leurs sujets, les traiter au bpn moment et se reposer à'jpropos, pour ne fatiguer ni le public ni eux-mêmes : ils administrent leurs facultés poétiques avec une sage économie, avec un instinct sûr et prompt des bons placements littéraires, de façon à tirer d'un fonds relativement modeste un revenu de gloire très-satisfaisant; gloire viagère sans doute, et qui parfois meurt avant eux; mais de douces pensées consolent leur vieillesse : ils se rap* pellent qu'ils ont eu leurs jours d'éclat; sur ce beau fleuve du Permesse (comme on disait à l'époque mythologique où florissait M. Baour-Lormian), le zéphyr favorable a gonflé leurs voiles : la barque légère qu'ils ont si bien su conduire les a déposés à l'Institut ; et ils exhalent leur dernier chant avec leur dernier soupir sur le fauteuil que leur jeunesse avait rêvé.
Louis-Pierre-Marie-François Baour était né en 1770. Fils d'un imprimeur de Toulouse, il aima de bonne heure les livres et les lettres, et quelques satires bien tournées, quelques bouquets à Ghioris, le désignèrent à l'estime des sa* Ions; il devint une des gloires des Jeux Floraux, un des nourrissons favoris de Clémence Isaure. Déjà Toulouse le comptait avec fierté parmi les lauréats du Gapitole, quand il renonça aux applaudissements de sa province pour aller chercher fortune à Paris. Il étouffait dans sa ville natale; il avait besoin, disait-il > du grand air et du grand soleil de Paris; sa foi dans son talent et dans l'avenir était ro* buste, et il parlait de ses lauriers futurs avec un aplomb juvénile qui lui valut plus tard bien des épigrammes,
celle-ci, par exemple, dont le fond est historique, à ce qu'il paraît :
c De Pégase, mon fils, redoute les écarts,
Disait à Lormian son bon et tendre père ;
Ponr briller à Paris il faut être Voltaire.
— Qu'on fasse mon paquet, mon père, adieu, je pars. »
Mais le jeune poète avait encore une autre raison de partir : il s'était marié à Toulouse ; le lendemain du mariage, sa femme quitta la maison conjugale, retourna chez sa mère, et demanda le divorce. Trois semaines après , le divorce fut prononcé. On parla beaucoup à Toulouse de cette brusque séparation ; on se moqua du mari, et M. Baour partit pour échapper aux railleries de sa province autant que pour aller conquérir les couronnes de Paris. En chemin, tout en se promettant une vie tissue d'or et de soie, car il avait de l'argent, de l'esprit, bon air et bonne mine, il s'aperçut qu'il lui manquait un nom : Baour sonnait assez mal pour l'immortalité. Il était parti Baour de Toulouse; il arriva Lormian à Paris. Lormian était le nom d'un petit domaine de famille. M. Baour-Lormian (ses admirateurs dirent même plus tard de Lormian) se présenta chez un de ses amis, journaliste, qui lui conseilla de faire un poème épique, ou toutau moins d'en traduire un. L'épopée étaità la mode : tous les jeunes gens qui se respectaient publiaient alors leur poème épique ; c'était la suite naturelle d'une rhétorique bien faite. Il n'y avait rien de vraiment épique sans doute dans toutes ces épopées : la vraie poésie n'ét&it ni dans les poèmes ni dans les livres ; elle était dans l'histoire, dans nos grandes guerres, sur les champs de bataille. Les poèmes épiques étaient des narrations en vers où l'on s'efforçait de rigeunir de vieux sujets par des allusions préméditées aux événements contemporains. Les hommes du goût le plus pur n'échappaient pas à ces faiblesses. Dans le
poème éloquent et inachevé de la Grèce sauvée ^ M. *de Fon*tanes fait descendre Tbémistocle aux enfers pour y contempler, au milieu des flammes vengeresses, des athées du V* siècle avant Jésus-Christ, qui ressemblent aux philosophes du xvin* après Tère chrétienne, et des sophistes athéniens, qu'on pourrait prendre pour des idéologues français. M. Baour-Lormian, qui avait Télégance et Part ingénieux, mais non pas la force d'invention de M. de Fontanes, aima mieux traduire que de créer. D'ailleurs les traductions en vers étaient estimées alors presque à l'égal des créations. Traduire en vers, aujourd'hui, c'est le dévouement le plus héroïque et le moins récompensé! On ne croit plus aux traductions en vers. Excepté Horace, qui bon an mal an est mis une ou deux fois en vers français par quelque professeur désintéressé^ ou quelque général en retraite, les auteurs latins ne trouvent plus de poètes pour les versifier; on les réduit en prose : c'est tout ce qu'on peut faire pour eux, et encore est-ce pour dispenser le public de la lecture des originaux. Delille reviendrait au monde, il se garderait bien de traduire les Géorgiques, qui le conduiraient à l'hôpital. Mais en ce temps-là une traduction en vers menait un jeune homme à tout. M. Baour-Lormian hésita quelque temps entre Dante et le Tasse, et choisit la Jérusalem pour deux raisons : la première, dit-il dans la préface de sa traduction, «c'est que, malgré le mérite du Dante, l'Italie ne peut se glorifier que de la Jérusalem délivrée . » Tel était le goût d'alors. La seconde raison, < c'est qu'il fallait venger le Tasse de la sentence de l'aristarque français, dont les organes éteints ne s'ouvrirent jamais aux illusions célestes du sentiment et de l'amour. » Enfin un dernier motif, c'est que deux traducteurs déjà, Clément et La Harpe,
I. Mon ancien mattre et mon uni, M, Anquetil, a publié il y a quelque temps une traduction des Odes d'Horace, en vers très-élégants; je suis heureux de le rappeler ici.
avaient abordé sans «accès la Jérusalem^ et qu'il serait glo* glorieux pour un débutant de les éclipser tous les deux. Malheureusement M. Baour-Lormian n'éclipsa personne : sa traduction, faible et languissante, ne lui rapporta pour tout profit qu'une épigramme de Gbénier, qui l'accolait à La Harpe et à Clément :
Clément, La Harpe et Lormian-Baour Vont traduisant le chantre d'Herminie.
Ainsi tradaire est pure calomnie ! etc.
Plus tard, encouragé par Delille, M. Baour-Lormian reprit courageusement sa traduction et la recommença tout entière. «Aurez-vous un succès cette fois? lui disait-on quand son œuvre fut achevée. — Je le crois bien, réponditil avec bonhomie; j*ai ôté tous les vers qui n'étaient que bons; je n'ai laissé que les excellents. » Tant de vertu fut récompensée : la nouvelle Jénualem fut très*bien accueillie. L'épigramme d'Andrieux sur les deux éditions est plus spirituelle que juste :
Ci-dessous git Baoïir, le Tasse de Toulouse, Qui mourut in-quarto, qui remourut in-douze.
Car, au lieu de remourir, il ressuscita. Sa Jérusalùm fut un de ses grands titres à la faveur de ses contemporains. Aujourd'hui on ne la lit guère, et peut-être vaut-il mieux, pour Thonneur du poète, qu'on ne la lise pas, et qu'c» se repose sur le souvenir de sa gloire passée. La poétique de noti:e temps n'est plus celle d'autrefois : nous distinguons avec tant de sévérité maintenant la versification de la poésie, la traduction de la paraphrase; le goût de la littéralité est poussé si loin, et la partie matérielle de la poésie a été si heureusement renouvelée, qu'il nous est difficile de tomber en extase devant ces imitations très-libres dii texte et toutes ces adresses de versification qui charmèrent les
lecteurs de la seconde Jértualeni. M. fiaour^-Lormian abrège, allonge et corrige le Tasse; c'est ce qu'Hoffmann appdait créer en traduisant. Je viens de parcourir ces pages un peu fanées par le temps. La facture du vers y est excellente , mais monotone; c'est le vers de l'ancienne école, uniforme dans sa structure, solide, plein, harmonieux; mais les grAces anacréontiques et mythologiques du style ont pâli* Le poëme ressemble à ces vieilles étoffes au tissu ferme et doux, dont les fleurs se sont décolorées. Les parties qu'on admirait le plus, c'est-à-dire les peintures voluptueuses » sont aujourd'hui celles qui nous plairaient le moins. Voyez le portrait d'Armide, si admiré autrefois : M. Baour-Lorroian y peint à merveille ces appftts incomparables, ces perfections amoureuses qui passaient pour du clinquant métaphorique aux yeux de Boileau, < le poète apx organes éteints, » et que notre goût moderne a relégués depuis dans le musée des raretés introuvables : le teint de lis et de roses, le col de cygne, le sein de neige, les globes d'ivoire, et les voiles jaloux où Zéphyr
S'insinue et découvre à la foule idolâtre
Un mélange mobile et de pourpre et d'albâtre.
Enfin, ce ne sont pas les beautés fortes et viriles du Tasse, ce sont ses grâces et ses descriptions galantes que M. Baour-Lormian , en vrai fils du xvm* siècle, imite le mieux, et là encore il ajoute à la parure de son modèle; il lui met des mouches et du fard, comme Delille en a mis à Virgile et à Milton.
L'échec de la première Jérusalem jeta le jeune poète parmi les mécontents. Il se fit satirique par mauvaise humeur, et peut-^tre aussi par calcul, car il comprit tout de suite que pour un homme d'esprit la satire était un moyen infaillible de notoriété. Beaucoup de jeunes gens débutaient alors par des pamphlets en vers et se faisaient un nom en
attaquant les grands personnages de la littérature, comme nous avons vu de nos jours des hommes de talent débuter en politique par Topposition, dans l'intérêt de leur avenir. M. Baour-Lormian, dans ses Trois mots, attaqua tout le monde, les grands et les petits, avec une incroyable ardeur d'agression , mais sans fiel, car il était bonhomme et ne combattait que pour la gloire. Chemin faisant, il rencontrait des mots heureux. Il supposait par exemple un téte-àtète de Lebrun et de Ghénier se lisant leurs vers; Ghénier dit à Lebrun :
Vous connaissez Beaufort 1 Je duiais chez la dame. Et contre elle en dînant je fis une épigranmie La forme en est piquante et le tour assez vif; Vous allez en juger.
Ghénier lit ses vers, et Lebrun lui répond :
D'honneur ils m'ont fait grand plaisir : Vous avez de la grâce, une finesse extrême ; Vous me semblez nourri d'Horace et de moi-même.
Plus loin, il lance contre une feuille périodique du temps, le Jowmal des Arts j ce trait malicieux que les amateurs ont retenu :
Et le Journal des Arts, à me nuire obstiné, Ameute contre moi son unique abonné.
Le voilà donc au plus gros de la mêlée littéraire, frappant à droite et à gauche, et frappant juste et fort, souvent blessé à son tour, mais presque aussi content des horions qu'il recevait, quand ils partaient d'une main illustre, que de ceux qu'il appliquait lui-même. De temps en temps il compte ses blessures, comme un vieux soldat ses chevrons.
Si j'ai sifflé Lebrun, par lui je fus sifQé,
s*écrie-t-il fièrement. Il se vante avec un orgueil plaisant d'avoir reçu quatre égratignures de la main de Chénîer dans une seule épttre. Mais son plus grand adversaire, ce fut Lebrun-Pindare. Ils ferraillèrent tous deux à coups d'épigrammes pendant des années entières. Tout Paris fut attentif à ee duel de deux poètes, duel plus que littéraire, où les deux combattants s'attaquaient résolument dans leur vie privée comme dans leur talent poétique. Lebrun avait reçu de Toulouse des renseignements officieux sur la cause du divorce de M. Baour-Lormian , et il composa de ces révélations intimes des épigrammes qu'il serait malséant de rappeler. De son côté, M. Baour-Lormian avait beau jeu. Lebrun-Pindare avait épousé sa servante, et Domergue, qui avait quelque chose de plus que Yesprit du rudiment, avait déjà composé cet épithalame :
Qui pourrait s'empêcher de rire?
Lebrun, d'un vol audacieux, Se précipite dans les cieux Et tombe dans la poêle à frire.
H. Baour-Lormian, attaqué dans sa vie intime, porta la guerre à son tour dans la chambre nuptiale de Lebrun, sans se gêner beaucoup plus que lui pour déchirer tous les rideaux. Ces petites débauches épigrammatiques sont heureusement oubliées, grâce à leur inconvenance même, qui n'a pas permis de les lire. On ne se souvient guère que des deux plus chastes, qui ne sont pas les plus spirituelles :
Sottise entretient la santé :
Baour s'est toujours bien porté.
Lebrun de gloire se nourrit :
Aussi voyez comme il maigrit.
Mais les autres, les plus piquantes et les moins décentes,
firent le plus grand honneur à M. Baour-Lormian aux yeux d*une société fort coulante sur les convenances, et l'on peut voir dans les Mémoires de Bouilly qu'il dut sa réputation d'homme d'esprit précisément à ce qui peut compromettre à nos yeux sa réputation d'homme de goût.
Désormais les voies étaient ouvertes; M. Baour-Lormian avait attiré sur lui l'attention; il échappait à l'obscurité, il comptait dans la littérature ; il était sûr d'avoir un public ; il ne s'agissait plus que de bien choisir son rûle. Après l'échec de sa première Jérusalem, il comprit qu'il n'appartenait qu'aux talents supérieurs de traiter impunément des sujets devenus communs ; il devina la puissance de la spécialité, qui a fait la fortune littéraire de tant d'écrivains de notre temps. Il songea de bonne heure à conquérir dans la littérature une petite province qui fût bien à lui , un domaine qui portât son nom, qu'il cultivât de ses mains, et où il bâttt l'édifice modeste de sa gloire. Il jeta les yeux sur la carte littéraire pour découvrir une région qui ne fût ni trop inconnue ni trop explorée, car il savait à merveille que, si les vieilles choses rebutent, les nouvelles effarouchent, et que les idées, en littérature, doivent être un peu faites^ comme certains aliments, pour être goûtées avec plaisir. Le public commençait à montrer une sorte d'inclination pour la mélancolie; à des symptômes encore légers on pouvait pressentir une crise de tristesse dans l'imagination française. VOssian de Mac-Pherson, sorti de l'atelier de traduction de Letourneur, répandait déjà dans la société polie l'amour des nuages, des clairs de lune, des vagues gémis* sant sur les grèves, et des héros mythologiques du Nord. M. Baour-Lormian adopta sur-le-champ, avec un esprit de décision remarquable, le genre Scandinave: il y avait là, comme il le dit naïvement dans sa préface, une mine à exploiter. Il sut plier à ce genre un peu sombre sa gaieté naturelle, et adoucir le genre lui-même, pour l'ajuster au
d^ré de mélancolie dont la France était alors capable. Son Ostian est encore plus civilisé que YOssian de Mac-Pherson, qui est un citadin auprès de l'Oman véritable. C'est par les demi-teintes que Mac-Pherson avait réussi en Angleterre. Beaucoup trop spirituel pour avoir pensé un instant qu'une fleur sauvage plairait au public anglais^ Mac-Pherson avait grefié au goûtdu jour la poésie primitive de l'Ecosse, et, en dépit de Johnson, la société polie de l'Angleterre s'était eni» vrée de cet ossianisme mitigé. M. Baour-Lormian atténua encore la demi-crudité de Mac-Pherson^etlesmélodiesgaéli* ques, exécutées en sourdine par un arrangeur habile, appri- Toisèrent les oreilles délicates, que les accents sauvages de la ▼raie partition auraient épouvantées. H. Baour-Lormian fut le Ducis d'Ossian. Ducis et lui (je ne les compare pas pour le talent, mais seulement pour le rôle littéraire) ont été les degrés par où le goût français a dû passer pour s'élever à l'intelligence de Shakspeare et de la vraie poésie primitive du Nord. Quelquefois, dans les arts, ce n'est qu'en traversant d'abord la demi-vérité qu'on atteint la vérité tout entière ; c'est par l'artificiel qu'on parvient à la nature.
Bientôt l'ossianisme fut une mode : le public tout entier s'éprit des personnages d'Ossian et du paysage où le poète les encadrait, paysage toujours le même et d'un pittoresque invariable : la mer écumante, des rochers noirs, des nuées traversées par des ombres; au fond du tableau ,
Ainsi qu'une jeune beauté Silencieuse et solitaire , Des flancs du nuage argenté La lune sort avec mystère.
La France confondait dans un même enthousiasme les soldats de ses armées sur le champ de bataille , et les hé-
ro8 de Morven dans leurs palais aériens. Un tableau du temps retraça naïvement ce singulier péle-méle de l'idéal et du réel , du monde de Tlmagination et du monde de la vie , en représentant les cuirassiers français reçus par les vierges d'Ossian dans le palais de Fingal. Les beaux esprits se moquèrent en vain de cette épopée nébuleuse , de ces fantômes héroïques , de cette Iliade crépusculaire. L'ossianisme avait pour lui les jeunes gens, les femmes et les beaux-arts ; les mères donnaient à leurs enfants les noms d'Oscar et de Malvina ; M. Baour-Lormian a été , comme Bernardin de Saint-Pierre après Paul et Virginie , le parrain d'une génération; Girodet s'empara d'Ossian, et Lesueur des Bardes; deux grandes autorités dju temps, Bonaparte et Mme de Staël , partout ailleurs divisés , s'accordaient dans leur admiration pour Fingal, et je mettaient au-dessus d'Achille : l'ossianisme , d'ailleurs , fut un progrès véritable. Après les étemelles descriptions d'une nature fausse et fardée, au sortir de ces boudoirs embaumés où les successeurs de Dorât et de Pezai, les coryphées de YAlmanach des Muses ^ faisaient expirer de langueur la poésie française entre les myrtes et les roses , sentir enfin un soufQe d'air pur , respirer la brise de la mer, fouler les bruyères sauvages , errer sur les montagnes au bruit du vent dans les pins , sous un ciel froid et sans étoiles , c'était retrouver la nature, une nature hyperboréenne et monotone, qui finissait , je le sais , par donner le frisson et la nostalgie du soleil, mais une nature encore inédite, qui ressuscitait une lueur de poésie. On se sentait ranimé rien qu'à déclamer ces beaux vers si mélodieux et si nouveaux :
Mais peut-être, ô soleil ! tu n'as qu'une saison ; Peut-être, succombant sous le fardeau des âges. Un jour tu subiras notre commun destin. Tu seras insensible à la voix du matin, Et tu t'endormiras au milieu des nuages.
Mme de Staël éleva à la hauteur d*une théorie littéraire cette faveur momentanée du public pour Ossian. Selon elle , la poésie du Nord , celle qui se platt au bord de la mer et sur les rochers, celle qui porte vers l'avenir , vers la pensée d'un autre monde l'homme fatigué de sa destinée, est la seule capable de remuer l'âme dans ses profondeurs , et par conséquent la seule digne d'une époque de réflexion et de philosophie. Ce n'est plus la poésie du genre humain enfant , c'est la poésie de l'humanité triste et méditative, parce qu'elle a vieilli ; c'est la poésie des penseurs et des hommes libres , car ses accents sauvages , sa rudesse, ses descriptions fières, inspirées par le déta* chement de la vie , entretiennent le sentiment de l'indépendance ; tandis que les douceurs efféminées de la poésie du Midi énervent les sens et précipitent l'&me dans la servitude. Mme de Staël intéresse à. son culte pour Ossian les deux grandes passions de sa vie , la philosophie et la liberté. On voit sans peine comment Ossian, interprété ainsi, donne la main à Chateaubriand, à Goethe, ^à Byron, à la poésie du doute et de la tristesse. Mais la plupart des contemporains ne voyaient pas les choses de si haut que Mme de Staël, et M. Baour-Lormian ne se doutait pas qu'il se trouvait sur la lisière du chemin où devait s*élancer la poésie moderne, et que, dans le domaine poétique où il s'était classiquement installé, il allait avoir d'aussi romantiques voisins.
Encouragé par le succès , M. Baour-Lormian continua d'épier les bonnes occasions , et sut se ménager sa part dans la vogue de certains sujets littéraires qui captivaient la faveur publique. Lorsqu'on semblait se plaire aux souvenirs bibliques, et que l'histoire de Joseph, déjà racontée en prose poétique par Bitaubé , et rajeunie par la musique de MéhuI , attendrissait les âmes sensibles , M. Baour- Lormian ramena sur la scène tragique les Hébreux, qui ,
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depuis Athalie , semblaient disgraciés. Sa tragédie d*Omasis ou Joseph m ÉgypU^ aujourd'hui oubliée, fut applaudie plus vivement et plus longtemps que les plus heureuses tragédies de nos jours. Elle venait à propos et avait pour interprètes Talma (Joseph) et Mlle Mars (Benjamin); leur jeu admirable dissimulait l'insuffisance de Faction dramatique et la faiblesse des caractères. A la lecture , le rôle d*Omasis n'est plus qu'une grave élégie , et celui de Benjamin qu'une pastorale charmante. Le style est pur, élégant et musical. On croyait entendre un écho de Racine quand Mlle Mars récitait, de sa voix enchanteresse, ces vers harmonieux qui peignaient à Omasis les douleurs de Jacob :