‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 5)Chapitre 25 sur 67 · PMtémFréâê^^ p. SS · texte numérisé non relu

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et sans frein, prêchant Tunitéde TEglise avec un emportement qui sème la discorde, et donnant l'accent d'un cri de guerre à la doctrine de la soumission. Ils ont renié M. de Lamennais depuis sa chute et se sont mis sous rinvocation de M. de Maistre; mais qu'ils ne s'y trompent pas, H. de Lamennais est leur vrai père, M. de Maistre n'est que leur parrain. C'est M. de Lamennais qui a marqué de son empreinte les générations nouvelles du clergé français ; c'est lui qui enfin, comme il s'en est vanté lui-même, les a entraînées au delà des Alpes et les a fait agenouiller sur l'escalier du Vatican. Voilà son œuvre; elle a duré, elle dure encore aujourd'hui, bien longtemps après qu'il l'a désertée lui-même et qu'il l'a voulu détruire avec la même violence qu'il l'avait défendue. Chose étrange 1 cette doctrine de l'autorité absolue, qu'il a tenté d'arracher du sol après l'avoir plantée de ses propres main^, elle vit, elle fleurit encore; et le principe sur lequel il l'avait établie, le principe de la raison universelle qu'il n'a jamais abandonné et auquel Jusqu'au dernier moment, il a soumis soli^ intelligence, ce principe est mort pour tovgours. Le fruit de l'arbre, que M. de Lamennais voulait saisir pour l'écraser entre ses mains, a défié ses efforts ; le cœur et la racine de l'arbre même, qu'il voulait sauver, sont tombés en poussière. Ce principe de la raison universelle, M. de Lamennais le proclame encore le seul solide et le seul vrai, bien après sa séparation d'avec Rome. Tandis que ses autres opinions fléchissaient avec le temps, se détachaient de son esprit et semblaient joncher le chemin où il poursuivait sa course haletante, il portait ce principetoujours attaché à lui comme la flèche de Virgile aux flancs de la biche blessée. «Rien n'a ébranlé la solution que nous avons donnée de la certitude, > répète-t-il sans cesse dans ses articles de V Avenir^ dans ses mélanges, dans son Esquisse d'une philosophie^ partout. Partout et toujours il a été sous le joug de la souveraineté de la

raison universelle, idée fausse en elle-même, et, dans ses conséquences, déplorable; principe illusoire qui fait de chaque vérité spéculative un problème d'arithmétique, une question de majorité. Une voix de plus ou de moins d'un côté ou de l'autre, et le vrai devient le faux, le faux devient le vrai. C*est la vérité mise au suffirage universel, et elle n'est la vérité qu'à la Condition d'être affirmée par la majorité des votants, comme si du temps de Galilée la majorité du genre humain n'aurait pas voté que le soleil tournait, et comme si le soleil n'en était pas moins immobile. Voilà le principe qui a régnéenmattre absolu dansrespritdeM.deLamennais,etqui s'y est maintenu, sans contestation, au-dessus de tous les doutes qui s'élevaient en lui, au milieu de tous les combats intérieurs qu'il a soufferts. Voilà la cause première qui a produit successivement des effets opposés : car, si après avoir cherché l'autorité au sommet de la société spirituelle, dans la papauté, parce que le pape c'est l'Église, et que l'Église, c'est l'universalité, M. de Lamennais l'a cherchée à la base de la société politique, dans la démocratie, parce que la démocratie, c'est tout le monde , il n'a pas pour cela diangé de but, il n'a changé que de route. Il a déplacé le siège de l'autorité, il l'a fait descendre du Vatican dans la rue. Au lieu d'appeler le souverain le pape, il l'a appelé le peuple. Les noms sont différents, la pensée est toiyours la même. Chez M. de Lamennais, cette persévérance dans un principe unique est une force sans doute; mais, comme le principe est faux» c'est une force aveugle, une force qui domine au lieu d'être dominée. Toute sa vie, cet esprit indépendant a été sous le joug.

En lisant YEssai sur Vindifférence, bien des juges clairvoyants avaient pressenti qu'un jour viendrait peut-être où M. de Lamennais, cessant de prendre son point d'appui à Rome, et tournant d'un autre côté, comme un levier formidable, le principe dont il s'armait, soulèverait et ferait

chanceler le inonde religieux. Plus tard iU ne furent pas surpris quand ils Tirent le saint-^siége condamner lui*même cette théorie théologique de la certitude, qui paraissait une protection aujourd'hui, et qui pouvait devenir un danger demain. Mais au moment où nous sommes, on ne prévoyait pas encore les malheurs de si loin, et les plus Illustres suffrages encourageaient M. de Lamcfhnais. Le pape Léon XII lisait et relisait VEssai mr Findifpirmce, et il offrait la pourpre de cardinal au prêtre éloquent à qui suffisait alors la gloire, et qui reftisait les honneurs. Quand M. de Lamennais vint à Rome, il vit son portrait dans la chambre du souverain pontife. Déjà M. de Maistre, en recevant le second volume de YEssai mr Vindifférmee, avait écrit à Fauteur, dans une lettre charmante, mêlée d'éloges et de réserves : « Votre sujet, à prendre la chose rigoureusement, est renfermé dans les quatre derniers chapitres de votre premier volume.... Dans le premier, vous étiei constam*ment poussé dans le royaume d'Abbadie ; dans le second, vous entrez, sans le vouloir, sur les terres de Malebranche. Qu*est-ce que la vérité, monsieur l'abbé? Le seul qui pouvait répondre ne le voulut pas.... Ja première partie de votre second volume alarmera de fort honnêtes gens, et d'autres hommes beaucoup plus nombreux feront semblant d'être alarmés.... » Mais il ajoutait, pour l'affermir contre les attaques : c Ne répondez rien ; ailes votre chemin sans faire attention aux cigales; rhiver viendra bien après l'automne ^ » M. de Chateaubriand et M. de Bonald, plus attirés encore par les opinions et le talent de M. de Lamennais, l'asso^ ciaient à la rédaction du Conservakwr. II entre ouvertement dès lors dans la politique militante, et prend part aux luttes de tous les jours, Le penseur solitaire, qui rêvait aux FeuiK lantines la résurrection de la fol, est devenu journaliste et

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