‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 19 sur 67 · Dm destinées de la poésie · texte numérisé non relu

Dm destinées de la poésie

2. Discours sar la Uttératare française. ChretUmathiey t. HI.

pire avec sa gloire et ses revers, sa grandeur et ses fautes, a fait la poésie, et nous, nous Tavons écrite à l'ombre de la paix, dans la tranquillité dès années heureuses. Ne nous prévalons pas avec trop de dédain d*nn privilège poétique que nous ne devons pas seulement à une supériorité de génie, mais à un bonheur de date et de circonstances. Oui, nous avons sur TEmpire un double avantage littéraire, celui de posséder de grands poètes lyriques,* et celui de n'avoir pas de poètes épiques. Mais est-ce à dire que la littérature impériale ait été si déshéritée et si pauvre? En général, il y a dans le monde , à toutes les époques, une somme à peu près égale de talent. C'est l'idée que Perrault et Fontenelle partageaient avec Fénelon, et, s'ils n'avaient pas avancé d'autre paradoxe, les anciens et les modernes n'auraient pas disputé si longtemps. Cette somme égale de talent se trouve inégalement répartie, en gros ou en petits lots, en génie ou en esprit. Ily ades époques imposantes, où les parts plus considérables sont concentrées entre les mains de quelques grands génies, comme au xvn* siècle ; il y en a d'autres où elles s'éparpillent entre une multitude de copartageants, comme sous l'Empire ; il y a des moments où les esprits moins riches, parce que le trésor commun est plus divisé, ne trouvent même pas le libre usage du fonds qu'ils possèdent, les institutions politiques ne le permettant pas. Une seule chose a manqué aux talents de l'époque impériale pour paraître aussi beaux qu'ils étaient : la liberté. Et la preuve, c'est que des deux grands écrivains qui , se tenant en dehors de l'Empire, ont joui de leur génie dans toute sa plénitude, Tun, M. de Chateaubriand, n'a pas d'égal parmi nous; l'autre, Mme de Staël, n'a pas de supérieur.

M. Etienne est un des hommes qui représentent le mieux la littérature de l'Empire. Il a offert, comme on l'a remarqué avec justesse, le type exact et distingué de l'homme

de lettres et de Thomme de talent, à la date précise où il est Tenu. < Quand on Vous parle, dit M. Sainte-Beuve, de la littérature de TEmpire dans sa perfection et dans sa justesse, ne pensez ni à Fontanes, qui date de plus loin, ni à Andrieux, qui a également ses racines au delà, ni à Lemerder, déjà célèbre sous le Directoire, ni à Delille, qui a débuté avec éclat sous Louis XV; pensez à H. Etienne, né aux lettres avec le Consulat, éclos à la faveur du temps du camp de Boulogne, arrivant à son plein triomphe tout jeune encore, à l'heure de l'apogée extrême de l'Empire *. »

Par ses œuvres comme par son caractère, M. Etienne est l'image de ce temps où la littérature Qe ne parle pas de la littératureofficielle, de celle que H. Sainte-Beuve nommait récemment la littérature d'État) ne se mêlait guère aux événements que par des allusions éloignées et discrètes, et restait purement littéraire, comme au xvn* siècle, redescendant ainsi dans la région de l'art, d'où le siècle de Voltaire et de Rousseau l'avait tirée pour lui donner à conduire les affaires du monde. Redevenue la simple décoration de la société, après en avoir été le gouvernement, moins libre qu'an xvn* siècle, parce qu'elle avait le caractère suspect d'un pouvoir récemment détrôné, elle fut nécessairement superficielle; elle esquissa les personnes au lieu de les peindre, elle glissa sur les choses au lieu de les approfondir. De là, sur le théâtre, naquit cette comédie moitié de mœurs et moitié de caractères, qui a tracé d'un crayon spirituel des silhouettes agréables et vraies, mais qui n'a pas créé de types généraux. Lorsque , à trente-deux ans, en 1812, H. Etienne remplaça Laujon à l'Académie française, il soutint^ dans son ingénieux discours de réception, que la comédie est l'histoire de la société. « Si tous les mo-

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