‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 23 sur 67 · Voir Mélanges y de runiversité impériale, 1814, p · texte numérisé non relu

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ÉTUDES LITTÉRAIRES ET MOÏlALES. 249

on asile, etM.de Lamennais nerevint en France qu*enl8l5, pour entrer an séminaire de Saint-Sulpice. On l'y jugea» à ce qu'il parait, comme le jugeaient les belles dames d'Angleterre, et au bout de deux semaines il revint aux Feuillantines, auprès de l'abbé Carron, disant que le plus beau jour de sa vie était celui où il s'était senti libre sur le pavé de la rue du Pot-de-Fer. L'année suivante, il fut ordonné prêtre à Rennes, à trente-quatre ans; puis il revint aux Feuillantines, et un an après (1817) il publia le premier volume de YEssai sur Viiidifférence, C'est de là qu'il date réellement pour nous.

Les contemporains de ce livre se rappellent encore avec émotion l'effet soudain qu'il produisit dans le monde. Pour caractériser l'engourdissement des âmes au moment où il parut, et la secousse violente qu'il leur imprima, M. de M aistre disait : « Ce fut un tremblement de terre sous un ciel de plomb. » Quinze ans s'étaient écoulés depuis le Génie du Christianisme. Déjà le temps commençait à effacer les vives et fragiles couleurs de ce poétique tableau; déjà la voix du grand écrivain qui avait composé l'hymne du christianisme n'arrivait plus à la foule distraite que comme l'écho d'une musique lointaine, capable encore de charmer l'oreille, mais trop affaiblie pour émouvoir le cœur. M. de Bonald, comme un Dieti du haut de la montagne, lançait des éclairs au milieu des nuages, et laissait tomber des oracles que Ton a depuis adorés; mais alors le public indifférent ne croyait pas être au pied du Sinaï. Le Pape de M. de Maistre avait porté le premier coup à l'Église gallicane; mais le bruit n'en était pas descendu des hautes sphères de la théologie politique, et n'avait pas réveillé l'opinion publique, que les questions religieuses laissaient endormie. Lorsque, en 1820, M. de Lamennais écrivit un long article sur le livre de M. de Maistre, publié en 1819, il ap* prit à ses lecteurs, comme une nouveauté piquante, que

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cet homme d'Etat était l'auteur d'une œu?re théologique injustement dédaignée*. Il ftiat lira Tadmirable premier volume de YEisai tur eindifférmm pour se représenter oette léthargie publique, du sein de laquelle s'élevait tout à coup une voix ironique comme cdle de l'auteur des ProvtrMtolei, passionnée comme celle de Rousseau, tonnante oommecelle de Bossuet. La France tressaillit, et bientôt l'Burope en* tière ftit suspendue aux lèvres d'un jeune prêtre, la veille encore inconnu.

Mon dessein n'est pas de disouter le principe de VEnai sur rindiffèrence. La vraie gloire de ce livre» ce n'est pas d'être un système, c'est d'avoir été pour unsi dire une émotion publique. Le système a succombé aux objections qui s'élevèrent de toutes parts. Dès que les volumes où l'auteur exposait sa théorie de la certitude eurent paru , elle eut à soutenir des assauts qui bientôt la firent tomber en poussière. L'esprit de l'homme, disait M. de Lamennais, est fait pour la vérité, et cependant, réduit à lui-même, il ne peut connaître la vérité ; sa raison le trompe ; son imagination ment ; ses sens ne sont que des imposteurs. La vérité n'a qu'un organe infaillible, le consentement de la raison gé* nérale, l'autorité universelle, et l'autorité universelle c'est l'Église; l'Église» c'est le pape; le pape, c'est Dieu. Donc, comme le disait avec beaucoup de force dans h Globe M. de Hémusat, exposant la doctrine de M. de Lamennais : l'Église est l'argument unique, le Pape est la preuve universelle*.

En vain on criait à M. de Lamennais : Mais l'Église catholique n'est pas l'expression de ce consentement universel, puisque l'Église catholique n'est pas seule dans le monde ; et dans l'Église catholique elle-même , à qui appartient la souveraineté une et absolue? est-ce aux papes ou aux con«-

1. MélaDges religieux et philosophiques sur un ouvrage intitulé : du Pape.

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